Saine diversification des repas servis dans les écoles grâce aux innovations en agriculture

03 janvier 2018
Wendy-Ann Isaac, Gaius Eudoxie, Patrick Cortbaoui, Wayne Ganpat et Sylvia Borucki

Des élèves qui mangent un repas à l'école

Photo : Arne Hoel / Banque mondiale

Contexte

Les pays des Caraïbes n’ont guère prêté attention à la production alimentaire locale, comptant plutôt sur des aliments transformés importés à forte teneur en calories qui ont contribué à des taux d’obésité élevés. À Trinité-et-Tobago et à Saint-Kitts-et-Nevis par exemple, les repas servis à l’école contiennent moins de 10 % de produits de provenance locale, les agriculteurs voyant leur production limitée en raison de pratiques culturales inefficaces, d’une mauvaise gestion de l’eau et de variétés inappropriées. Mis au point pour les Caraïbes, le modèle « de la ferme à la fourchette » vise à remédier à cette situation en proposant une nouvelle stratégie de sécurité alimentaire et nutritionnelle qui met l’accent sur l’établissement de liens entre l’agriculture, la nutrition et la santé et qui repose sur trois piliers : augmenter la proportion de fruits et de légumes frais dans les repas servis à l’école, faciliter l’approvisionnement en produits auprès des agriculteurs locaux pour répondre aux besoins des programmes de repas scolaires et fournir ce qu’il faut aux petits exploitants agricoles pour qu’ils puissent accroître leur production toute l’année durant (Phillip et coll., 2014).

Grâce au projet De la ferme à la fourchette et au soutien du personnel du ministère de l’Agriculture, de petits exploitants agricoles ont adopté des techniques de gestion de l’eau appropriées pour faire face aux variations saisonnières des précipitations. En collaboration avec ces petits exploitants, l’équipe du projet a aussi étudié, retenu et fait connaître des variétés de légumes à haut rendement, amélioré la manutention des fruits et des légumes frais après la récolte et répandu le recours à une nouvelle source de fourrage pour nourrir les moutons et les chèvres tout au long de l’année. En augmentant la quantité et la qualité des fruits et des légumes produits localement offerts dans les repas servis à l’école – et possiblement celles des produits contenant des protéines animales –, le modèle allant de la ferme à la fourchette offre une solution pour accroître la diversité nutritionnelle dans les programmes de repas scolaires et pour favoriser l’adoption de saines habitudes de vie par les enfants.

Messages clés

  • En contribuant à l’augmentation de la production alimentaire et à la réduction des pertes après récolte, les innovations en agriculture permettent aux agriculteurs de fournir des produits aux programmes de repas scolaires et rendent l’alimentation plus diversifiée.
  • Grâce à l’adoption de l’irrigation goutte à goutte pour la culture maraîchère en plein champ, de petits exploitants agricoles de Saint-Kitts-et-Nevis ont augmenté leurs rendements de 30 %.
  • Le choix de variétés appropriées de poivron pour la culture en serre et l’utilisation de compost local se sont traduits par une hausse de plus de 100 % des rendements..
  • En réduisant l’exposition à des températures élevées, à l’humidité et au soleil et en utilisant un emballage de polyéthylène de qualité alimentaire, il a été possible de réduire les pertes après récolte de légumes de plus de 50 %.
  • MLe brachiaria fournit un fourrage riche en protéines pour les petits ruminants, même pendant la saison sèche quand les pâturages naturels ne produisent pratiquement pas.

Premières incidences

Hausse de la production toute l’année durant au moyen de l’irrigation goutte à goutte

Saint-Kitts-et-Nevis et d’autres pays de l’est des Caraïbes connaissent des pénuries d’eau durant la saison sèche, ce qui empêche la production à longueur d’année. De concert avec le ministère de l’Agriculture de Saint-Kitts-et-Nevis, l’équipe du projet a fait adopter l’irrigation goutte à goutte (qui permet d’économiser l’eau en l’apportant en petites quantités directement à la racine) par 16 petits exploitants agricoles, qui ont aussi été formés au suivi et à la préservation de l’humidité du sol. Ainsi, les agriculteurs – dont de nombreuses femmes – ont pu surmonter le problème posé par la rareté de l’eau et produisent huit fruits et légumes différents tout au long de l’année pour le programme de repas scolaires.

Pendant deux années consécutives (en 2011 et en 2012), la production maraîchère a augmenté, ce qui s’est traduit par une hausse des revenus des agriculteurs et un approvisionnement plus constant. Le rendement de la tomate est passé de 18 à 32 tonnes métriques par hectare (tm/ha), celui de la citrouille, de 17 à 25 tm/ha, et celui du haricot à filet, de 3 à 10 tm/ha. Le projet a démontré que le soutien technique et institutionnel à la culture irriguée entraînait une hausse des rendements et créait de nouveaux débouchés pour les agriculteurs, en particulier pour les femmes.

 

Des variétés améliorées donnent lieu à une hausse des rendements

À Saint-Kitts-et-Nevis et à Trinité-et-Tobago, les fruits et les légumes sont généralement cultivés en plein champ, même s’ils sont exposés à la chaleur et au stress hydrique du sol pendant la saison sèche et aux dommages que peuvent causer les inondations pendant la saison des pluies. La culture abritée en serre offre une solution de rechange que pratiquent un moins grand nombre d’agriculteurs. Toutefois, il est possible d’accroître la productivité de ces deux systèmes par l’adoption de variétés améliorées. Dans le cadre du projet, trois variétés de citrouille destinées à la culture en plein champ ont été mises à l’essai afin de déterminer celles qui se prêtaient le mieux à l’approvisionnement des programmes de repas scolaires. La CEStarz et la Bodles Globe, deux variétés de citrouille mises au point localement, ont donné de meilleurs résultats que la Future NP-999, une variété internationale importée, sur le plan du rendement, des qualités gustatives, de la durée de conservation et de la teneur en vitamine A. On continue d’améliorer le goût de la CEStarz et d’encourager les agriculteurs à l’adopter.

À l’intention des agriculteurs pratiquant la culture maraîchère abritée, des variétés de tomate et de poivron tolérant la chaleur ont été évaluées au campus de Trinité-et-Tobago de l’University of the West Indies afin d’en déterminer le rendement en serre. Deux des sept variétés de tomate testées, soit la IT 71 et la Versatile, ont donné un rendement beaucoup plus élevé par plant que les autres (figure 1).

 

Utilisation du compost en culture abritée

À l’heure actuelle, les agriculteurs pratiquant la culture en serre utilisent un compost commercial d’importation. Le prix élevé de ce compost, inabordable pour plusieurs, réduit les profits. Dans le cadre du projet, l’utilisation de compost produit sur place a contribué à accroître le rendement, la qualité et la rentabilité. Lors d’essais comparatifs, un compost local, auquel de la perlite (une substance volcanique perméable) avait été ajoutée, a permis d’obtenir des rendements de plus de 100 % supérieurs à ceux que donnait le compost importé et de réduire les sommes consacrées au compost de plus de 20 %. La durée de conservation des poivrons cultivés avec le compost local a aussi augmenté de cinq jours. Quarante-cinq exploitants de serre ont été invités à prendre connaissance des résultats des essais comparatifs, à s’initier à différentes techniques de compostage et à constater l’intérêt que présente le compost local, qui pourrait remplacer avantageusement le compost importé, plus cher.

Moins de pertes, plus de nourriture

Des recherches ont été exécutées afin d’évaluer l’importance des pertes après récolte de tomates, de haricots à filet, d’aubergines, de gombos et de concombres. À Saint-Kitts-et-Nevis, les agriculteurs de subsistance dont les produits sont vendus dans des étals en plein air subissaient des pertes très élevées, de l’ordre de 54 % et de 57 % respectivement, pour le haricot à filet et la tomate (figure 2). À Trinité-et-Tobago, des études ont révélé que les tomates cultivées en plein champ présentaient plus de défauts (dans une proportion de 25 %) que celles cultivées en serre (5,5 %) et que ce pourcentage augmentait à 39 % et 27 % respectivement après cinq jours en entreposage couvert.

Figure 2. Tomate : pertes cumulées à Saint-Kitts-et-Nevis; Agriculteurs de subsistance<br />
30 % de pertes<br />
Pertes cumulées : 30 %; Commerces de détail<br />
27 % de pertes<br />
Pertes cumulées : 57 %; School Meals Center<br />
5 % de pertes<br />
Pertes cumulées : 62 %
 
Figure 2. Tomate : pertes cumulées à Saint-Kitts-et-Nevis
 

Des mesures simples, comme l’utilisation de toiles en tissu pour protéger les produits de la lumière solaire directe et des températures élevées, ont été recommandées pour réduire les pertes après la récolte tout le long de la chaîne d’approvisionnement. Il a été démontré que les aubergines emballées dans un film de polyéthylène de qualité alimentaire ne subissaient ni perte de poids ou de fermeté ni altération de couleur et que leur qualité se maintenait même après 10 jours d’entreposage à 30 oC. Une technique qui consiste à laisser les citrouilles au soleil pour que leur écorce durcisse a été utilisée pour en augmenter la durée d’entreposage et en accroître la disponibilité hors saison.

Le brachiaria nourrit le bétail toute l’année durant

À Saint-Kitts-et-Nevis, les petits exploitants agricoles nourrissent habituellement leur bétail avec les feuilles et les tiges de différents arbres et arbustes. Ces dernières sont faibles en protéines et peu abondantes pendant la saison sèche, ce qui réduit la croissance du bétail, la disponibilité de viande et les revenus des petits exploitants. Dans le cadre de ce projet, le brachiaria, une graminée non indigène qui résiste à la sécheresse et est riche en protéines, a été étudié afin de déterminer s’il pouvait fournir une meilleure nourriture pour le mouton et la chèvre toute l’année durant. Le brachiaria s’est bien établi, couvrant 98 % de la surface en 20 semaines. Il a produit 15 % plus de biomasse que toutes les autres graminées fourragères de la région, et sa teneur en protéines était supérieure d’environ 6 %. Il a également produit jusqu’à huit tonnes métriques de biomasse par hectare durant la saison sèche, lorsque la production dans les pâturages naturels était presque nulle. Résultat : les agriculteurs ont multiplié par cinq la superficie cultivée en brachiaria.

Conclusion

Ces résultats sont importants même s’ils ne permettent pas encore d’envisager une adoption sur une grande échelle. L’augmentation de la production de légumes et de protéines animales de grande qualité et l’approvisionnement plus régulier des programmes de repas scolaires peuvent contribuer à accroître tant la quantité que la diversité des aliments qui sont servis quotidiennement aux enfants, entraînant ainsi des répercussions positives sur leur santé et leur apport nutritionnel. De plus, ces interventions techniques peuvent aussi avoir des effets positifs sur les moyens de subsistance, en atténuant l’insécurité alimentaire, en produisant des revenus et en améliorant la santé humaine, à savoir les principaux objectifs que vise le modèle allant de la ferme à la fourchette. À ce titre, elles méritent qu’on les peaufine et qu’on les mette à l’essai avec les agriculteurs, afin de tirer parti de ce potentiel, d’accroître la production et l’efficience et de créer des sources d’approvisionnement locales fiables en aliments de grande qualité pour les programmes de repas scolaires.

Références

  • Balfour, A., Isaac, W., Mark, N., Eudoxie, G., Solomon, L. et M. Mohammed (2014). Evaluation of Different Crop Management Systems on Growth and Productivity of Three Pumpkin Varieties. 50e assemblée annuelle de la Caribbean Food Crops Society, du 6 au 11 juillet 2014, St. Thomas, Îles Vierges des États-Unis.
  • CARDI (2008). CARDI Research and Development Highlights 2007-2008: Trinidad and Tobago Unit, PSC Number: TT/002/09, St. Augustine, Trinitéet- Tobago, Caribbean Agricultural Research and Development Institute.
  • Eudoxie, G., Martin, M. and Carrington, L. (2013). Growing Media Effects on Sweet Pepper (Capsicum Annun) Nutrition and Yield Under Fertigation. Caribbean Food Crops Society: 49th Annual Meeting, 30 June - 6 July, Port of Spain, Trinidad and Tobago.
  • Gibson, N. et A. Hosein (2008). Introducing Mulato: An Improved Forage for the Caribbean, St. Augustine, Trinité-et-Tobago, Caribbean Agricultural Research and Development Institute.
  • Phillip, L., Johnston, D. et I. Granderson (2014). De la ferme à la fourchette – lutte contre l’obésité chez les enfants dans les Caraïbes, Ottawa, Canada, Centre de recherches pour le développement international.

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Le Fonds canadien de recherche sur la sécurité alimentaire internationale est financé conjointement par le CRDI et Affaires mondiales Canada.