Un nouveau centre de recherche soutient les efforts d’adaptation touchant le delta du Nil, en Égypte

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Image satellite du delta du Nil

José Alberto Gonçalves Pereira
Entretien avec
Mohamed Abdrabo est le directeur général de l’Alexandria Research Centre for Adaptation to Climate Change (ARCA), un nouveau centre de recherche qui soutient les politiques d’adaptation adoptées par le gouvernement égyptien au regard du delta du Nil.

Le rédacteur José Alberto Gonçalves Pereira s’est entretenu avec M. Abdrabo au sujet de l’ARCA et de la nécessité de mener des travaux de recherche à l’échelle des collectivités et d’interagir avec les intervenants locaux afin d’éclairer l’élaboration et la mise en oeuvre de plans d’adaptation.

Zone agricole importante de l’Égypte, le delta du Nil est considéré comme l’une des régions du monde les plus vulnérables aux menaces que posent les changements climatiques. Conscient des lacunes dans les connaissances sur les répercussions particulières que les changements climatiques ont sur la région, Mohamed Abdrabo, professeur d’économie de l’environnement au Department of Environmental Studies de l’Université d’Alexandrie, a entrepris la création de l’ARCA en juin 2011. 

 
José Alberto Gonçalves Pereira. Quelle est la relation entre l’ARCA et l’Université d’Alexandrie ?
Mohamed Abdrabo. Sis à l’Institute of Graduate Studies and Research de l’Université d’Alexandrie, l’ARCA fournit au personnel universitaire un soutien technique en matière de recherche sur les changements climatiques. Il invite les chercheurs de l’Université d’Alexandrie et d’autres universités égyptiennes à mener des recherches sur nos volets d’action.
 
J.A.G.P. Dans un récent article (voir la référence ci-dessous), vous avez mentionné que l’ARCA était le premier centre de recherche en Égypte à se fonder sur les prévisions actuelles relatives à l’élévation du niveau de la mer (ENM). Vous avez aussi mentionné que le centre examinait les répercussions de la subsidence (c’est-à-dire, l’érosion de la masse terrestre, plus particulièrement sur le littoral et sur les berges) indépendamment des changements attribuables à l’ENM prévue. Qu’entendiez-vous par là ?

M.A. Nos premiers travaux étaient pour la plupart fondés sur des scénarios hypothétiques en ce qui a trait au niveau de la mer, et non sur les prévisions actuelles relatives à l’ENM. De plus, aucun de nos travaux antérieurs n’examinait la subsidence, que ce soit individuellement ou en combinaison avec les répercussions des changements climatiques. La subsidence est attribuable aux dynamiques du sol, c’est-à-dire qu’elle est liée au processus naturel d’érosion et aux mouvements du sol; elle n’est pas causée directement par les changements climatiques.

 
J.A.G.P. La subsidence a-t-elle augmenté au cours des dernières années ? Le cas échéant, pourquoi ?

M.A. Avant la construction du haut barrage d’Assouan, le débit du Nil entraînait le dépôt de boue dans le delta du Nil et sur le littoral, ce qui annulait les changements causés par la subsidence. La diminution du dépôt de boue causée par l’érection du barrage a accentué les répercussions de l’ENM sur le delta du Nil (voir la référence ci-dessous).

 
J.A.G.P. Les travaux de recherche financés par l’ARCA montrent notamment qu’une portion considérable des zones vulnérables sont des terres humides ou des terrains non bâtis. Quel impact cela a-t-il sur les coûts globaux de l’adaptation ?

M.A. Les coûts de l’adaptation dépendront des répercussions de l’ENM, comme la salinisation des eaux souterraines. Cet effet a récemment été examiné dans le cadre d’un autre projet subventionné par le CRDI, qui portait sur les répercussions de l’ENM sur la zone côtière du gouvernorat de Damiette, où le Nil se jette dans la Méditerranée. Des études antérieures avaient pris en compte les répercussions des conditions socioéconomiques actuelles, mais n’avaient pas examiné d’implications futures. Si l’on ne prend aucune mesure de précaution pour restreindre le développement dans les zones les plus vulnérables du delta du Nil, les coûts reliés aux dommages et à l’adaptation augmenteront de façon spectaculaire.

 
J.A.G.P. Quelles sont les répercussions d’ordre écologique des inondations qui surviennent sur les terres humides et les terrains non bâtis en raison de l’ENM ? Comment ces inondations toucheront-elles les populations environnantes ?

M.A. L’un des projets de recherche de l’ARCA porte justement sur cette question et vise à jauger l’impact de l’ENM et à calculer les répercussions financières des inondations.

 
J.A.G.P. Vous avez mentionné que les collectivités pourraient éventuellement s’approprier les projets de recherche de l’ARCA. Qu’entendiez-vous par là ?

M.A. Lorsque nous menons nos recherches à l’échelle des collectivités et que nous collaborons avec les intervenants locaux, nous pouvons obtenir leurs rétroactions rapidement et mieux prendre en compte leurs points de vue dans l’élaboration de solutions possibles. Le fait d’interagir rapidement avec les collectivités fait en sorte que ces dernières acquièrent une meilleure compréhension des problèmes existants et sont plus aptes à jauger les besoins en matière de recherche et plus enclines à appliquer les résultats de la recherche en élaborant des stratégies d’adaptation et en les mettant en oeuvre. Les mobiliser dès le début des travaux permet de s’assurer qu’elles s’approprieront davantage les incidences de la recherche.

José Alberto Gonçalves Pereira est rédacteur au Brésil.

Cette entrevue fait partie du cycle Entretien avec. Le projet Établissement d’un centre de recherche sur l’adaptation aux changements climatiques à l’Université d’Alexandrie est financé par le programme Changements climatiques et eau du CRDI et est dirigé par l’Université d’Alexandrie, en Égypte. 

Consulter le site Web de l’ARCA (en anglais)

Entrevue vidéo avec le chercheur Mohammed Abdrabo
 

Référence et remarque
  1. HASSAN, M. ABDRABO, M.A. « Vulnerability of the Nile Delta coastal areas to inundation by sea level rise », Environmental Monitoring and Assessment, vol. 185, no 8 (2013), p. 6607‑6616.
  2. Inauguré en janvier 1971, le barrage d’Assouan sert à assurer l’irrigation des terres, à contrôler les crues et à produire de l’hydroélectricité. Sa construction a toutefois eu des répercussions négatives. Par exemple, le limon et une grande partie de l’engrais sont retenus dans les réservoirs et les canaux, ce qui réduit la productivité agricole.