Un essai réussi : l'approche participative pour les pâturages de la Mongolie

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Ronnie Vernooy
Les ressources collectives, ou biens communs, comme les terres et l’eau sont la substance de la vie. Mais elles peuvent être source de conflits; en outre, sans une gestion avisée, elles risquent de s’épuiser. L’attribution du prix Nobel d’économie 2009 à Elinor Ostrom, pour ses travaux sur la gouvernance des biens communs tels les forêts, les stocks de poisson et les pâturages, a mis en lumière ce fait universel fondamental.

On reproche souvent aux populations les plus démunies du monde de mal gérer les ressources naturelles dont elles dépendent. Mais des projets appuyés par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI), organisme canadien, dans des pays en développement ont démontré qu’il est possible de réduire la pauvreté tout en protégeant les ressources communautaires. En effet, loin de s’opposer, ces deux importants objectifs se complètent, même dans les milieux les plus complexes.

Des décennies de recherche et d’innovation appuyées par le CRDI dans ce domaine ont produit quantité de données probantes : une nouvelle démarche, la cogestion des ressources naturelles, se révèle efficace dans plusieurs cas pour ce qui est d’assurer la gestion durable et équitable des ressources collectives. Le Canada, qui doit lui aussi relever de sérieux défis en matière de gestion des ressources, a beaucoup à apprendre des expériences vécues ailleurs.

 

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Ronnie Vernooy

La cogestion renvoie à des mécanismes de collaboration par lesquels l’autorité et la responsabilité en matière de gestion des ressources naturelles relèvent conjointement des gouvernements et des utilisateurs, soit les pêcheurs, agriculteurs ou éleveurs. L’expérience et les compétences de toutes les parties en cause sont mises à profit : les utilisateurs apportent leur connaissance approfondie des ressources et des pratiques traditionnelles, et les gouvernements créent un contexte favorable, notamment en instaurant des politiques habilitantes et en assurant la prestation de conseils techniques.  

 

Les éleveurs nomades de la Mongolie sont au coeur de l’une de ces réussites. Au début des années 1990, lorsque la Mongolie a cessé d’être un pays satellite de l’ancienne Union soviétique, elle a amorcé une profonde transformation. Depuis 70 ans, terres, bétail, chèvres, moutons, chevaux et chameaux, qui constituaient le fondement de l’économie, appartenaient à l’État.  

À mesure qu’elle s’ouvrait à une économie de marché, la Mongolie a restitué la propriété privée du bétail. L’État a conservé la propriété des terres mais n’avait pas les capacités d’en assurer la gestion. Le rétablissement de la propriété privée a ainsi eu pour conséquence d’intensifier les pressions exercées sur un écosystème fragile.

Outre les sécheresses croissantes, le surpâturage a durement frappé les prairies. En effet, au fil des années 1990, le nombre de familles d’éleveurs a plus que doublé et le cheptel a augmenté de 30 %. Actuellement, le secteur de l’élevage occupe la moitié des trois millions de Mongols et compte plus de 40 millions de bêtes.

Inquiets de la dégradation des pâturages et de la baisse des revenus, les Mongols étaient réceptifs aux innovations. C’est ainsi qu’au cours de la dernière décennie, des chercheurs appuyés par le CRDI ont mis à l’essai la cogestion dans trois écosystèmes caractéristiques du pays : la steppe aride, la steppe forestière et la steppe de montagne.

Hijaba Yhkanbai, du ministère de la Nature, de l’Environnement et du Tourisme de la Mongolie, a dirigé les études sur le terrain; la nouvelle approche l’enthousiasme. Grâce à la cogestion, dans les sites pilotes, les pâturages sont plus productifs, les troupeaux sont en meilleure santé et les éleveurs ont accru leurs revenus.

Les éleveurs ont formé des associations efficaces qui jouent un rôle prépondérant dans la réorganisation de l’exploitation des pâturages et des autres ressources. Ainsi, enseignants, gardes forestiers, éleveurs et autres intervenants ont aidé les fonctionnaires à élaborer des ententes définissant les modes de gestion des pâturages et des ressources connexes.

Les activités pilotes fructueuses sont maintenant reproduites dans d’autres collectivités. Elles ont d’ailleurs déjà entraîné la modification des politiques et des lois nationales qui régissent l’utilisation des pâturages, des forêts et de l’eau.

La cogestion permet aux collectivités pauvres d’avoir accès aux ressources et de créer de nouvelles institutions afin de mieux se faire entendre. De concert avec tous ceux qui ont à coeur de préserver les ressources, ils participent à l’essai de nouvelles façons de faire, dont l’exploration de nouveaux moyens de subsistence.

La cogestion n’est pas chose aisée, mais elle peut réussir si toutes les parties s’engagent sérieusement en ce sens, à long terme, apprenant au fur et à mesure. En effet, la cogestion favorise l’adaptabilité et en est un facteur. Il s’agit donc d’un outil essentiel aux éleveurs de la Mongolie, ainsi qu’aux utilisateurs de ressources ailleurs dans le monde, face aux défis d’ordre climatique d’aujourd’hui et de demain.

Ronnie Vernooy travaille au programme Pauvreté rurale et environnement du CRDI.