Protéger les moyens de subsistance et accroître la sécurité alimentaire au Kenya

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La diversification des cultures contribue à réduire la vulnérabilité.

Bill Morton
Les répercussions des changements climatiques sont très évidentes dans les terres arides et semi-arides du Kenya, qui couvrent 82 % de la superficie totale du pays et accueillent près de 70 % de son bétail. Au cours des 10 dernières années, les sécheresses persistantes, les températures élevées et l’épuisement des sources d’eau ont entraîné une diminution de 21 % des populations de bétail utilisé comme source de subsistance dans le comté de Garissa, au nord du Kenya. La production agricole a également été gravement touchée par la sécheresse, les inondations occasionnelles, les ravageurs et les maladies. Ces facteurs contribuent à l’indice de pauvreté de 70 % qu’obtient le comté de Garissa (par rapport à la moyenne nationale de 48 %, selon les chiffres officiels).

Les résultats de la modélisation climatique et des techniques de réduction d’échelle indiquent aussi que d’ici 2100, les températures moyennes augmenteront de 3 à 4 °C, ce qui compromettra encore davantage la disponibilité de l’eau pour le bétail et la production fourragère. Des chercheurs de la Kenya Agricultural and Livestock Research Organization (KALRO) financés par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) travaillent avec des agriculteurs du comté de Garissa dans le but de les aider à s’adapter aux changements climatiques et à assurer leur subsistance.

Nouvelles technologies et pratiques de gestion

L’équipe de recherche et les agriculteurs ont mis à l’essai un large éventail de technologies et de pratiques de gestion adaptées aux conditions climatiques changeantes afin d’améliorer la productivité du bétail. Tirant parti des conseils d’agents de vulgarisation agricole et de l’équipe de recherche sur la sélection des races et la gestion des troupeaux, les pasteurs ont vu la productivité du bétail doubler grâce à l’élevage de chèvres, de moutons, de chameaux et de bovins de races résistantes aux changements climatiques. Cette hausse de la productivité permettra aussi aux pasteurs de diminuer la taille de leurs troupeaux et, par la même occasion, de réduire le surpâturage et l’érosion du sol.

Switching to Sudan grass for livestock fodder will increase food security in KenyaLes agriculteurs ont appris de nouvelles techniques de production de fourrage pour le bétail, ce qui a donné lieu à d’excellents résultats en matière de sécurité alimentaire des ménages. Par exemple, une acre d’herbe du Soudan peut produire annuellement 3,6 t d’aliments pour le bétail, soit assez pour nourrir trois vaches (la taille type du troupeau d’un ménage) durant la saison sèche annuelle de quatre mois et pour que ces dernières produisent suffisamment de lait pour une famille de quatre personnes. Par ailleurs, la vente du fourrage génère des revenus pouvant s’élever à 1 160 USD par an, soit l’équivalent du revenu moyen annuel par habitant au Kenya.

Les agriculteurs ont découvert des moyens de diversifier leur production et de réduire la vulnérabilité aux maladies des cultures liées aux changements climatiques, causées par le recours excessif à une culture unique (telle que le maïs). Ils ont fait l’essai d’une gamme de cultures de remplacement qui produisent bien en dépit des chocs climatiques et de la variabilité, notamment la patate douce, le sorgho, le manioc, le haricot et l’éleusine. Parmi les agriculteurs qui ont participé à l’étude, 65 % produisent maintenant des patates douces pour nourrir leur famille et pour les vendre aux marchés, où ils en obtiennent jusqu’à 110 USD la tonne. On a également constaté que les variétés de légumineuses présentent de nombreux avantages : elles améliorent la fertilité du sol et la rétention de l’humidité dans le sol, elles doublent la production lorsqu’on les produit en culture-abri, et elles peuvent être utilisés tant à des fins de consommation humaine qu’animale.

Expansion de l’agriculture résistante au climat

Au début du projet, 188 agriculteurs expérimentaient les technologies d’essai. Aujourd’hui, plus de 800 d’entre eux ont recours aux méthodes améliorées. Grâce à des sites de démonstration, des formations sur le terrain, des visites d’étude, des échanges, ainsi que des ateliers théoriques et pratiques sur le terrain, ce nombre ne cesse de croître.

Depuis le début du projet, l’équipe de recherche sollicite la participation active d’un large éventail d’intervenants, notamment les différents ordres de gouvernement. Bon nombre des résultats de la recherche sont maintenant consignés dans les plans de développement intégré du comté et, depuis, tous les comtés appuient financièrement l’adoption de technologies éprouvées à plus grande échelle. Par exemple, le gouvernement du comté de Tana River a investi 18 000 USD pour l’achat de 4,7 t de semences résistantes à la sécheresse, qui ont été distribuées aux agriculteurs. Les représentants du gouvernement national ont aussi invité les chercheurs de la KALRO pour les aider à élaborer le Plan d’action national et la Communication nationale du Kenya sur le changement climatique, qui seront présentés à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC).

Le succès que remportent les trousses d’irrigation au goutte à goutte dans le cadre de la production horticole a attiré un investisseur privé, Equator Kenya Limited. L’entreprise a fourni des trousses à 300 producteurs de piment du comté de Tana River (au moyen de prêts de 74 USD par trousse). Une trousse d’irrigation au goutte à goutte peut irriguer une acre de terrain consacré à la culture du piment, générant ainsi des recettes annuelles moyennes de 1 400 USD l’acre pour les agriculteurs.

Ces collaborations aideront à faire en sorte que les résultats de la recherche sur les techniques agricoles améliorées soient mis en oeuvre à grande échelle et qu’ils contribuent à protéger les moyens de subsistance des agriculteurs et la sécurité alimentaire dans les terres arides et semi-arides du Kenya.

Le projet « Productivité agricole et changements climatiques dans les régions arides et semi-arides du Kenya » est financé dans le cadre de l’Initiative de recherche sur l’adaptation aux changements climatiques en Asie, en Amérique latine et dans les Caraïbes du CRDI, à l’aide de fonds provenant du financement accéléré du gouvernement du Canada.

Bill Morton est rédacteur à Ottawa.
 
Photo (à gauche) : KALRO
Le fait de se tourner vers la production d’herbe du Soudan pour nourrir le bétail renforcera la sécurité alimentaire au Kenya.
 
Visionnez une entrevue avec le chercheur Simon Kuria
 Simon Kuria