Selon des spécialistes, les pays en développement sont mal préparés au vieillissement de la population

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Tim Brown

Depuis longtemps, les économistes, les démographes et les environnementalistes étudient la capacité de notre planète de soutenir la vie humaine et s’en inquiètent.

La plupart des spécialistes ne considèrent cependant plus la surpopulation comme une grande menace pour l’humanité. Les spécialistes en sciences sociales se préoccupent davantage du vieillissement de la population, un sujet qui a été abordé récemment lors d’un débat d’experts organisé par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI), organisme canadien, à son siège à Ottawa.

Deux facteurs sont responsables du vieillissement de la population : la dénatalité et une espérance de vie plus longue. Selon Jorge Bravo, économiste à l’ONU, il est à craindre que les sociétés soient incapables de faire face aux coûts élevés des soins aux aînés, particulièrement dans les pays à faible revenu disposant de ressources financières et politiques limitées.

Les pays industrialisés et les pays en développement font face au même phénomène, estime Richard Jackson, directeur de la Global Aging Initiative au Center for Strategic and International Studies de Washington, D.C. La grande différence, c’est que cette transition se produit beaucoup plus rapidement dans la plupart des pays en développement que dans les pays industrialisés.

S’il est bien connu que les femmes des pays riches ont moins d’enfants, on observe aussi une forte baisse des taux de fécondité même dans les pays les moins avancés – une baisse de 30 % depuis 1970 selon l’UNICEF. En Amérique latine, le phénomène est encore plus prononcé. Les naissances y ont chuté de 55 % (de 5,3 à 2,4 enfants par femme) pendant la même période. Parallèlement, l’espérance de vie s’est allongée en Amérique latine, et l’ONU estime qu’elle continuera de progresser.

Construire une assise solide

Ce phénomène a jusqu’à maintenant fait l’objet de peu de recherches, et on ne connaît guère ses répercussions. On sait que les coûts de la santé augmenteront dans les pays industrialisés à mesure que la population exigera davantage de soins médicaux. En Afrique et en Amérique latine, ce n’est cependant pas aussi évident. Selon Ron Lee, directeur du Center on the Economics and Demography of Aging du campus de Berkeley de l’Université de la Californie, dans les pays en développement, la consommation des aînés et celle des jeunes sont semblables.

De concert avec l’ONU, le Consortium pour la recherche économique en Afrique (AERC), l’Université de la Californie et l’Université d’Hawaii, le CRDI mène des travaux de recherche parallèles en Amérique latine et en Afrique afin de déterminer la manière dont le patrimoine individuel évolue avec le vieillissement. Les spécialistes tentent d’établir si les aînés soutiennent leurs enfants ou s’ils sont soutenus par eux. Ils analysent dans quelle mesure les gens dépendent des transferts sociaux des organismes étatiques. Outre l’établissement des tendances démographiques, ces travaux visent à permettre aux responsables des politiques des pays en développement de prendre des décisions éclairées en ce qui concerne les politiques en matière de protection sociale.

Les spécialistes mentionnent souvent les avantages du vieillissement de la population. L’avantage, croit M. Jackson, c’est que le déclin du taux de natalité a pour effet d’alléger les obligations parentales. Ayant moins de bouches à nourrir, les adultes en âge de travailler peuvent économiser, investir et assurer l’éducation de leurs enfants, établissant ainsi une assise solide en vue d’une croissance économique soutenue.

Si le CRDI mène les travaux de recherche en Amérique latine et en Afrique, c’est en partie parce que les deux régions, malgré le vieillissement de leur population, ne connaissent pas une hausse correspondante du niveau de vie. Le phénomène est moins étonnant en Afrique, où le processus de vieillissement ne fait que commencer dans plusieurs pays. En Amérique latine, cependant, la fenêtre des avantages du vieillissement commence déjà à se refermer. Après plusieurs décennies, la proportion de la population active par rapport à la population non active est prévue à la baisse – et, cette fois, les aînés non actifs seront plus nombreux que les jeunes.

Dans certains pays de ces régions, un autre problème découle du fait qu’on met en place des programmes de protection sociale sans tenir compte de l’emballement des coûts, qui est à prévoir.

L’avenir des régimes publics de retraite paraît sombre, constate Ron Lee. Le Brésil, par exemple, a récemment mis en oeuvre un généreux programme pour les aînés. Lorsque les aînés représentent 7 % de la population, cela peut aller, de dire M. Jackson. C’est bien différent lorsque leur proportion atteint 25 %.

Il y a toutefois de l’espoir. Le Chili a démontré qu’une politique efficace peut entraîner des effets économiques positifs, maintenant et à l’avenir. Les dépenses en matière de santé et d’éducation y étant relativement élevées, les régimes de retraite ont été modifiés et, aujourd’hui, on cherche à stimuler l’épargne personnelle plutôt qu’à reporter le fardeau financier sur les futures générations de travailleurs.

Plusieurs pays d’Amérique latine et d’Afrique australe ne disposent pas de véritables régimes de retraite. Cela peut être un avantage, estime M. Lee, puisque ces pays en développement peuvent élaborer d’emblée une politique intelligente et viable.

 Tim Brown est rédacteur à Ottawa