Transformation des déchets en engrais : un boursier du CRDI aide à enrichir les sols au Ghana

Image

NOAH ADAMTEY Noah Adamtey s’entretient avec des agricultrices du Kenya au sujet des techniques de compostage.

Eric Smith
Que sont-ils devenus ?
La recherche menée par un boursier du CRDI, Noah Adamtey, a aidé la capitale du Ghana, Accra, à résoudre deux problèmes distincts : la pollution de l’environnement provenant des déchets non collectés et la piètre fertilité des sols.

À Accra, le système de gestion des déchets municipal ne permet la collecte que de 67 % des déchets. Les ordures non collectées – en particulier celles d’origine humaine et animale et les matières organiques en décomposition comme les fruits et légumes avariés – présentent des risques importants pour la santé publique. Et lorsque les ordures sont collectées, faute de tri, les déchets organiques se retrouvent eux aussi dans les décharges municipales, où ils dégagent des odeurs nocives, polluent l’eau souterraine et produisent des gaz à effet de serre. Une croissance démographique rapide vient aggraver le problème.

Par ailleurs, la production agricole est en baisse dans les zones agricoles périurbaines en raison de la surexploitation des sols déjà appauvris pour nourrir la population croissante
.

Une mission sur deux fronts

L’agronome Noah Adamtey s’est donné pour mission de résoudre ces problèmes. En 2005, il a reçu la bourse internationale de recherche en agriculture urbaine Agropolis du CRDI qui lui a permis de terminer ses études de doctorat à l’Université du Ghana. Sa recherche portait sur la résolution des problèmes liés à la gestion des déchets et à l’épuisement des sols en recourant à la production urbaine d’un compost de haute qualité et riche en nutriments destiné aux exploitations agricoles urbaines et périurbaines. Le compostage constitue un moyen peu coûteux de ramener les matières organiques, les macronutriments et les micronutriments dans les sols et d’en améliorer la fertilité.

M. Adamtey explique que le problème réside dans la piètre fertilité des sols en Afrique : en général,  ils ne réagissent pas aux engrais traditionnels, car ils contiennent relativement peu de matières organiques. Tant qu’on n’améliorera pas la teneur en matière organique des sols, l’utilisation d’engrais chimiques ne pourra pas à elle seule aider à soutenir la production agricole, à assurer la sécurité alimentaire et à atténuer la pauvreté chez les petits exploitants agricoles d’Afrique, ajoute-t-il.
Noah Adamtey préconise le compostage urbain comme moyen de recycler les déchets organiques et de les ramener dans les champs. Boucler ainsi la boucle du cycle des éléments nutritifs peut offrir des possibilités d’emploi aux entreprises de gestion des déchets, aux jeunes chômeurs (dans le secteur agricole), ainsi qu’aux pauvres des zones urbaines et périurbaines (dans le secteur de l’agroentreprise). Il serait également possible de créer des emplois grâce à des entreprises de microfinancement à la ferme. Cette démarche systémique peut contribuer à la fois à l’atténuation de la pauvreté, à l’amendement des sols et à la réduction de la pollution urbaine.

Noah Adamtey training youth in waste managementDe la recherche à l’action

Lorsque Noah Adamtey achevait sa thèse de doctorat, en 2010, le Ghana était dépourvu d’entreprise ou d’organisme gouvernemental capable de mener des recherches, de fournir des conseils en matière de politiques et d’offrir de la formation en recyclage et réutilisation des matières organiques. M. Adamtey a entrepris de résoudre ce problème en préconisant une collaboration entre le Biotechnology and Nuclear Agriculture Research Institute (BNARI) du Ghana, des ONG et des bailleurs de fonds internationaux. Son plaidoyer et sa ténacité ont mené à la création d’un nouvel institut gouvernemental au sein du BNARI, le Soil and Environment Centre.
 
Le premier du genre au Ghana, ce centre favorise l’exécution de recherches de qualité supérieure en vue d’élaborer des normes et des lignes directrices relatives à l’utilisation d’engrais organique. Des entreprises de gestion des déchets privées, des chercheurs, des ONG et des organisations internationales utilisent désormais ses recherches dans le but d’améliorer la collecte et le compostage des déchets organiques municipaux. Le Soil and Environment Centre agit également comme centre de formation pour la prochaine génération de chercheurs du Ghana; il offre des stages et de la formation aux étudiants de premier cycle et des cycles supérieurs qui se spécialisent dans les sciences du sol, l’agronomie et les sciences de l’environnement.

Sensibilisation des jeunes à la gestion des déchets 

Dr. Adamtey in a field fertilized with organic compost in Kenya. Noah Adamtey est aujourd’hui agent scientifique principal et coordonnateur de projets au Département de la coopération internationale de l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL) Suisse. Il y coordonne des essais visant la comparaison à long terme des systèmes agricoles au Kenya. Il dirige également le projet « Production de composts et production animale en transformant de la biomasse déchet avec des insectes pour les petits paysans du Ghana », financé par le Fonds national suisse de la recherche scientifique.

Dans le cadre de son travail, M. Adamtey se rend régulièrement au Kenya et au Ghana où, en plus de mener des recherches, il forme des agriculteurs et des responsables de la gestion des déchets à la production de compost de qualité supérieure, riche en nutriments et exempt de pathogènes. Une attention particulière est accordée à la sensibilisation des jeunes chômeurs à la gestion des déchets et à l’agriculture afin de leur donner les moyens de créer ou de développer leur propre entreprise ou de trouver du travail dans l’industrie du compostage organique, maintenant en plein essor au Ghana.

Noah Adamtey (à droite) détient un doctorat en sciences de l’environnement de l’Université du Ghana, achevé en collaboration avec l’Institut international de gestion des ressources en eau et le Swiss Federal Research Institute for Environmental Science and Technology. Sa thèse de doctorat a été parrainée par le Fonds national suisse de la recherche scientifique (par le truchement d’une bourse du Pôle de recherche national Nord-Sud) et par le CRDI.

En savoir plus
Cet article fait partie de la série Que sont-ils devenus ?, qui met en relief le travail d’anciens titulaires de bourse du CRDI.
Eric Smith est titulaire d’une bourse de perfectionnement professionnel au CRDI et rédacteur à Ottawa.