Shelley Jones — Aider les jeunes Ougandaises à poursuivre leurs études

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Shelly Jones avec une groupe de fille en Ouganda

Shelley Jones se penche sur les obstacles qui freinent l’accès des filles à l’éducation en Ouganda

Ashley Ramier et Michelle Hibler
QUE SONT-ILS DEVENUS ?

Titulaire d’une bourse de recherche du CRDI, Shelley Jones s’est rendue en Ouganda afin d’étudier les obstacles qui empêchent les jeunes femmes de poursuivre leurs études secondaires. Ses travaux ont incité de jeunes entrepreneurs sociaux à lancer une entreprise qui aide les filles à rester à l’école tout en leur procurant un emploi.

Dans les pays en développement, l’interruption des études est chose courante pour bon nombre de filles. Les raisons en sont variées : obligations familiales, tâches domestiques, manque d’argent pour payer les droits de scolarité, mariage et grossesses précoces, conflit armé. Toutefois, ce qui a surpris Shelley Jones lorsqu’elle a effectué ses travaux sur le terrain grâce à la bourse du CRDI aux chercheurs candidats au doctorat, c’est de constater que beaucoup d’entre elles abandonnent l’école à cause de leur cycle menstruel. En effet, l’UNICEF estime qu’en Afrique, une élève sur dix s’absente ou abandonne complètement l’école à cause de ses règles.

Grâce à ses travaux, Mme Jones a acquis une fine compréhension approfondie des défis complexes que les jeunes Ougandaises vivant en milieu rural doivent surmonter pour poursuivre et achever leurs études secondaires. Si le mariage et les grossesses précoces constituent des facteurs d’abandon scolaire, elle a aussi constaté que toutes les filles s’absentent de l’école tous les mois, certaines pendant toute une semaine, simplement parce qu’elles ne disposent pas d’articles d’hygiène féminine. Elle en a été stupéfiée.

De la recherche à la création d’une entreprise sociale durable

Au cours de l’année qu’elle a passée en Ouganda, Mme Jones a tissé des liens étroits avec les filles et les jeunes femmes et s’est attachée à comprendre les défis auxquels elles étaient aux prises. Une fois ses travaux sur le terrain terminés et sa thèse rédigée, elle a continué de chercher à résoudre ce problème urgent. L’envoi de serviettes hygiéniques ne représentait toutefois pas une solution durable ni viable sur le plan financier.

La thèse de Mme Jones a inspiré Carrie-Jane Williams, l’une de ses compagnes d’études supérieures de l’Université de la Colombie-Britannique. Cette dernière s’est rendue en Ouganda avec, dans ses bagages, des serviettes hygiéniques en tissu réutilisables fabriquées au Canada. Elle a proposé à deux jeunes entrepreneurs sociaux de l’aider à produire des articles semblables sur place. C’est ainsi que la manufacture communautaire AFRIpads Ltd. produit maintenant en Ouganda des serviettes hygiéniques en tissu réutilisables à un prix abordable.

D’abord un projet pilote, AFRIpads est désormais une entreprise durable et prospère qui fournit à l’Ouganda des articles d’hygiène féminine accessibles et abordables. Cette industrie est importante, non seulement parce qu’elle permet aux filles de demeurer en classe, mais aussi parce qu’elle procure de l’emploi aux femmes de la collectivité, notamment à d’anciennes participantes aux travaux de Mme Jones. Elle est d’autant plus importante, selon elle, que « les débouchés pour les jeunes Africaines des zones rurales sont assez restreints. Travailler pour cette entreprise permet à ces jeunes femmes de toucher un revenu et de soutenir leur famille. Elles jouissent aussi d’une plus grande autonomie et peuvent faire des choix qu’elles n’auraient pas pu faire autrement », explique Shelley Jones.

En 2014, l’effectif d’AFRIpads comptait plus de 60 personnes et l’entreprise inaugurait sa troisième manufacture. L’entreprise a ainsi fourni des trousses hygiéniques à plus de 250 000 filles. La société Lunapads, le modèle canadien, est désormais officiellement actionnaire d’AFRIpads.

Assurer l’accès à une éducation de qualité

Shelley Jones with her Masters of Education students debating gender issuesMme Jones a obtenu son doctorat en éducation (langue et littéracie) à l’Université de la Colombie-Britannique en 2008. Elle est maintenant chargée de cours au département d’études sur les sexospécificités, l’équité et l’inclusion de l’Institute for Educational Development, de l’Université Aga Khan, en Tanzanie, en Afrique de l’Est. Elle enseigne au programme de maîtrise en éducation et poursuit des recherches sur une variété de sujets liés à l’inclusion scolaire ainsi qu’aux sexospécificités et à l’éducation.

Elle participe également à l’African Storybook Project Research Network (ASReN), un réseau qui vise à s’assurer que les enfants ont accès à des récits dans une langue qu’ils connaissent afin d’apprendre à lire et d’apprendre à aimer la lecture. Des recherches démontrent en effet que les enfants africains qui ne peuvent pas lire dans leur langue maternelle peuvent éprouver non seulement des difficultés en matière de littéracie, mais aussi d’autres difficultés d’apprentissage.

Dans le cadre de l’ASReN, Mme Jones s’intéresse à l’élaboration de récits et de livres qui présentent des personnages féminins forts. Elle explique que, pour améliorer l’accès des filles à l’éducation, il faut avoir les outils qui permettent de s’attaquer à leurs problèmes particuliers. En Afrique, ajoute-t-elle, il est crucial que les adolescentes puissent se faire entendre et échangent sur leurs expériences et leurs impressions, car elles font face à des problèmes complexes et sont en situation de grande vulnérabilité, notamment en ce qui a trait au mariage et aux grossesses précoces, au soutien familial limité ou à la discrimination sexospécifique en matière d’éducation.

La recherche se poursuit

Les sujets sur lesquels Mme Jones se penche actuellement ne sont pas tellement éloignés de la recherche qu’elle a réalisée dans le cadre de ses études doctorales; elle affirme d’ailleurs que les connaissances qu’elle a acquises au cours de l’année passée en Ouganda sont indispensables à la poursuite de ses travaux.

Les 15 jeunes femmes qui ont participé à ses recherches doctorales prennent part également à son étude longitudinale, qui en est à sa dixième année. Mme Jones élabore également une évaluation des impacts intergénérationnels axée sur l’éducation des filles, qui aurait pour sujets les participantes à ses recherches initiales, qui ont maintenant atteint le milieu ou la fin de la vingtaine, et leurs propres enfants d’âge scolaire.

Ashley Ramier était une étudiante embauchée pour l’été au CRDI auprès du Programme de bourses du CRDI. Michelle Hibler travaille à la Division des communications du CRDI.

Vous pouvez en savoir plus sur les anciens titulaires de bourse du CRDI en consultant l’étude de suivi, Contributions to Research, Policy, and Institutions (PDF en anglais, 674 Ko).

En savoir plus sur les travaux réalisés par Shelley Jones