Repenser l'évaluation

Image
Tim Brown

Les programmes de développement sont souvent évalués en fonction de leur utilité et de leur efficacité. Toutefois, dans le monde en évolution rapide qui est le nôtre, comment faudrait-il évaluer les méthodes d’évaluation ?  

Cette question était au coeur d’un récent débat d’experts à l’Université Carleton, organisé par l’International Program for Development Evaluation Training (IPDET), la Banque mondiale et le CRDI.  

Selon l’expert en évaluation Michael Quinn Patton, les organismes doivent repenser leur stratégie d’autoévaluation.  

M. Patton explique que, trop souvent, l’évaluation ne s’attaque pas à la complexité de la réalité, mais la simplifie, ce qui donne lieu à des solutions trop simples ou incomplètes. Il a cité un exemple qu’il juge parfait, celui des efforts de grande envergure déployés pour éliminer la polio : un accent très précis sur la prévention de la maladie a détourné les ressources des autres programmes en santé, ce qui a fait en sorte que la population était plus à risque de contracter la polio. Maintenant, les travailleurs de l’aide internationale mettent en oeuvre une approche hybride : ils conservent l’accent sur la polio tout en travaillant à renforcer le système de santé dans son ensemble.  

Étant donné le caractère souvent imprévisible des incidences, des indicateurs de rendement trop stricts ne sont pas une garantie de succès. À son avis, la collaboration et la compréhension du contexte local sont cruciales.  

M. Patton explique que les recommandations ne peuvent être fondées uniquement sur les expériences passées puisqu’il est peu probable qu’elles se reproduisent. Les praticiens du développement auront probablement à faire face à des résultats inattendus. Pourtant, ajoute-t-il, il est rare de voir un évaluateur faire du travail de terrain pour mettre au jour de possibles éléments qui n’étaient pas visés au départ.  

Une culture d’investigation  

Mary Chinery-Hesse, ancienne directrice générale adjointe de l’Organisation internationale du travail, mentionne que la mondialisation modifie le domaine de l’évaluation, de façon aussi bien positive que négative. La plus grande interconnectivité du milieu de l’évaluation permet certes au domaine de se professionnaliser, mais il y a aussi fuite des compétences, car les meilleurs évaluateurs des pays en développement s’en vont pour s’associer à de grands organismes de développement.  

Indran Naidoo, directeur général adjoint du suivi-évaluation à la Commission de la fonction publique de l’Afrique du Sud, se penche lui aussi penché sur les changements occasionnés par la mondialisation.  

Selon lui, le fossé entre le Nord et le Sud est en train de s’estomper. Il y a, par exemple, des îlots de richesse dans les pays pauvres, tout comme il y a des poches de pauvreté dans les pays riches. Dans ce contexte, la généralisation des problèmes de développement ne donne pas de bons résultats. Tout comme Michael Quinn Patton, Indran Naidoo estime qu’une évaluation efficace exige des recherches rigoureuses et nuancées.   

M. Patton précise qu’une façon d’éviter les généralisations ou les prémisses erronées consiste à cultiver une « culture d’investigation ». Afin d’éviter la pensée grégaire, il recommande que les organismes s’entourent de conseillers indépendants et que la pensée évaluative et la pratique de l’évaluation y soient présentes à tous les niveaux.  

Michael Quinn Patton explique que le CRDI parvient mieux à le faire que tout autre organisme avec lequel il a travaillé : il est le tout premier organisme à avoir fait en sorte que la pensée évaluative fasse partie intégrante de sa mission.  

Tim Brown est rédacteur à Ottawa


Regarder la vidéo intégrale ou des extraits (en anglais)