Recourir aux données probantes pour réduire la mortalité maternelle au Nigeria

10 juin 2016
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mother, child, health systems, insights, GEHS

CIET

Grâce aux technologies, l’initiative NEHSI recueille de l’information essentielle sur la santé auprès des familles nigérianes, dans leur foyer. Ici, une agente de vulgarisation sanitaire saisit et envoie des données sur la santé d'une mère et de son bébé.

En 2012, près de 40 000 Nigérianes sont mortes en couches, ce qui représente 14 % de la mortalité maternelle dans le monde. En milieu rural, les femmes et les filles se marient souvent jeunes et consacrent de longues heures à des tâches ménagères éreintantes – broyer le grain, aller chercher du bois de chauffage et de l’eau, exécuter les travaux des champs et vendre les produits agricoles –, et ce, jusqu’à un stade bien avancé de leur grossesse.

Au terme de vastes consultations qui ont duré deux ans, l’initiative Données probantes et systèmes de santé au Nigeria (NEHSI), à laquelle collaborent le gouvernement du Nigeria, le CRDI et l’Agence canadienne de développement international (ACDI), a vu le jour en 2008 afin de renforcer les systèmes d’information sur la santé dans deux États du Nigeria, soit ceux de Bauchi et de Cross River, et de former les décideurs à l’utilisation des données probantes recueillies à l’échelle locale pour la planification et la gestion des services de santé. L’amélioration de la santé maternelle et infantile constitue une priorité absolue.

L’initiative fait appel à une méthodologie de recherche reposant sur l’audit social et la mise en application. Elle recueille, dans un premier temps, les observations de diverses parties prenantes, puis met en place des interventions en santé fondées sur des données probantes et en suit de près l’efficacité. Neil Andersson, de l’organisme de recherche et de formation CIET, est d’avis que cela permet d’être en contact avec la réalité, dans la mesure où l’audit social contribue à faire le point sur les hypothèses, intentions et intuitions avancées, ainsi que sur leur admissibilité. Il s’agit de produire de solides données probantes sur ce qui fonctionne, sur les personnes qui sont laissées pour compte et sur ce qui peut être fait pour réduire l’écart entre les deux.

L’initiative NEHSI conjugue de nombreuses interventions de renforcement des capacités visant à accroître la confiance, les compétences et le savoir-faire des décideurs du milieu de la santé. À Giade, zone d’administration locale de l’État de Bauchi, des accoucheuses qualifiées apportent leur aide dans moins de 15 % des naissances. L’équipe de NEHSI y a mis en place un système de surveillance communautaire à la demande des autorités locales. Les visites effectuées au sein des ménages sont structurées de façon à déterminer les femmes enceintes et les nouveau-nés qui sont à risque. Des agents de vulgarisation sanitaire interrogent séparément les femmes enceintes et leur mari. Au cours de ces visites, les agents parlent des besoins en matière de santé maternelle et infantile et font état de constatations tirées d’une étude de référence. Sur leur téléphone intelligent qui confirme l’emplacement géographique, ils saisissent les réponses à quelques questions, puis les transmettent directement au siège situé dans la capitale de l’État. Ils sont ainsi en mesure de déterminer en temps réel les femmes et les nouveau-nés qui présentent un risque élevé et de permettre un suivi immédiat. Les données recueillies peuvent également être communiquées aux centres de santé et regroupées aux fins de la planification et de l’élaboration des politiques.

Les résultats obtenus à ce jour donnent à penser que les visites faites aux femmes à domicile pour parler de leur grossesse s’avèrent une solution économique pouvant sauver des vies. En effet, parmi les 8 000 ménages visités de Giade, le taux de mortalité maternelle a été de 3,8 % chez ceux qui n’ont reçu qu’une seule visite, de 0,8 % chez ceux qui ont reçu deux visites et de 0 % chez ceux qui ont reçu trois visites.

Outre son incidence sur la santé des mères, l’initiative NEHSI transforme le fonctionnement du système de santé. Quand elle prendra fin en 2014, elle aura ouvert la voie au passage à grande échelle d’un modèle décisionnel fondé sur des données probantes au Nigeria. La recherche a démontré qu’en informant les collectivités et en les faisant participer, on peut contribuer directement à améliorer la santé. En collaborant avec les autorités locales et le gouvernement de l’État, on s’assure que les outils et la formation se traduiront par des capacités au sein des établissements.

« Il s’agit de produire de solides données probantes sur ce qui fonctionne, sur les personnes qui sont laissées pour compte et sur ce qui peut être fait pour réduire l’écart entre les deux. »Neil-Andersson-Exec-Director-CIET.jpg

Neil Andersson, directeur exécutif du CIET, dirige plusieurs grandes composantes de l’initiative Données probantes et systèmes de santé au Nigeria.