Protéger les populations vulnérables dans le contexte des changements climatiques : des leçons du Sud

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Simon Carter
Nombre d’entre nous qui résidons dans l’est du Canada avons l’impression qu’il n’y a pas eu d’été en 2009. Or, les dix années les plus chaudes jamais enregistrées sont toutes survenues depuis 1997. Pendant ce temps, en juillet 2009, l’étendue de la couverture de la glace de mer dans l’Arctique avait diminué à tel point qu’elle n’avait été moindre qu’à deux reprises auparavant, en 2006 et en 2007, depuis le début des observations satellite.
CRDI
Ce sont les pays en développement qui sont les plus menacés par les changements climatiques, parce qu’ils possèdent moins de ressources sociales, technologiques et financières pour s’y adapter, selon Simon Carter du CRDI.

Il ne fait plus aucun doute que le climat change. Pendant que les pays industrialisés débattent des mesures à prendre pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, on accorde encore trop peu d’attention à une réalité des plus urgentes. Les personnes les plus pauvres dans le monde sont déjà – par milliards – en situation précaire et auront besoin d’aide pour s’adapter aux changements climatiques.

Les Canadiens ont des raisons tant morales que pratiques de s’intéresser aux répercussions des changements climatiques à l’échelle planétaire et de faire ce qu’ils peuvent pour aider les populations pauvres à s’y adapter. Le budget de l’aide au développement du Canada de l’exercice 2008-2009 se chiffrait à 4,8 milliards de dollars canadiens. Les changements climatiques pourraient miner la portée de cet investissement tout en faisant en sorte qu’on se voie forcé de l’accroître.

 
On ne sait pas encore exactement quels effets les changements climatiques auront sur les populations et sur les écosystèmes. Toutefois, le Programme des Nations Unies pour le développement et d’autres organismes dignes de foi craignent que des millions d’autres personnes ne soient frappées par des pénuries d’eau et de nourriture, qui compromettront encore davantage leur santé et leur vie. La chute des rendements des cultures, qui provoquerait une aggravation de la faim, et la propagation des maladies tributaires des conditions météorologiques, telles que le paludisme, sont parmi les effets possibles les plus désastreux. La hausse du niveau des océans pourrait entraîner l’inondation du littoral partout dans le monde et mettre en péril certaines des villes les plus pauvres de la planète.
 
Ce sont les pays en développement qui sont les plus menacés par les changements climatiques, parce qu’ils possèdent moins de ressources sociales, technologiques et financières pour s’y adapter. Il est crucial de préparer les populations vulnérables aux changements à venir et de renforcer leur capacité d’y faire face. Il se dégage de travaux de recherche appuyés par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI), une société d’État canadienne, de précieuses leçons sur les moyens que peuvent prendre les collectivités pour faire face à la variabilité et aux changements climatiques dans certains des milieux les plus perturbés de la planète.
 
Les recherches menées par des équipes en Afrique, en Asie et en Amérique latine nous ont aussi appris qu’il valait mieux élaborer les stratégies d’adaptation à l’échelon local, en harmonie avec les besoins de chaque collectivité.
 
Le coût éventuel des mesures d’adaptation est difficile à établir avec exactitude, mais on estime qu’il dépassera, et de beaucoup, les ressources disponibles. Peu de pays en développement auront les moyens de mettre en oeuvre de grands travaux d’ingénierie tels que des ouvrages de protection du littoral contre la hausse du niveau de la mer. Des recherches réalisées au Maroc récemment laissent entendre, par contre, qu’ils pourraient se prévaloir d’approches d’un autre ordre, moins coûteuses, telles que la protection des milieux humides côtiers, qui constituent des zones tampons naturelles, et la révision des plans d’aménagement du littoral.
 
Par ailleurs, un meilleur accès des agriculteurs à des prévisions et à des conseils fiables serait profitable. Des équipes de recherche au Bénin, au Kenya, au Sénégal et en Tanzanie mettent à l’essai divers moyens d’améliorer l’accès des populations rurales à l’information sur le climat, par le truchement du programme Adaptation aux changements climatiques en Afrique soutenu par le CRDI et le Department for International Development du Royaume-Uni. Jusqu’à maintenant, les constatations confirment le fait que les populations rurales ont besoin de prévisions et d’avis formulés dans une langue et sous une forme qu’elles sont en mesure de comprendre et provenant de sources auxquelles elles font confiance. De meilleures prévisions leur permettent de faire des choix plus avisés quant à la nature et au calendrier des cultures.
 
Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, qui comptent déjà parmi les régions les plus arides de la planète, les chercheurs ont trouvé des moyens d’accroître la disponibilité et la qualité de l’eau en gérant la demande et en modifiant les mentalités au sujet de sa consommation. L’Initiative régionale concernant la demande d’eau – une initiative financée par le CRDI, l’Agence canadienne de développement international et le Fonds international de développement agricole – a appuyé la mise au point de moyens novateurs de réutiliser les eaux grises d’origine domestique, les eaux souterraines salines et les effluents d’eaux usées pour irriguer les cultures.
 
En Inde, au Népal et au Pakistan, dans des endroits vulnérables aux inondations et à la sécheresse, des scientifiques qui travaillent en collaboration avec les collectivités ont constaté que les avantages de la gestion des risques de catastrophes – par l’entremise d’assurances et de mesures d’alerte rapide par exemple – sont presque toujours supérieurs aux coûts. Ils en ont conclu que des démarches qui, comme celles-là, sont axées sur la population peuvent permettre de réduire la vulnérabilité de façon plus économique que des investissements d’envergure dans des infrastructures qui ont pour but d’éliminer entièrement les risques.
 
À court terme, ce sont peut-être les pays pauvres qui subiront le plus intensément les effets des changements climatiques, mais nous sommes loin d’être à l’abri. Le bien-être du Canada, dont l’économie est mondialisée et dont la population est caractérisée par la diversité, est intimement lié au sort des autres pays. Les raisons de soutenir les efforts déployés par les pays en développement pour mieux comprendre les effets des changements climatiques et se préparer en conséquence abondent. Les planificateurs et les responsables des politiques au Canada pourront en tirer des leçons qui aideront le pays à se préparer aux défis à relever et à protéger ses voisins, ses partenaires commerciaux et ses investissements en matière de développement à l’échelle mondiale.
 
Simon Carter gère les programmes Pauvreté rurale et environnement et Adaptation aux changements climatiques en Afrique au Centre de recherches pour le développement international.