Renforcement des capacités et transfert des connaissances : le Programme de partenariat Teasdale-Corti de recherche en santé mondiale

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Laura Eggertson
Chaque fois qu’une équipe de télévision se pointait à l’hôpital St. Mary’s Lacor en Ouganda, le docteur Piero Corti lançait ses instructions habituelles : « Pas de Blancs, disait-il aux caméramans. Ne filmez pas les Blancs, ils sont seulement de passage. Ce sont les Ougandais qui font tout le travail ici. »

En fait, c’était le succès de l’hôpital Lacor qui y attirait les équipes de télévision. Cet hôpital de 30 lits construit par des missionnaires italiens en 1959 n’a cessé de se transformer au cours des 40 années qui ont suivi. Il compte désormais 483 lits et offre des soins médicaux de tout premier ordre. Pendant des décennies, Corti et son épouse Lucille Teasdale, une chirurgienne canadienne, ont bravé les troubles suscités par la dictature et la guerre civile et soigné des centaines de milliers d’Ougandais.

Renforcer les capacités des Ougandais

Tout au long de leur carrière, les deux médecins ont travaillé dans ce même esprit qui animait Corti lorsqu’il disait aux caméramans de se concentrer sur les visages africains : leur but n’était pas de faire acte de charité mais de donner aux Ougandais les moyens de se prendre en charge. Ils tenaient à renforcer les capacités et à former des professionnels ougandais de sorte qu’ils puissent soigner eux-mêmes leurs concitoyens.

« Ils voulaient offrir les meilleurs soins possibles au plus grand nombre et au moindre coût, » explique la docteure Dominique Corti, la fille du couple.

Aujourd’hui, la grande majorité des plus de 500 membres du personnel de l’hôpital Lacor sont ougandais. En 2005, l’hôpital a admis près de 35 000 patients et traité 250 000 patients externes.

Un partenariat international 

C’est cette philosophie de renforcement des capacités qui a motivé la création du Programme de partenariat Teasdale-Corti de recherche en santé mondiale. Conçu par les partenaires de l’Initiative de recherche en santé mondiale (IRSM) – le Centre de recherches pour le développement international (CRDI), organisme canadien, Santé Canada, l’Agence canadienne de développement international (ACDI) et les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) – le programme fait honneur à l’héritage légué par les docteurs Teasdale et Corti.

Le programme favorisera la collaboration et les partenariats internationaux à l’appui de la recherche en santé. Il veillera à ce que les connaissances acquises soient employées pour résoudre des problèmes pressants et répondre à des besoins urgents en matière de santé dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire. Enfin, il contribuera à former et à appuyer les chercheurs aussi bien qu’à encourager la collaboration entre les chercheurs, les utilisateurs de la recherche, les organismes de la société civile et les gouvernements.

Au cours de la première phase de ce programme s’échelonnant sur quatre ans, on prévoit accorder des subventions de recherche pouvant atteindre 1,6 million CAD chacune à des équipes dont les projets contribueront à améliorer la santé des populations des pays en développement. Chaque équipe comprendra au moins une institution canadienne et une institution d’un pays à faible revenu ou à revenu intermédiaire.

Des compétences en grand nombre

L’appel à déclarations d’intention lancé à la fin de 2005 a connu un succès retentissant : 259 dossiers reçus, selon Ibrahim Daibes, administrateur de programmes principal au programme Gouvernance, équité et santé (GES) du CRDI. De ce nombre, 229 satisfaisaient aux critères de sélection, et 31 équipes ont par la suite présenté une proposition complète. On connaîtra les 12 équipes retenues en février 2007.

Selon Daibes, le programme repose sur une base solide et remporte un vif succès. Respectant l’esprit dans lequel le couple Teasdale-Corti a toujours travaillé, les subventions seront accordées aux chercheurs dont les propositions sont fortement axées sur le renforcement des capacités et qui favorisent un transfert des connaissances durable dans les pays visés et la formation d’un personnel décidé à y demeurer pour poursuivre le travail.

Comme l’a expliqué Dominique Corti lors de son passage au CRDI en décembre 2006, après leur arrivée et leur mariage à l’hôpital Lacor en 1961, ses parents ont décidé de faire de l’établissement un centre d’enseignement. Leur objectif était d’africaniser véritablement les services de santé.

Enseignement et formation

L’hôpital a fondé une école de sciences infirmières en 1973. Les médecins ont commencé à venir y faire leur internat dans les années 1980. Plus de 200 étudiants y résident, recevant une formation pour devenir infirmiers, éducateurs en soins de santé primaires, techniciens ou conseillers en matière de sida. Il y a trois ans, le gouvernement de l’Ouganda a approuvé la création d’une faculté de médecine dans une ville voisine et, depuis, l’hôpital forme 60 internes par année.

Selon Christina Zarowsky, gestionnaire de programmes au sein de GES, l’enseignement sera aussi au coeur du second volet du Programme de partenariat Teasdale-Corti de recherche en santé mondiale. Ce dernier offrira des bourses de formation et de cheminement de carrière par voie de concours, ainsi que des occasions à de jeunes chercheurs et à des chercheurs à mi-carrière engagés dans des activités de collaboration. Le programme, qui pourrait comporter des bourses de mentorat, mettra l’accent sur le resserrement des liens entre les organismes de recherche du Canada et ceux des pays du Sud.

La création d’un partenariat fructueux réunissant le CRDI, les IRSC, l’ACDI et Santé Canada est assurément un des avantages importants qui ont résulté du programme, affirment Christina Zarowsky et Richard Isnor, directeur du domaine de programme Innovation, politique et science du CRDI. Isnor est d’avis que le Programme de partenariat Teasdale-Corti a largement dépassé les résultats escomptés au départ.

Priorité au VIH/sida

Après le succès remporté par l’appel à déclarations d’intention du programme Teasdale-Corti et la demande qui s’en est suivie, l’IRSM a annoncé, en 2006, une nouvelle initiative axée sur la lutte contre le VIH/sida en Afrique. Cette initiative, financée par l’ACDI et gérée par le CRDI, vise à accroître la capacité des institutions africaines d’effectuer des essais en matière de prévention du VIH/sida et appuie tant la création de nouveaux partenariats que le renforcement des partenariats déjà établis par des équipes de recherche africaines et des équipes canadiennes. Des subventions pouvant atteindre 1 million CAD chacune seront accordées à deux ou trois équipes canado-africaines. Les bénéficiaires de ces subventions seront connus en février 2007.

Dominique Corti s’intéresse tout particulièrement à la recherche en matière de VIH/sida. Sa mère, qui fut une des premières Canadiennes à devenir chirurgienne, est morte après avoir contracté le sida en opérant ses patients à l’hôpital Lacor. Lucille Teasdale est inhumée dans l’enceinte de l’hôpital, aux côtés de son mari et du docteur Matthew Lukwiya, décédé en luttant contre l’épidémie d’Ebola survenue en 2000.

Dominique Corti, qui a grandi dans la salle d’opération de sa mère, a étudié la médecine dans l’espoir de desservir la population locale de la même manière que ses parents l’avaient fait. Mais elle a finalement choisi de consacrer son temps et ses talents à assurer la pérennité de leur héritage en s’occupant du soutien et du financement de l’hôpital Lacor, afin qu’il puisse poursuivre ses activités. Elle est présidente de la Fondation Piero et Lucille Corti, dont la mission consiste à réunir des fonds destinés au fonctionnement de l’hôpital.

Pour elle, assurer le fonctionnement d’un hôpital comme celui-là est la meilleure façon de venir en aide à un enfant.

Et la meilleure façon d’aider d’autres enfants, en Afrique et dans les autres pays en développement, est de former les travailleurs de la santé et de renforcer les capacités en matière de recherche, afin que ces pays puissent prodiguer eux-mêmes des soins de santé de premier ordre. C’est ce que Piero Corti et Lucille Teasdale auraient souhaité.

Laura Eggertson est rédactrice à Ottawa.