Suivi sur le programme de mentorat de journalistes scientifiques des pays en développement

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Julie Dirwimmer
Godefroy Chabi, un jeune journaliste scientifique, se présente à l’accueil d’un institut de recherche.
Il doit rédiger un article sur l’éducation et les droits de l’homme. Mais les chercheurs refusent de communiquer leurs informations, le journaliste doit présenter une requête par écrit. Ce qu’il fait. Godefroy Chabi n’obtiendra jamais de réponse. Une entrave intolérable aux libertés d’accès à l’information ? Pourtant c’est la vie quotidienne de ce rédacteur africain…
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Des journalistes scientifiques s’expriment sur l’importance et les réussites du programme, de même que sur les obstacles à surmonter

Pour aider les journalistes scientifiques à surmonter des obstacles comme celui-là, la Fédération mondiale des journalistes scientifiques (FMJS) a développé un programme de mentorat par les pairs grâce au soutien du Centre de recherches pour le développement international (CRDI), du Department for International Development du Royaume-Uni et de Agence suédoise de coopération internationale au développement.

 
Par le truchement d’une plateforme Internet d’échange de documents, les mentorés bénéficient de conseils et recommandations de journalistes scientifiques chevronnés d’autres pays. Lancé depuis bientôt deux ans, le programme touche 60 journalistes scientifiques de 35 pays du Moyen-Orient et de l’Afrique.

Surmonter les obstacles

Godefroy Chabi communique toutes les semaines par Internet avec son mentor, Gilles Provost, journaliste à Radio-Canada. Ils discutent de méthodes de recherche d’informations, d’angle de traitement, d’avancement de carrière… Ensemble, ils trouvent des manières de contourner les obstacles, et gagnent parfois quelques batailles. Par exemple, il y a quelques mois, Godefroy Chabi a convaincu son rédacteur en chef de créer une rubrique Science au sein de l’Office de radiodiffusion et télévision du Bénin (ORTB), chose très rare dans les médias du pays.

 
« Les organismes de presse sont assez indifférents à la science, il s’agit pour eux d’une discipline accessoire. Ils préfèrent la politique ou la culture. Il faut les éveiller à cela », témoigne le journaliste.

Grâce au soutien de son mentor, Godefroy Chabi a acquis une bonne crédibilité au Bénin, notamment depuis qu’il rédige des chroniques régulières sur le sida pour l’agence +news. « J’estime avoir terminé mon mentorat en 2007, lorsque j’ai reçu un prix de l’African Information Society Initiative dans la catégorie radio. Maintenant, j’ai trouvé ma propre identité, je suis reconnu pour mon travail et je suis capable de traiter des sujets en toute autonomie. »

Un réseau mondial

Godefroy Chabi et Gilles Provost communiquent aujourd’hui comme des collègues, contribuant ainsi à la formation d’un réseau mondial de journalistes scientifiques. Ainsi, Gilles Provost a récemment aidé la toute nouvelle association des communicateurs scientifiques du Cameroun à concevoir leur site Internet, et un de ses collègues participe à la création d’une association semblable pour l’ensemble des pays du Maghreb.

« Le développement du journalisme scientifique est un cheval de Troie, une porte vers l’amélioration de la qualité des médias, et donc de la démocratie dans ces pays, précise Jean-Marc Fleury, directeur général de la FMJS. Les organismes qui nous soutiennent financent le développement d’une expertise scientifique locale. Notre rôle est de former des journalistes capables de diffuser les idées de ces experts pour générer un débat public pertinent localement. »

Depuis son lancement en 2006, ce programme de mentorat a connu de bien belles réalisations :
  • 20 mentorés disposent maintenant de davantage de temps d’antenne ou, dans le cas de la presse écrite, de davantage d’espace pour leurs reportages sur la santé, l’environnement et d’autres sujets scientifiques;
  • 14 mentorés sont maintenant des chroniqueurs scientifiques et deux mentorés enseignent le journalisme scientifiques à l’université;
  • l’article publié sur SciDev.net qui a suscité le plus de discussion à ce jour a été écrit par un mentoré. Cet article s’intitule Sickle cell drug mired in controversy et a été publié en juin 2008.
  • la Fédération mondiale des journalistes scientifiques a lancé le tout premier cours électronique de journalisme scientifique au monde;
  • neuf équipes de journalistes ont produit les premiers reportages scientifiques transfrontière d’Afrique et du Moyen-Orient, et ces derniers ont été publiés dans les deux régions;
  • au Kenya, au Nigeria, au Rwanda et en Ouganda, des associations de journalisme scientifique ont vu le jour et elles organisent des activités de formation à l’échelle locale.

 

 - Cet article est la reproduction quasi fidèle d’un article qui a paru dans l’édition de novembre-décembre 2008 du magazine Découvrir.