Questions et réponses sur la GDE

WaDImena CRDI

Pourquoi l es inquiétudes suscitées par la problématique de l’eau au MOAN s’accentuent elles ?

La région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord (MOAN) est la région la plus pauvre en eau dans le monde. Les ressources d'eau renouvelables per capita sont actuellement de 1100 m3 par personne par an, comparées à la moyenne mondiale de 8900 m3 par personne par an et cette part décroit en permanence. Il est prévu que les ressources d'eau renouvelables per capita seront réduites de moitié en 2050. Il va de soi que, sans eau, il ne peut y avoir que bien peu de progrès ou de développement.
 
Quels sont les principaux défis de l'eau dans les pays de la région MENA?
 
En premier lieu, il y a les problèmes de quantité et de qualité d'eau: Les pluies sont de plus en plus rares et imprévisibles. La région est sujette à des sécheresses fréquentes et les températures sont en hausse. Les eaux de surface disponibles sont en déclin et le pompage excessif des eaux souterraines au delà des capacités de recharge naturelle entraîne une forte baisse des nappes aquifères, une augmentation de la salinité des eaux souterraines et une dégradation écologique. D'autre part, de larges quantités d'eaux usées non-traitées sont déversées dans la nature, atteignant les aquifères.
 
Deuxièmement, la demande en eau va en croissant tant dans les contextes ruraux qu'urbains. Les quantités d'eau requises en agriculture, dans l'industrie et dans les foyers vont en augmentant, l'agriculture demeurant en tête de la liste des plus grands consommateurs d'eau dans la région, avec 85% environ de la consommation totale d'eau.
 
Troisièmement, les ressources d'eau sont mal gérées. L'efficacité de l'usage de l'eau dans les différents secteurs -surtout en agriculture- est très basse. Il y a des pertes significatives dans les réseaux de distribution. Les agriculteurs ont souvent tendance à abuser dans les modes d’irrigation, les conduites et canaux souffrent de fuites, et bien trop peu d'efforts sont déployés pour prévenir la pollution de l'eau.
 
Quatrièmement: L'eau est de droit à tout le monde: riches et pauvres, hommes et femmes, petits paysans comme grands, agriculteurs etc. Par conséquent, dans l'absence d'une politique volontariste explicite basée sur des évidences scientifiques pour assurer le droit de chacun à obtenir cette ressource si vitale, les conflits, les remous sociaux et la pauvreté continueront de régner.
 
Cinquièmement: Il n'y a nulle motivation économique ou sociale pour ceux qui économisent l'eau et, bien que la sensibilisation du public sur cette question soit en voie d'amélioration, il y a encore un long chemin à faire avant de pouvoir instaurer une attitude d'économie d'eau saine.
 
Sixièmement, pour que la politique d'eau soit réellement réactive, beaucoup d'efforts doivent être déployés dans la région pour que cette politique soit conçue de sorte à satisfaire les besoins et les attentes de tous les usagers d'eau d'une façon équitable. La gouvernance de l'eau doit être plus démocratique, transparente, responsable et se doit explicitement de combler les besoins des membres pauvres et marginalisés de la société tels que les pauvres des zones urbaines, les petits agriculteurs ou ceux sans accès au foncier et les femmes.
 
Quels efforts entrepris en réponse a ces défis?
 
Les gouvernements, chercheurs, ONGs, acteurs communautaires, le secteur privé et les médias de la région travaillent dur pour faire face à ces problèmes à travers des projets, des programmes et des initiatives politiques et légales. En effet, il y a certainement aujourd'hui plus de connaissances et de sensibilisation sur les causes et les solutions aux problèmes de l'eau dans la région qu'il n'y en avait, disons, 10 ans auparavant. Toutefois, un grand manque de coordination et de coopération continue à planer sur le travail accompli par différents acteurs et parties prenantes.
 
Qu'est-ce que la Gestion de la Demande en Eau (GDE)?
 
A prioir, La Gestion de la Demande en Eau (GDE) est difficile à définir. Il serait plus facile de définir ce que la GDE n'est pas plutôt que de définir ce qu'elle est. La GDE n'est ni la construction de grands barrages ni de vastes réseaux d'irrigation. Elle concerne, plutôt, l'entretien des réseaux de distribution d'eau et l'amélioration des pratiques d'irrigation pour diminuer les pertes en eau. Elle concerne aussi les changements d'attitude, tels que le passage à l'irrigation de nuit et fermer le robinet pendant que l’on se brosse les dents. On pourrait la définir comme toute pratique, technologie, instrument ou politique qui permettrait d'utiliser l'eau d'une manière plus efficace, équitable et durable. La GDE permet donc d'introduire des changements positifs dans les attitudes des usagers d'eau, d'améliorer l'équité d'accès et de contrôle de l'eau, de soutenir une plus forte participation dans la prise de décision et l'économie de l'eau fraîche pour l'utiliser à d'autres fins. En quelques mots, la GDE concerne un meilleur usage de l'eau disponible de sorte à la rendre plus accessible et aider tout le monde à en tirer un profit égal.
 
Quelle est la différence entre la Gestion de la Demande en Eau (GDE) et la Gestion de l’offre d'Eau (GOE)?
 
Dire où la gestion l’offre d'eau se termine et où la gestion de la demande en eau commence est bien difficile. Cependant, toute action ou processus – qui pourrait réduire l'usage de l'eau tout en en assurant un accès équitable – s’inscrit dans le domaine de la gestion de la demande. Comparée à la GOE, la mise en application de la GDE est extraordinairement décentralisée et est moins coûteuse à long terme. La GDE concerne essentiellement les mêmes attitudes et politiques que la GOE, alors que cette dernière concerne davantage les technologies récentes. Comme mentionné plus haut, la GDE comprend un changement d'attitude qui vise à réduire tant les pertes en eau que l'inefficacité et le manque d'équité, alors que la GOE concerne un pompage accru d'eau avec bien peu d'implications concernant l'efficacité, l'équité ou la durabilité des ressources en eau.
 
Qu'est-ce que WaDImena?
 
WaDImena est une initiative régionale financée par le Centre de Recherches et de Développement International (CRDI - Canada), l'Agence Canadienne du Développement International (ACDI) et le Fonds International pour le Développement Agricole (FIDA). WaDImena se charge de promouvoir la Gestion de la Demande en Eau dans le cadre des efforts de la région visant à une gouvernance efficace de l'eau. Ce projet vise à améliorer l'efficacité, l'équité et la durabilité de l'usage de l'eau à travers une série de recherches appliquées et de projets pilotes, du développement des capacités, du dialogue politique et du réseautage des connaissances avec un ancrage régional puissant et l’appropriation. WaDImena opère dans plusieurs pays tant en anglais et en français qu'en arabe. 
 
Comment pourrais-je contribuer à tout cela?
 
Vous pouvez vous joindre à cet effort régional continu en écrivant des articles et des sujets destinés aux médias et ciblés sur l'amélioration de la sensibilisation. Vous pouvez également aider à conscientiser le grand public et les décideurs politiques au sujet des problèmes d'eau dans la région, que les approches et stratégies de gestion de demande en eau constituent une réponse efficace, performante et équitable aux défis auxquels la région fait face dans ce domaine.