Raisons de l’impact majeur des inondations provoquées par les crues de l’Indus en 2010 sur le Pakistan

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Cecelia McGuire
Les inondations de juillet 2010 dans le bassin de l’Indus sont l’une des catastrophes naturelles les plus dévastatrices jamais enregistrées dans l’histoire de l’humanité. Des chercheurs travaillent avec les collectivités pour réduire leur vulnérabilité aux phénomènes météorologiques extrêmes futurs.

Axe de recherche

Le projet vise à comprendre les causes sous-jacentes des inondations survenues au Pakistan en 2010 et leurs répercussions sur les collectivités marginalisées du bassin de l’Indus, de même qu’à définir des stratégies de réduction de la vulnérabilité de ces dernières.


Le défi

En juillet 2010, des pluies de mousson inhabituellement abondantes dans le bassin de l’Indus au Pakistan ont provoqué la crue des cours d’eau et l’inondation des collectivités avoisinantes. Le désastre a touché vingt millions de personnes : celles-ci ont perdu leur domicile et leurs moyens de subsistance, de même que l’accès à la nourriture et à l’eau salubre, et ont souffert des perturbations des infrastructures de transport, d’énergie et de communication. Un cinquième de ce pays essentiellement agricole a été inondé pendant des semaines, et la Banque mondiale estime à 10 milliards de dollars américains les coûts de remise sur pied de la région.

Le bassin de l’Indus au Pakistan comprend l’un des systèmes d’irrigation de surface les plus importants du monde. Le paysage principalement agricole de la région est constellé de rizières, de champs de blé et de maïs et d’autres cultures vivrières destinées à la consommation intérieure et à l’exportation. Malheureusement, un développement incontrôlé a augmenté les pressions qui s’exercent sur l’environnement dans le bassin et exacerbé l’impact des phénomènes météorologiques extrêmes sur les populations.

L’instabilité politique permanente et une mauvaise gouvernance ont compromis les activités de secours aux victimes des inondations. Au lendemain du désastre, on a canalisé les efforts sur une « remise en état » au lieu de s’attaquer aux facteurs de vulnérabilité sociale.

Une habitante du village de Bhakuo, un parmi les centaines de ceux dévastés par l’inondation, a exprimé dans les termes suivants le dilemme auquel de nombreux Pakistanais font face : « Nous construisons des maisons et la pluie continue de les détruire. Nous ne comprenons pas ce qu’il faut faire. Dites-le-nous s’il vous plaît. »

La recherche

En 2011, grâce au financement du CRDI, l’Institute of Social and Environmental Transition (ISET) et son pendant pakistanais (ISET-P) ont entrepris une étude de délimitation de 18 mois pour examiner les aspects économiques et sociaux des inondations de 2010. Le projet vise à déterminer les principaux acteurs en présence dans le bassin de l’Indus, et à évaluer leurs activités de secours et de reconstruction. En collaboration avec des partenaires de recherche locaux du Rural Support Programmes Network (RSPN – réseau de programmes de soutien en milieu rural), il se penchera également sur les facteurs déterminants de la vulnérabilité à ces phénomènes météorologiques extrêmes.

Dans un premier temps, les chercheurs ont examiné de nombreux rapports de la situation, des articles publiés dans les médias et d’autres documents afin de préparer un rapport de synthèse et une bibliographie détaillée. Ils ont évalué les facteurs qui ont contribué aux inondations et la capacité de réaction de divers organismes, du gouvernement, des bailleurs de fonds et de la société civile. Ils ont également recensé les activités de secours et de reconstruction, et dressé une liste des enseignements tirés d’autres projets de l’ISET sur l’adaptation aux changements climatiques dans la région.

Dans un deuxième temps, les chercheurs de l’ISET-P et les partenaires du RSPN visitent les collectivités du bassin de l’Indus afin de comprendre les facteurs de vulnérabilité. En allant des parties supérieures du fleuve Indus dans le district de Chitral jusqu’aux plaines deltaïques dans la province du Sindh, l’équipe a sélectionné quatre sites à étudier (les points rouges sur la carte indiquent leur emplacement). Elle a choisi deux villages à chaque site et a invité 40 ménages dans chaque village à participer à une première série de dialogues. L’équipe a séparé les participants en deux groupes : l’un était composé de ceux qui s’étaient bien remis des inondations et l’autre, de ceux qui ne s’en étaient pas bien remis. Les chercheurs ont également tenu des réunions de groupe distinctes avec les femmes pour comprendre les facteurs sexospécifiques influant sur les stratégies d’adaptation et de rétablissement des femmes et des hommes.

Le projet a accusé du retard pour plusieurs raisons au cours de cette phase de travail de terrain. Tout d’abord, les partenaires du RSPN ont dû prendre part aux activités de secours et de remise en état lors d’une deuxième période d’inondations survenue dans le bassin de l’Indus en 2011. Par ailleurs, il a fallu consacrer du temps à la préparation du personnel de terrain, et les problèmes permanents d’insécurité au Pakistan ont souvent limité l’accès aux sites.

Résultats préliminaires

Les pluies de juillet 2010 étaient certes sans précédent, mais les résultats préliminaires semblent indiquer que les inondations ont résulté d’une combinaison de facteurs. Parmi les principales raisons figurent un développement non planifié et incontrôlé – notamment des systèmes d’irrigation et de drainage dans la région touchée par les inondations – et, par conséquent, l’incapacité des eaux à s’écouler lors de crues. La gestion de l’irrigation et la maîtrise des crues sont définies par des relations de pouvoir : afin de sauver des villes et des villages ayant de solides relations politiques, les grands propriétaires terriens et les autorités responsables de l’irrigation ont ouvert des brèches dans les canaux et les remblais, causant ainsi des inondations en aval.

En outre, les mécanismes institutionnels permettant d’acheminer l’aide humanitaire présentaient un certain nombre de problèmes. Ainsi, les activités d’une multitude d’organisations manquaient de coordination. Par ailleurs, le transfert de pouvoirs des instances fédérales aux provinces en vertu du 18e amendement constitutionnel pose problème, ces dernières n’ayant pas la capacité technique ou financière de gérer leurs nouvelles responsabilités. On n’a pas tenu d’élections locales depuis 2000, et les systèmes d’administration locale sont souvent redondants.

Comme il fallait s’y attendre, plusieurs groupes fondamentalistes ont participé aux activités de secours, atteignant des zones non approvisionnées par le gouvernement et exacerbant souvent les tensions sociales et politiques.

Les évaluations de la vulnérabilité montrent que les ménages composés de six personnes et moins ayant diverses sources de revenus, différents actifs et accès à des services (logement sûr, énergie, eau, nourriture, transport et communication) étaient mieux en mesure de résister aux inondations. Il ne s’agit là que de quelques-uns des éléments fondamentaux qui aident les collectivités vulnérables à améliorer leur capacité d’adaptation. Parmi les autres figurent l’accès aux services de santé, à des fonds (filets de sécurité sociale) et à l’éducation, de même que les possibilités d’emplois non agricoles et l’existence de réseaux sociaux.

Un villageois participant aux dialogues a décrit la vulnérabilité ainsi : ceux dotés de waseela (moyens de subsistance) réussissent à faire reconstruire leur maison; les autres restent sans abri.

Bien que ce projet ne sera pas terminé avant la fin 2012, les résultats indiquent déjà des pistes de recherche supplémentaire. À l’automne 2011, le CRDI a lancé un appel à propositions de recherche sur l’adaptation aux changements climatiques, l’eau et la sécurité alimentaire au Pakistan. Trois nouveaux projets auxquels participeront certains des plus importants instituts pakistanais d’étude des politiques de développement économique et social démarreront bientôt.

Cecelia McGuire est rédactrice à Perth, en Ontario.

Le présent article porte sur le projet Renforcement des capacités de recherche en vue de mieux comprendre les changements climatiques dans le bassin de l’Indus et de mieux s’y adapter, financé dans le cadre du programme Changements climatiques et eau du CRDI.

Pour obtenir de plus amples renseignements sur ce projet, communiquer avec Sara Ahmed, spécialiste de programme principale au CRDI.

Photo du haut : Fawad Khan, ISET
Un village sur pilotis typique d’une région sujette aux inondations au Pakistan

Photo de droite : Fawad Khan, ISET
Carte du bassin de l’Indus

Photo de gauche : Fawad Khan, ISET
Réunion de groupe avec des femmes dans le village de Bhakuo, district de Tharparkar