Réaction en chaîne

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Division des communications, CRDI
La recherche bien appliquée
Un modeste projet financé par le CRDI a contribué à lancer un mouvement de masse visant à faire profiter les villages de l'Inde des bienfaits des technologies de l'information et de la communication.
« De ma longue expérience en agriculture, j'ai appris que, dès que les pauvres tirent un avantage quelconque de la technologie, les riches en profitent eux aussi. Or, l'inverse est
faux. »
— M.S. Swaminathan, scientifique et chef de file de la révolution verte

 


Le défi sur le plan du développement : atteindre ceux qui sont isolés

En Inde, le secteur de la technologie de l'information a pris naissance pendant les années 1980, avec l'établissement de sociétés de conception de logiciels à Bangalore, Chennai et Hyderabad. Le pays est aujourd'hui le deuxième exportateur de logiciels au monde. Or, sa population est surtout rurale et pauvre. Comment des gens qui subsistent avec moins de un dollar américain par jour peuvent-ils profiter des bienfaits de l'ère de l'information ?

La question préoccupait déjà M.S. Swaminathan il y a plus de 15 ans. Père de la révolution verte, qui a sauvé l'Inde de la famine il y a 40 ans, M.S. Swaminathan se disait qu'à l'instar d'un puits ou d'une pompe collectifs, un ordinateur stratégiquement placé pourrait s'avérer un outil de développement intéressant. Mais comment mettre les technologies de l'information et de la communication (TIC) au service des pauvres des régions rurales de l'Inde ? En 1990, il n'y avait encore aucun modèle. M.S. Swaminathan a donc entrepris de créer un modèle en vue d'opérer une révolution de l'information qui soit favorable aux pauvres et axée sur la personne.

Le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) a été le premier bailleur de fonds à soutenir cette vision, en finançant l'établissement de la Fondation de recherche M.S. Swaminathan (MSSRF). En plus de lui consentir une petite subvention, le CRDI a également renseigné cette dernière sur les façons dont les TIC étaient mises au service du développement dans d'autres régions.

 

CRDI / N. Lessard
Le projet Mission 2007 vise à répandre les bienfaits de la révolution du savoir dans 600 000 villages.

L'idée : l'information est une richesse (pourvu qu'elle ait une pertinence locale !)

Les ordinateurs, Internet, les téléphones mobiles, les CD-ROM interactifs, les journaux et la radio sont tous de puissants outils de diffusion de l'information. Selon les chercheurs, l'accès à de l'information locale et véritablement pratique avait le potentiel de marquer une différence dans la situation des personnes vivant dans une pauvreté extrême en milieu rural. Il restait à déterminer quel type d'information serait le plus utile, et sous quelle forme.

Les chercheurs étaient également d'avis qu'un modèle de propriété collective (plutôt que privée) des TIC conviendrait bien aux villages de l'Inde, et que les nouvelles technologies permettraient de contourner avec créativité les lacunes en matière d'infrastructure. Ils étaient par ailleurs convaincus que n'importe qui peut apprendre à se servir des TIC s'il en a réellement la chance. Ils ont fondé leur projet sur le principe gandhien de l'" attention au plus pauvre ".

 

« Songez au visage de l'homme le plus démuni et le plus vulnérable que vous ayez jamais rencontré et demandez-vous si ce que vous vous proposez de faire lui sera d'une quelconque utilité. Y gagnera-t-il quelque chose ? Cela lui permettra-t-il de reprendre sa vie et son destin en mains ? »
— Le mahatma Gandhi

 

 

CRDI / N. Lessard
M.S. Swaminathan

La recherche : des solutions technologiques et des innovations sociales empreintes de créativité

Le chef du projet, Venkataramen Balaji, un diplômé de l'Indian Institute of Technology de Kampur, a conçu un ingénieux mélange de technologies avec et sans fil. Les chercheurs ont étoffé et mis à l'essai son modèle de connectivité en étoile. On a muni d'une connexion Internet le village choisi comme station pivot; on y télécharge l'information pertinente, comme les prévisions météorologiques, puis on la relaie aux centres de savoir établis dans six villages avoisinants au moyen d'un réseau local de transmission de données textuelles et vocales. Étant donné l'irrégularité de l'alimentation en électricité, les chercheurs ont aussi trouvé le moyen de recourir à l'énergie solaire.

Sur une période de 18 mois, les chercheurs ont effectué des enquêtes pour recueillir des données sur l'utilisation aux six centres, qui desservent environ 12 000 personnes. Ils ont aussi déterminé jusqu'où les collectivités étaient prêtes à aller s'agissant de l'opérationalisation des centres de savoir ruraux et ils ont recruté des bénévoles capables d'interpréter l'information en vue de la vulgariser.

 

CRDI / N. Lessard

Sur le terrain : opérer un changement dans la vie des villageois

On a établi au départ un centre de savoir dans cinq villages, la collectivité procurant les locaux pour le centre. À Villianur, la station pivot du réseau, un personnel bénévole produit, traduit et tient à jour l'information transmise aux autres villages. Au moins la moitié de ces bénévoles sont des femmes.

On a établi des bases de données répondant aux besoins d'information locaux, parfois avec le concours d'experts, des médecins par exemple. Elles contiennent des données sur les prix des intrants agricoles comme les semences et les engrais, les prix du marché, les programmes gouvernementaux, les services de santé, les maladies du bétail, le transport (état des routes, annulation de déplacements en autobus), les conditions météorologiques (moment adéquat pour semer, emplacement des bancs de poissons, hauteur des marées). On a également gravé de la documentation sur des CD-ROM.

On a aussi eu recours aux outils de communication traditionnels : un journal communautaire a été créé et les haut-parleurs du village ont été utilisés pour transmettre de l'information.

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Le centre de savoir des villages à Pondicherry.

Le résultat : comme un poisson dans l'eau

Selon M.S. Swaminathan, le projet a démontré que les personnes vivant en milieu rural, surtout les femmes, apprennent très rapidement et se sentent comme des poissons dans l'eau en matière de technologie, qu'il s'agisse d'informatique, de semences hybrides ou d'aquiculture. Les personnes sans patrimoine qui vivent dans une pauvreté extrême font bon usage des centres. 

Le projet contribue à rendre les moyens de subsistance des villageois plus sûrs et plus viables tout en aidant ces derniers à acquérir de nouvelles compétences. À titre d'exemple, dans un village côtier non loin de Pondichéry, des femmes accèdent au site Web du service océanographique de la marine américaine pour obtenir de l'information sur la hauteur prévue des marées, qu'elles diffusent ensuite au moyen du système de haut-parleurs. Ainsi, les pêcheurs obtiennent de l'information fiable sur les conditions en mer avant de lancer leurs frêles embarcations de bois, ce qui peut leur sauver la vie. En fait, des centaines de personnes ont eu la vie sauve parce qu'un centre de savoir a permis d'alerter les habitants d'un village des environs de Pondichéry de l'imminence de l'arrivée des tsunamis le 26 décembre 2004.

Prochain défi : en faire profiter l'ensemble du pays

Le projet de recherche a débouché sur la formation, en 2004, de la National Alliance for Mission 2007, un mouvement de la base par lequel on vise à répandre les bienfaits de la révolution du savoir dans 600 000 villages. On cherchera à reproduire ailleurs le modèle mis au point à Pondichéry. Le gouvernement de l'Inde a prévu une somme équivalant à 28 millions CAD pour cette initiative dans son budget de mars 2005.
 

« C'est en Inde qu'on trouve le plus grand nombre de défavorisés, mais nous possédons aussi la technologie et les outils pour corriger ce déséquilibre. Je puis vous assurer que le secteur de la technologie de l'information tout entier appuie Mission 2007. »
— Saurabh Srivastava, administrateur fondateur, Nasscom Foundation (association nationale de sociétés de logiciels et de services)


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