Un think tank de l’Amérique latine contribue à rationaliser les négociations commerciales

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Stephen Dale
Des effets durables
Un petit groupe de chercheurs spécialistes du commerce et de responsables des politiques que le CRDI avait réuni en 1998 est devenu l’un des groupes de réflexion sur les questions économiques les plus influents.
 
Comme l’indique l’économiste Andrés Rius, un ancien agent de projet du CRDI qui enseigne maintenant à l’Universidad de la República, en Uruguay, le Réseau latino-américain sur le commerce (LATN) a été créé en réponse à une lacune flagrante. Les gouvernements d’Amérique latine avaient besoin de s’appuyer sur des travaux de recherche de qualité pour être en mesure de tirer parti des négociations alors en cours à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et ailleurs. Ces discussions devaient transformer les pratiques commerciales des pays et la manière dont ces derniers se perçoivent les uns les autres.
 
Les avis éclairés n’étaient toutefois pas légion. Dans la région, le débat opposait les fatalistes, qui voyaient dans ces changements une réalité inévitable à laquelle il fallait se résigner, et leurs antagonistes, qui croyaient que la signature de nouveaux accords ne ferait que limiter la marge de manoeuvre des gouvernements.
 
M. Rius indique que, compte tenu de la qualité des données probantes sur lesquelles elles étaient fondées, aucune de ces deux positions n’était véritablement réfléchie.
 
Les chercheurs membres du réseau soutenu par le CRDI estimaient qu’une lecture plus attentive des nouvelles règles commerciales pourrait permettre de briser l’impasse, de soupeser les avantages et les inconvénients et d’en venir à des positions éclairées.
 
Dans l’une des premières études réalisées en ce sens, l’économiste argentine Diana Tussie, qui dirge aujourd’hui le LATN, s’est intéressée aux politiques industrielles adoptées par les pays dans le cadre du nouveau régime de l’OMC. Comme le rappelle M. Rius, Mme Tussie a alors confirmé que les subventions directes à l’exportation ne constituaient plus une solution. Elle a aussi suggéré la possibilité, pour les pays concernés, d’envisager d’autres avenues, notamment l’adoption de politiques industrielles plus avisées misant sur l’innovation. De nombreux pays se sont d’ailleurs inspirés de cette suggestion pour établir leur position de négociation en vue des pourparlers sur les échanges commerciaux et, subséquemment, leurs stratégies économiques.
 
Une portée plus vaste
 
Selon la coordonnatrice du LATN, Juliana Peixoto, le réseau a aujourd’hui une portée plus vaste. Ses chercheurs s’attaquent maintenant à des questions telles que les répercussions sexospécifiques du commerce, la commercialisation de produits issus de systèmes de production à riche biodiversité et l’écologisation de la croissance économique. Certains d’entre eux participent aussi aux efforts de planification industrielle déployés en Argentine et au Brésil.
 
Mme Peixoto explique que, partout dans la région, le LATN a ouvert les débats sur des questions économiques pointues au grand public afin de s’éloigner des dogmes rigides propres aux jeux à somme nulle. Le réseau a également revu sa mission. Ses chercheurs sont non seulement des producteurs de connaissances, mais aussi des courtiers du savoir. Ses recherches ont par exemple éclairé le débat public qui a mené en 2007 au référendum sur l’adhésion du Costa Rica à l’Accord de libre-échange États-Unis − Amérique centrale.
 
Composé initialement de 12 membres, le LATN compte aujourd’hui 180 chercheurs. Le réseau, dont le siège se trouve en Argentine, compte des bureaux régionaux au Brésil, au Costa Rica et au Pérou. De nombreux anciens du LATN ont accédé à des postes qui leur permettent d’exercer une influence directe sur les politiques publiques. Un ancien membre du réseau a été secrétaire du Commerce extérieur du Brésil et un autre est actuellement secrétaire de l’Industrie de l’Argentine.
 
M. Rius estime que l’une des réalisations les plus remarquables du réseau a été de faire en sorte que l’on mette de côté les discussions stériles du passé et que le débat sur les questions économiques en Amérique latine soit plus pragmatique et davantage fondé sur des données probantes.

Stephen Dale est un rédacteur établi à Ottawa.

Cet article récit s’inscrit dans les minisites Des effets durables, qui mettent en évidence des façons dont les travaux financés par le CRDI ont amélioré les conditions de vie dans les pays en développement.