Un IED sans envergure, une croissance stagnante : le Mercosur peut-il faire mieux ?

Edgard Rodriguez
« En une page » de MCP
Depuis les années 1990, l’investissement étranger direct (IED) affiche une tendance à la hausse partout au monde. En 2008, les flux mondiaux d’IED ont atteint environ 1,7 billion de dollars (bien qu’on prévoie qu’ils passeront sous le 1,2 billion en 2009, en raison du ralentissement économique).

Ce type d’investissement conserve cependant certaines de ses principales caractéristiques : il est destiné en grande partie aux pays développés (à près de 70 %) tandis que le reste va aux pays en développement, surtout les économies de l’Asie de l’Est qui connaissent une croissance rapide. En 2008, l’Amérique du Sud a reçu moins de 8 % (soit 91 milliards de dollars) du total mondial, dont 45 milliards pour le Brésil, 16 milliards pour le Chili, 11 milliards pour la Colombie et 9 milliards pour l’Argentine.[i]

En termes relatifs, ces entrées représentent 12 % et 15 % de l’investissement brut en capital fixe de l’Argentine et du Brésil respectivement, et plus de 40 % de celui du Chili. Proportionnellement à l’ensemble de leurs économies respectives, les entrées nettes d’IED représentaient moins de 3 % du PIB.

Les travaux du réseau du Mercosur[ii] ont permis de constater que l’IED n’avait, somme toute, aucun effet significatif sur l’investissement et la croissance. D’autres constatations donnent à croire ce qui suit.

  • Les entreprises étrangères possèdent des avantages dont ne jouissent pas les entreprises du pays : elles ont une plus grande productivité, et sont plus susceptibles d’innover et de faire du commerce international.
  • Dans certains secteurs tels que le commerce de détail, les entreprises du pays ont été évincées par des entreprises étrangères plutôt que de profiter des « retombées horizontales » (c.-à-d. des retombées entre des entreprises exerçant leurs activités dans le même secteur).
  • Les chercheurs observent toutefois des signes de « retombées verticales » positives dans la chaîne de production, de sorte que les entreprises du pays qui approvisionnent les entreprises étrangères ont accru leur productivité à mesure que ces dernières cherchaient à améliorer l’efficience des approvisionnements. De plus, ils constatent que les entreprises du pays, particulièrement au Brésil, jouissent de retombées verticales positives (quoique modestes) à mesure qu’elles se tournent vers les marchés d’exportation.

Vers une croissance partagée

Depuis les années 1990, l’Argentine et le Brésil connaissent une croissance en dents de scie. La croissance du Brésil a été essentiellement inférieure à celle de toutes les autres économies émergentes et en développement. Toutefois, celle de l’Argentine a affiché des oscillations prononcées : des taux de croissance très élevés au début des années 1990 et au milieu des années 2000, et une croissance négative à plusieurs reprises au cours de la période allant de 1980 à 2003.

De 1980 à nos jours, ni l’Argentine ni le Brésil n’ont connu un taux de croissance annuel moyen supérieur à 4,5 %, ce qui est en deçà de la moyenne de l’ensemble des économies émergentes et en développement (6,8 %). Ces schémas de croissance dans les plus grands pays du Mercosur sont allés de pair avec l’aggravation des inégalités sociales et économiques. Dans ces deux pays, l’IED a exercé une très faible influence sur la croissance et, comme le constate Lopez, a accentué les inégalités, du moins en Argentine, puisque les entreprises étrangères versent aux travailleurs qualifiés des salaires plus élevés que les entreprises du pays.

Dans quelle mesure l’investissement étranger direct pourrait-il améliorer cette situation ?

Choix décisifs

Les politiques qui cherchent activement à accroître l’IED donnent de meilleurs résultats si les multinationales sont en quête d’améliorations de l’efficience plutôt que de ressources naturelles ou de vastes marchés intérieurs. Les conditions qui permettent d’attirer un IED assorti d’importantes retombées positives comprennent l’accès à des ressources humaines qualifiées, une infrastructure physique adéquate, ainsi qu’un cadre réglementaire stable et des institutions solides, comme l’a aussi souligné la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes[iii]. Les chercheurs du réseau du Mercosur proposent certains choix clés en matière de politiques, notamment :

  • accroître la capacité des petites entreprises de tirer parti des retombées de la présence de sociétés étrangères, en mettant en place des mécanismes de transfert technologique assortis de modalités permettant aux fournisseurs locaux d’accroître les retombées verticales;
  • intensifier les négociations entre les gouvernements et les sociétés étrangères pour qu’elles exercent davantage d’activités dans d’autres pays du Mercosur, et non seulement au Brésil, et pour qu’elles confient à ces filiales le développement de produits mondiaux à des fins d’exportation, ou les inciter, grâce à des encouragements fiscaux ou autres, à faire davantage de R et D localement;
  • favoriser l’intégration des entreprises du pays à la chaîne de valeur internationale grâce à l’impartition, aux partenariats et à d’autres modalités, qui sont devenus choses courantes ailleurs dans le monde, mais qui demeurent limités en Argentine et au Brésil.

[i] Voir CNUCED, 2009, World Investment Report 2009.

[ii] Cette note s’inspire des constatations résumées dans 10 Years of Economic Research in the MERCOSUR Network, 2008, ainsi que dans Chudnovsky et Lopez, « FDI and development: the MERCOSUR experience », CEPAL Review, août 2007, p. 7-23. Le CRDI finance le Red Mercosur de Investigaciones Económicas (Red Mercosur) depuis 1999 (projet no 105028 et autres).

[iii] Voir CEPALC, 2006, Foreign Investment in Latin America and the Caribbean, 2005, LC/G.2309-P, Santiago, Chili, Publications des Nations Unies, no E.06.II.G44.

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