Protéger les aliments, l’énergie et les moyens de subsistance au Punjab grâce à une agriculture peu gourmande en eau

October 31, 2014

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Agriculteurs de Punjab

Kamal Vatta / Punjab Agricultural University

Punjab produit plus de la moitié des grains de l'Inde, dont près de 20 % de son blé et 12 % de son riz.

L’État du Punjab a été le fer de lance de la révolution verte qui a transformé l’agriculture en Inde. Encouragés par des garanties de prix, une expansion de l’irrigation et l’introduction de cultures à rendement élevé, les agriculteurs punjabi se sont tournés vers la production intensive de céréales. Bien qu’il ne représente que 1,5 % de la masse terrestre de l’Inde, le Punjab cultive maintenant plus de la moitié des céréales du pays, dont près de 20 % de son blé et 12 % de son riz.

Si l’on observe une hausse des revenus et une amélioration de la sécurité alimentaire au Punjab, l’envers de cette transformation suscite des inquiétudes. Les niveaux des eaux souterraines chutent dans 90 % de l’État, un déclin qui s’accélère depuis les années 1980. Le centre du Punjab est le plus gravement touché. Dans le contexte des changements climatiques, il devient de plus en plus difficile de prédire quand surviendra la saison des pluies. Puisqu’il n’existe pas d’information climatique fiable pour les orienter et que les politiques de l’État encouragent une agriculture énergivore et gourmande en eau, les agriculteurs sont en voie d’épuiser rapidement les aquifères souterrains.

Depuis 2008, la Punjab Agricultural University (PAU) et l’Université Columbia collaborent avec les agriculteurs pour mettre un terme à ces pratiques non durables tout en préservant les rendements et les moyens de subsistance. La plus récente phase de la recherche — lancée en 2012 grâce au financement du Centre de recherches pour le développement international, organisme canadien — met en rapport les agriculteurs à faible revenu, les sociétés, la banque de développement de l’État et le programme de vulgarisation agricole de l’État pour mettre à l’essai des innovations qui réduiront les pressions qui s’exercent sur les aquifères surexploités. Cette initiative aide les agriculteurs à utiliser l’information météorologique pour planifier leur consommation d’eau et d’énergie tout en examinant comment les réformes des politiques et les chaînes de valeur agricoles pourraient orienter la production vers des pratiques plus durables.

Des capteurs indiquent aux agriculteurs quand irriguer et quand semer

Punjab-farmers-PAU2.pngLe recours à des capteurs de l’humidité du sol, bon marché et produits localement, qui indiquent aux agriculteurs quand irriguer et semer, est une innovation déterminante dont on a fait l’essai au cours de recherches antérieures. Durant les essais, les agriculteurs qui utilisaient les capteurs ont réalisé des économies d’eau et d’énergie de plus de 20 % en moyenne. Lorsque les agriculteurs ont utilisé ce qu’on appelle les « semis directs » du riz plutôt que la transplantation, les économies d’eau ont atteint jusqu’à 34 %, sans baisse de rendement. La recherche passe maintenant à une plus grande échelle pour intégrer plus de 5 000 agriculteurs dans cinq districts du Punjab. Ces agriculteurs utiliseront 9 000 capteurs, tandis que l’État investira dans 15 000 capteurs supplémentaires à l’échelle de l’État.

Une réforme des politiques s’impose. Les agriculteurs sont peu enclins à modifier leurs pratiques lorsqu’ils ont accès à de l’électricité gratuite, qu’ils reçoivent un prix garanti pour les cultures céréalières gourmandes en eau et que les eaux souterraines ne sont ni réglementées ni facturées. Afin de cerner les incitatifs commerciaux qui pourraient convaincre les agriculteurs de renoncer à des cultures nécessitant beaucoup d’eau comme celle du riz, l’équipe collabore avec l’industrie pour déterminer comment les chaînes de valeur agricoles pourraient encourager la diversification des cultures. Grâce à des ententes de coopération avec les agriculteurs, la société alimentaire Field Fresh passe des commandes de fruits et de légumes, qui consomment moins d’eau que les céréales. Les étapes de la transformation fournissent aussi du travail aux femmes des collectivités locales. 

Se préparer à une grande sécheresse

La recherche se terminera à la fin de 2015; l’équipe évalue les risques d’une grande sécheresse prolongée et le rôle que la modification des pratiques d’irrigation, la diversification des cultures et les prix de l’énergie pourraient jouer pour ce qui est d’atténuer ses répercussions. On présentera des recommandations aux responsables des politiques et au programme de vulgarisation agricole de l’État. Les données probantes aideront à orienter la transformation de l’utilisation de l’eau et de l’énergie, dont le Punjab a grandement besoin.

Le projet réunit la PAU, le Columbia Water Center et l’International Research Institute for Climate and Society de l’Université Columbia. Parmi les autres établissements collaborateurs, mentionnons les Centers for International Projects Trust, Field Fresh Del Monte, en Inde, et l’Institut international de gestion des ressources en eau.

Mary O'Neill est rédactrice à Ottawa.

Photo de droite : Kamal Vatta/Punjab Agricultural University
Les agriculteurs qui ont mis des capteurs à l’essai ont réalisé des économies d’eau et d’énergie de plus de 20 % en moyenne.

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