Réservoirs d'espoir

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Division des communications, CRDI
La recherche bien appliquée
Un programme d’apprentissage partagé, soutenu financièrement par le CRDI, aide des agriculteurs à approvisionner en eau des villages pauvres de la province de Guizhou, en Chine, et à leur faire entrevoir un avenir meilleur. 
« L’eau est bonne; elle profite à toutes choses et ne rivalise pas avec elles. »

— Lao-tse 


Le défi sur le plan du développement : la collecte de l’eau
 
La remarquable croissance économique qu’a connue la Chine au cours des dernières décennies a été largement confinée aux régions côtières et aux grandes villes. Le sort des provinces de l’intérieur et, en particulier, celui des districts ruraux, plus montagneux et arides, est moins enviable. Un grand nombre d’habitants de ces régions tentent de tirer de terrains accidentés et de terres arides et infertiles de quoi survivre à peine.
 
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L'exploitation des ressources communautaires en Chine
En collaboration avec des chercheurs de l'Académie des sciences agricoles du Guizhou (GAAS) et grâce à l'appui du CRDI, les résidants de certains villages des hautes terres de la province du Guizhou, en Chine, ont réussi à assurer un approvisionnement en eau régulier.

On trouve un district de ce genre dans le comté de Changshun, au coeur de la province montagneuse du Guizhou, au sud-ouest de la Chine. Y fournir un approvisionnement suffisant d’eau potable est un problème chronique. Le comté est constitué à 93 %, au bas mot, de terres en pente et la soussurface est en grande partie composée de calcaire poreux et de dolomite qui ne retiennent pas les eaux souterraines dans des nappes accessibles.

 
Les paysans doivent y gérer des systèmes de production complexes formés de rizières de culture sèche ou irriguées, de hautes terres et de prairies moins productives, de régions boisées et de terres incultes. La pénurie d’eau entraîne de faibles rendements, la concentration des cultures, la dégradation des forêts et le surpâturage. Les gens doivent travailler de plus en plus à seule fin de conserver le peu qu’ils possèdent. Or, la situation est particulièrement astreignante pour les femmes qui sont depuis toujours chargées de multiples tâches, dont la corvée d’eau.
 
Bon an, mal an, durant l’aride saison hivernale, les villageoises s’éveillent au milieu de la nuit pour marcher deux ou trois kilomètres — à la noirceur — jusqu’à un endroit où elles doivent faire la queue, souvent pendant des heures, dans le seul espoir de ramener suffisamment d’eau pour la consommation quotidienne. À leur retour à la maison, chargées de leur lourd fardeau, le soleil se levant à peine, ces femmes, qui manquent de sommeil et sont déjà épuisées, doivent faire face à une autre journée de travail.
 
L’idée : mobiliser la collectivité
 
Pendant des millénaires, la Chine a compté sur un système public centralisé, mis en oeuvre par une vaste et lourde bureaucratie. Il s’en trouvera certes plusieurs pour louanger cette structure, mais il reste que cette approche descendante ne répond pas toujours aux attentes à l’échelle locale.
 
Ainsi, au début des années 1990, Guizhou — une des provinces les plus pauvres de la Chine — a mis en oeuvre un projet public de gestion de l’eau, dont plusieurs installations ont été reconstruites ou financées par l’État. Toutefois, la reddition de comptes était à peu près inexistante, l’administration laissait à désirer et aucun contrôle local n’était exercé. Dans toute la province, l’efficacité du projet était limitée et les villages pauvres du comté de Changshun en ont tiré bien peu d’avantages.
 
Par conséquent, les chercheurs de l’Académie des sciences agronomiques de Guizhou (ASAG), parrainés par le CRDI, ont décidé de privilégier une approche différente, la gestion communautaire des ressources naturelles (GCRN), laquelle suppose la prise de décision participative. La GCRN se fonde sur la notion d’apprentissage partagé. Elle part du principe que les collectivités locales qui utilisent les ressources naturelles ont tout intérêt à les protéger. Les chercheurs travaillent directement auprès des villageois pour tenter de comprendre leurs problèmes et les aider à trouver les meilleures solutions.
 
La recherche : à l’écoute de la population
 
En 1995, l’équipe multidisciplinaire de l’ASAG a commencé à travailler dans quelques petits villages de Changshun. Au début, elle s’est centrée surtout sur la collecte d’information. Les chercheurs ont décrit et analysé les pratiques traditionnelles de gestion des ressources et évalué les dommages déjà causés au capital de ressources naturelles de ces villages.

Par la suite, les membres de l’équipe de l’ASAG ont joué davantage le rôle d’animateurs et ont rassemblé des universitaires et des résidants de la localité pour qu’ils s’engagent, sous leur direction, dans un processus de collaboration. Ensemble, ils ont élaboré des solutions techniques et organisationnelles et d’autres propositions susceptibles d’influer sur l’attitude des pouvoirs publics afin de résoudre les problèmes du village. Ils ont accordé beaucoup d’attention aux aspects sociaux du développement. Bien que les nouvelles stratégies aient porté sur diverses questions pratiques — nouvelles sources d’eau, irrigation, aqueducs, réservoirs, conduites, et ainsi de suite — l’accent a surtout été mis sur le processus, c’est-à-dire sur la participation des gens aux décisions touchant leur propre développement.

Sur le terrain : l’utilisateur-payeur

La collaboration a été longue et laborieuse. Non seulement les solutions techniques ont-ellesfait l’objet de discussions et été choisies par les villageois, mais ce sont ces derniers qui ont eux-mêmes construit les nouveaux systèmes. Qui plus est, ils en ont acquis la « propriété » en convenant d’en réglementer eux-mêmes l’usage et de payer pour leur gestion et leur entretien, selon la quantité d’eau utilisée. En Chine, le paiement à la consommation est une idée radicale et, à Changshun, l’innovation a fait naître une toute nouvelle attitude à l’égard des services publics.

« Le principe de l’utilisateur-payeur a aussi aidé à sensibiliser les villageois à l’importance des ressources naturelles. Lorsqu’ils se sont mis à utiliser le nouveau système d’alimentation en eau, ils se sont rendu compte qu’ils devaient prendre conscience de la quantité d’eau qu’ils utilisent et de l’incidence de leur utilisation sur l’ensemble du réseau. »
—Yuan Juanwen, chercheur à l’ASAG
 
L’approche de l’utilisateur-payeur a ensuite été approuvée par les gouvernements du comté et du canton en vue d’être mise en application dans d’autres régions rurales. En outre, l’extension des travaux de l’ASAG a permis de mettre en pratique la gestion communautaire des ressources naturelles dans d’autres domaines, par exemple, pour améliorer la gestion des terres forestières de propriété commune, construire des routes, assurer l’éclairage public et faire l’essai d’un système de production de biogaz.

L’incidence : la transformation des villages

En se réunissant pour prendre part à un programme d’apprentissage par la pratique, les agriculteurs de l’ASAG et de Changshun ont profondément modifié les niveaux de vie de ces districts aux prises avec la pauvreté.

Ayant désormais accès à un approvisionnement en eau fiable, les agriculteurs ont pu diversifier leurs cultures et augmenter considérablement leur rendement. Ils ont appris à faire un usage plus productif de toutes leurs ressources, par exemple, en plantant des arbres et des arbustes fruitiers sur les terres marginales des versants des collines (et, en même temps, freiner l’érosion). Aujourd’hui, les revenus sont plus élevés et les sources d’approvisionnement alimentaire, plus sûres.

L’incidence sur la vie des femmes a été particulièrement remarquable. Exigeant moins de main-d’oeuvre, les nouvelles méthodes de gestion de l’eau ont permis aux femmes de consacrer leur temps à autre chose. Elles se sont donc mises à la culture des arbres fruitiers, des champignons ou des fraises. De plus, elles ont appris à mettre en marché leurs produits et ont acquis des compétences dans des domaines aussi divers que la comptabilité, la vente et la conduite d’une motocyclette. Ainsi, plus besoin de transporter l’eau au beau milieu de la nuit.

Les défis de l’avenir : passer le mot

Le principal problème dans la province de Guizhou ne consistait pas tant à trouver de nouvelles sources d’eau qu’à inciter les gens à investir dans les systèmes d’approvisionnement et dans leur entretien. Le projet de Changshun a été beaucoup plus important sur le plan social que sur le plan technique. Il a révélé que ce sont les gens qui s’investissent et prennent les décisions qui jouent un rôle primordial dans le succès des projets de gestion des ressources naturelles.

En Chine, l’idée qu’on peut résoudre les problèmes locaux par des mesures locales fait son chemin. Les dirigeants du comté de Changshun ont adopté l’approche participative. S’il est vrai que de nouvelles perspectives ont été ouvertes, l’heure est peut-être venue de confier aux villages le soin de prendre les décisions sur l’utilisation et la gestion des ressources et de reproduire les résultats de ce projet dans d’autres régions de Guizhou et d’autres provinces de la République populaire de Chine.

« L’eau, où qu’elle se trouve sur terre, s’écoule vers un lieu de rencontre commun. Elle répond à une loi naturelle. Tous les êtres humains sont membres d’une collectivité et tous devraient travailler au sein de celle-ci. »
— I Ching

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