Un simple moulin à grains permet d’augmenter la production de céréales et de diminuer la charge de travail des femmes

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Fonds canadien de recherche sur la sécurité alimentaire internationale

Grâce à un projet appuyé par le Fonds canadien de recherche sur la sécurité alimentaire internationale (FCRSAI), les principaux obstacles à l’augmentation de la production et de la consommation de céréales rustiques saines en Inde sont en train de disparaître. Les ménages pauvres de milieu rural qui sont aux prises avec l’insécurité alimentaire en profitent.

L’idée : l’utilisation d’un nouveau décortiqueur

Des chercheurs canadiens et indiens ont conçu un moulin à grains facile à utiliser et d’un coût abordable qui pourrait plus que doubler le revenu que les petits exploitants agricoles indiens tirent des mils. Les nombreuses variétés de mil, très nutritives, se vendent à un prix plus élevé que le riz et le blé.

Le défi : l’augmentation de la consommation

d’un aliment nutritif négligé

Plus de 35 % de la population rurale de l’Inde — des femmes et des enfants surtout — vit dans la pauvreté et souffre de malnutrition. Or les mils, très nutritifs, sont cultivés sur moins de 18 % de la superficie des terres convenant à leur production.

Les mils sont des plantes adaptables qui poussent bien là où les pluies sont abondantes et qui tolèrent les périodes de sécheresse et les sols de piètre qualité. Riches en protéines, en fibres et en micronutriments essentiels, ils comptent également parmi les céréales complètes les plus saines. Il n’est donc pas surprenant que le gouvernement veuille leur faire jouer un rôle plus important dans le développement économique et la santé des populations rurales, en particulier des femmes et des enfants.

La réalisation de cet objectif comporte cependant des difficultés. Le pilonnage à la main des mils, pour séparer le grain de son enveloppe, est un travail long et fastidieux, habituellement exécuté par les femmes. C’est à cause de ce travail laborieux, et de la réputation d’« aliments de pauvres » rattachée aux mils, que peu de familles rurales, même parmi celles qui sont les plus touchées par l’insécurité alimentaire, les cultivent et s’en nourrissent.

Réduction de la charge de travail des femmes

et production de grains de qualité

Quatre villages participent actuellement à l’essai sur le terrain d’un moulin électrique portatif et durable qui non seulement réduit la charge de travail, mais élimine aussi pratiquement toutes les pertes après récolte. Le décorticage à la main se solde souvent par le bris d’un tiers à la moitié des grains. Ce facteur est de toute première importance, car les grains de mil bien nettoyés se vendent de trois à quatre fois plus cher que les grains mal décortiqués.

Selon Valérie Orsat, chercheure principale et professeure à l’Université McGill, les grains endommagés se transforment en une poudre semblable à de la farine, qui attire les insectes et absorbe l’humidité, ce qui peut mener à la formation de moisissures. Le moulin conçu par les chercheurs, lui, est efficace à 98 %, moins de 2 % des grains étant endommagés.

Le moulin brise d’abord l’enveloppe en l’écrasant dans un broyeur à cylindres. L’enveloppe est ensuite séparée du grain par centrifugation, la séparation et le décorticage se produisant simultanément. Chaque moulin produit environ deux kilos de grains décortiqués l’heure.

Les agriculteurs aiment ce moulin, car, contrairement à d’autres modèles, il est facile de l’ajuster pour décortiquer des grains de différentes tailles et différentes variétés de mil. De plus, il est d’un fonctionnement facile, consomme très peu d’énergie et nécessite peu d’entretien, voire aucun.

Pour utiliser d’autres moulins sur le marché, il faut avoir d’assez bonnes compétences techniques. Ce moulin-ci peut être utilisé par des villageois n’ayant aucune expérience préalable, affirme Vijaya Raghavan, professeur à l’Université McGill, qui se spécialise dans la production après récolte.

Rendements accrus

La conception du moulin à grains s’inscrit dans un projet plus vaste mené par des chercheurs de l’Université McGill, de l’University of Agricultural Sciences – Dharwad, de la Fondation de recherche M.S. Swaminathan et de l’Himalayan Environmental Studies and Conservation Organization. Près de 800 ménages de 26 villages producteurs de mils dans quatre États différents participent à ce projet, dont le but est d’améliorer la production et la transformation de cette céréale de base qui revêt une grande importance sur le plan régional, de lui trouver de nouvelles possibilités de mise en marché et d’en accroître la consommation.

Les travaux de recherche, qui s’appuient sur trois projets financés précédemment par l’Agence canadienne de développement international, abordent la sécurité alimentaire en Inde d’un point de vue global.

Dans le cadre de ce nouveau projet, les chercheurs collaborent avec des agriculteurs et des agricultrices pour repérer des variétés de mil à haut rendement et les faire adopter, ainsi que pour améliorer les pratiques agricoles (techniques d’application d’engrais, ensemencement en ligne, utilisation d’outils simples pour le sarclage et le binage, etc.). On a pu constater que certains agriculteurs sursèment pour essayer d’accroître les rendements. Les travaux ont montré qu’ils pouvaient obtenir les mêmes rendements avec la quantité de semences recommandée et en ayant recours à de meilleures pratiques.

Selon les résultats préliminaires, les meilleures pratiques ont permis d’augmenter les rendements d’au moins 20 % dans la région de Jeypore et d’au moins 23 % dans les collines Kolli, dans le sud du pays. Les agriculteurs ont également pu augmenter leur revenu de 15 % grâce à la culture intercalaire, qui consiste à cultiver deux ou plusieurs espèces à proximité les unes des autres. Les chercheurs ont maintenant amorcé leur deuxième année de travaux sur le terrain.

Fabrication locale

Les chercheurs ont engagé des discussions avec des entrepreneurs indiens pour la fabrication locale du moulin à grains. Il sera vendu au prix de 6 000 à 8 000 roupies (de 110 à 150 CAD) l'unité à des coopératives villageoises, à des cercles d’agriculteurs, à des groupes d’entraide féminins et à des entreprises de transformation des aliments. Un premier moulin est sur le marché depuis le début de 2013.

 
Les gouvernements sont aussi des acheteurs potentiels. Ainsi, dans le cadre de l’Initiative for Nutritional Security through Intensive Millet Promotion, le gouvernement de l’Inde cherche à établir de petites unités de transformation des mils dans l’État du Karnataka. En fait, le directeur de la direction générale du développement des mils au ministère de l’Agriculture de l’Inde, J.P. Singh, s’est rendu à l’University of Agricultural Sciences à Dharwad en mai pour assister à une démonstration sur le terrain du dernier prototype. 


DONNÉES ESSENTIELLES

Chercheurs principaux
Nirmala Yenagi, University of Agricultural Sciences – Dharwad, Inde
Israel Oliver King, Fondation de recherche M.S. Swaminathan, Chennai, Inde
Valérie Orsat, Université McGill, Canada

Pays :
Inde
Financement accordé : 966 600 CAD
Période visée : d’octobre 2010 à mars 2013

Pour plus de précisions sur ce projet, communiquer avec Sara Ahmed, spécialiste de programme principale, à New Delhi en Inde (sahmed@crdi.ca), ou avec Kevin Tiessen, spécialiste de programme principal, à Ottawa au Canada (ktiessen@crdi.ca).