Un accès équitable à l'eau

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Division des communications, CRDI
La parole est à eux
À l'occasion de la Journée mondiale de l’eau (le 22 mars) et de l'Année internationale de la coopération dans le domaine de l'eau, le CRDI a posé à des chercheurs la question suivante :

Comment assurer un accès juste et équitable à l’eau ?

Les différents points de vue exprimés ici au sujet de cette importante question sont ceux des personnes interrogées et ne sont pas nécessairement ceux du Centre de recherches pour le développement international.

En agissant en amont comme en aval

Ayouba Hasseye Badou, Moulay Driss Hasnaoui et Driss Ouazar dans un aquifère se trouvant à Aïn AïchaL’eau gagnera en importance au cours du millénaire, car la rareté de l’eau douce s’accentuera. Pour assurer un accès équitable à l’eau, il importe de protéger les bassins hydrographiques, éléments essentiels du milieu ambiant dont les êtres humains, les animaux et les plantes sont tous tributaires. Protéger les vies, les biens et la qualité de l’eau exigera des efforts considérables, mais il est absolument crucial de mettre en place des mécanismes judicieux de planification, de protection, de remise en état et de sensibilisation en ce qui a trait aux bassins hydrographiques, surtout en ce qui concerne les déserts de l’Afrique du Nord.

Driss OuazarDriss Ouazar
École Mohammadia d’ingénieurs
Université Mohamed V-Agdal

Maroc

Driss Ouazar est l’un des plus grands hydrologues du Maroc. De concert avec André St-Hillaire, il dirige une équipe de chercheurs qui a reçu une subvention du CRDI pour examiner les effets des changements climatiques sur l’eau et la santé au Maroc et au Niger ainsi qu’au sein des populations les plus vulnérables du Québec.

Photo de gauche : CRDI/T. Fouhse
Photo de droite : CRDI/D. O’Brien
Ayouba Hasseye Badou, Moulay Driss Hasnaoui et Driss Ouazar dans un aquifère se trouvant à Aïn Aïcha, dans la commune de Aït Ben Yacoub, où est exécuté le projet subventionné par le CRDI.

En éliminant une double injustice

Une fillette puise de l’eau aux abords de la décharge de Mbeubeuss, à Malika, au SénégalL’équité dans l’accès à l’eau potable suppose l’élimination de la double injustice vécue par les populations périurbaines démunies : absence de réseau d’eau courante dans ces quartiers non lotis et pollution de l’eau disponible en raison d’un mauvais aménagement.

Oumar CisséOumar Cissé
Institut africain de gestion urbaine
Sénégal

Oumar Cissé est directeur de l’Institut africain de gestion urbaine (IAGU). L’IAGU a reçu une subvention du CRDI pour mener un projet visant à réduire les dommages causés par les inondations dans les banlieues de Dakar, au Sénégal. Le CRDI a également aidé l’IAGU à chercher des moyens de protéger la santé, l'environnement et les moyens de subsistance dans la décharge de Mbeubeuss.

Photo de gauche : CRDI/H. Braun
Photo de droite : CRDI/N. Blouin
Une fillette puise de l’eau aux abords de la décharge de Mbeubeuss, à Malika, au Sénégal.

En mobilisant les membres de la collectivité

En concevant des infrastructures qui tiennent compte des besoins des femmes et en faisant participer la collectivité tout entière à la planification et au suivi, on fera en sorte que les femmes aient un accès sûr et équitable à l’eau, ce à quoi tout être humain a droit.

Collectif de femmes Nigrani SamitiCollectif de femmes Nigrani Samiti
Inde

Avec le soutien du CRDI, l’organisation féminine Jagori (« femmes, réveillez-vous » en hindi) a collaboré avec Femmes et villes international, un organisme de Montréal, et le collectif de femmes Nigrani Samiti afin d’améliorer l’accès des femmes des collectivités défavorisées de New Delhi à l’eau et aux installations sanitaires.
Photo de gauche : Jagori
Photo de droite : Flickr/H. Arney, Water.org

En reconnaissant ce droit fondamental

La reconnaissance, par les États du monde entier, de l’eau en tant que droit de la personne constitue la seule garantie que nos populations ne souffriront plus jamais de la soif en raison d’intérêts économiques et d’abus de pouvoir.

Juan Carlos AlurraldeJuan Carlos Alurralde
Sous-ministre des Affaires étrangères
Bolivie

L’ingénieur-hydraulicien Juan Carlos Alurralde, qui a bénéficié de l’aide du CRDI, a dirigé une équipe de chercheurs dont les travaux ont aidé à mettre un terme à la guerre de l’eau en Bolivie et contribué à faire adopter la toute première loi sur l’eau du pays.

Photo de gauche : CRDI/G. Graf
Photo de droite : Flickr/K. Krüg

En s’attaquant à l’aspect économique de l’eau

Un accès équitable à l’eau passe par la reconnaissance du fait que, fondamentalement, l’eau appartient à tous, riches et pauvres. Il exige en outre que l’on élimine, dans les pays en développement, les subsides élevés accordés aux foyers de la classe moyenne et de la classe supérieure branchés au réseau municipal, afin que les fournisseurs d’eau soient en mesure de recouvrer suffisamment leurs coûts pour servir les foyers pauvres qui, eux, n’y sont pas branchés et paient des sommes souvent exorbitantes à des fournisseurs parallèles.
Naser FaruquiNaser Faruqui
CRDI
Canada
Naser Faruqui est directeur, Science et innovation, au CRDI. En 1999, il faisait partie du groupe de 14 jeunes chefs de file de la gestion de l’eau dans le monde choisis par le Third World Centre for Water Management, l’Association internationale des ressources en eau et le Stockholm International Water Institute. Ses travaux de recherche ont porté notamment sur la gestion de l’eau selon l’islam de même que sur l’utilisation des eaux grises et des eaux usées à des fins agricoles.
Photo de gauche : CRDI/M. Valberg
Photo de droite : Department for International Development/V. Francis

En comprenant les structures sociales

Pour comprendre l’accès à l’eau, il importe de comprendre en quoi les hiérarchies sociales complexes présentes en Asie, qui sont le fait du sexe, de la caste et de la classe auxquels chacun appartient, déterminent qui a accès à l’eau et qui la maîtrise. Il ressort des données désagrégées selon le sexe et la caste recueillies par SaciWATERs que l’absence d’accès entraîne la marginalisation des femmes, des pauvres et des personnes de caste inférieure. Des données de cette nature aideront à aller au-delà des belles paroles et à inspirer des politiques et des programmes permettant d’assurer un accès équitable à l’eau.


Anjal PrakashAnjal Prakash

SaciWATERs
Inde

Anjal Prakash est directeur général du South Asia Consortium for Interdisciplinary Water Resources Studies (SaciWATERs), un regroupement d’organismes de recherche d’Asie du Sud subventionné par le CRDI qui s’intéresse aux effets de l’étalement urbain et des changements climatiques sur l'eau en Asie du Sud. Les équipes de recherche communiquent entre elles (et avec le reste du monde) au moyen d’un site Web, d’un blogue, d’une page Facebook, d’un compte Flickr et d’un fil Twitter.

Photo de gauche : A. Prakash
Photo de droite : Flickr/juicyrai


En n’oubliant pas que l’eau est une ressource précieuse
Réservoir que l’équipe de Hamma Yacouba a fait installer à peu de frais à côté d’une terre cultivéeL’eau est une ressource précieuse, vulnérable et limitée. Au Sahel, lorsque la saison des pluies commence, ces qualificatifs disparaissent momentanément pour laisser place à une sensation d’abondance et de bien-être, si bien que l’on oublie souvent que cela finira dans trois mois. Assurer une bonne gestion de l’eau, c’est assurer l’accès juste et équitable pour tous.
Hamma YacoubaHamma Yacouba
Institut International d’ingénierie de l’eau et de l’environnement (2iE)
Burkina Faso
Avec le soutien du CRDI, l’équipe de Hamma Yacouba explore diverses stratégies de conservation de l’eau dans le contexte des changements climatiques au Burkina Faso. Elle se penche notamment sur la construction de réservoirs peu coûteux près des terres cultivées afin de recueillir l’eau de pluie pour irriguer les cultures. L’équipe a constaté que cette mesure pouvait permettre de rallonger la saison et d’obtenir une augmentation pouvant atteindre 20 % du rendement de cultures vivrières de base comme le maïs et le sorgho. Il s’agit de l’un des sept projets financés dans le cadre de l’initiative Centres africains de recherche sur l’adaptation, qui bénéficie de l’apport de financement accéléré du gouvernement du Canada. 
Photo de gauche : CRDI/N. Quarmyne
Photo de droite : 2iE
Réservoir que l’équipe de Hamma Yacouba a fait installer à peu de frais à côté d’une terre cultivée

En communiquant

Rizière dans la région de Lambayeque, au Pérou
Donner accès à une information claire et objective au sujet des droits, des devoirs et des obligations des collectivités et des institutions en ce qui a trait à la gestion de l’eau, depuis la source jusqu’au traitement des eaux usées, voilà qui contribuera à assurer un accès juste et équitable à l’eau.
Elena Ogusuku et Carmen CruzElena Ogusuku
Dirección General de Salud Ambiental, ministère de la Santé
Pérou


Avec le soutien du CRDI, Elena Ogusuku et Carmen Cruz ont réalisé des travaux de recherche primés qui visaient à prévenir les flambées de paludisme, accroître la disponibilité de l’eau et apaiser les tensions sociales suscitées par la gestion de l’eau aux fins de la production agricole chez les riziculteurs de la région de Lambayeque, au Pérou. Ce projet a été financé dans le cadre d’un concours régional parrainé par le CRDI, l’Organisation des États américains, l’Organisation panaméricaine de la santé, la Banque interaméricaine de développement et la Fondation Bill et Melinda Gates. Il faisait fond sur cinq années de travaux ainsi que sur des travaux de recherche antérieurs sur l’agriculture et le paludisme financés par la United States Agency for International development (USAID). Ces travaux ont permis aux riziculteurs participants de réduire de 30 à 60 % leur utilisation d’eau, d’augmenter le rendement des cultures de près de 25 %, de réduire de 30 % le recours aux pesticides et de faire diminuer les populations de moustiques vecteurs du paludisme dans une proportion de 90 %.
Photo de gauche : E. Ogusuku
Photo de droite : DIGESA
Rizière dans la région de Lambayeque, au Pérou

En améliorant les mécanismes de reddition de comptes

L’insécurité hydrique n’est pas qu’un phénomène environnemental, c’est aussi un phénomène social. Les utilisateurs de l’eau ont besoin de mécanismes juridiques et sociaux leur permettant d’exiger que les fournisseurs aient des comptes à rendre et leur garantissant un accès à l’eau. En améliorant ces mécanismes, on aidera à assurer un accès juste et équitable à tous.


Vishal NarainVishal Narain

Management Development Institute
Inde
Vishal Narain fait partie de l’équipe du South Asia Consortium for Interdisciplinary Water Resources Studies (SaciWATERs), un regroupement d’organismes de recherche d’Asie du Sud subventionné par le CRDI qui s’intéresse aux effets de l’étalement urbain et des changements climatiques sur l'eau en Asie du Sud. Les équipes de recherche communiquent entre elles (et avec le reste du monde) au moyen d’un site Web, d’un blogue, d’une page Facebook, d’un compte Flickr et d’un fil Twitter.

Photo de gauche : V. Narain
Photo de droite : Flickr/P. Morris

En recherchant un équilibre
Le champ autrefois fertile de Bassem Farhat, agriculteur de Gamasa, est maintenant recouvert d’eau souterraine saline.
Il importe réellement de s’efforcer de trouver l’équilibre voulu entre la nécessité d’assurer à tous un approvisionnement en eau – un droit fondamental – et celle de conserver les ressources en eau douce, qui sont limitées, et de les répartir et les utiliser avec discernement, pour le bien de la société.
Mohamed AbdraboMohamed Abdrabo
Université d’Alexandrie
Égypte

Grâce à une subvention du CRDI et du Department for International Development du Royaume-Uni, Mohamed Abdrabo a dirigé des travaux de recherche qui avaient pour but de donner aux Égyptiens les moyens de protéger leurs collectivités côtières contre les répercussions de l’élévation du niveau des océans sur le delta du Nil. Il travaille actuellement à l’établissement d’un centre de recherche sur l’adaptation aux changements climatiques à l’Université d’Alexandrie, qui devrait faire en sorte que l’Égypte devienne un leader en la matière. Ce projet administré par le CRDI bénéficie de l’apport de financement accéléré du gouvernement du Canada.

Photo de gauche : CRDI
Photo de droite : CRDI/M. Yahia
Le champ autrefois fertile de Bassem Farhat, agriculteur de Gamasa, est maintenant recouvert d’eau souterraine saline.