Prévention des pandémies de zoonoses au Sri Lanka

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Le vétérinaire Craig Stephen dirige des travaux de recherche sur les liens qui existent entre la santé animale et la santé humaine au Sri Lanka.

Stephen Dale
Plus de 200 chercheurs en santé mondiale se sont réunis à Ottawa pour échanger sur les résultats de recherche du Programme de partenariat Teasdale-Corti de recherche en santé mondiale, qui s’est échelonné sur sept ans. Des spécialistes du Canada et du Sri Lanka ont fait le point sur les liens qui existent entre la santé animale et la santé humaine et sur leurs effets sur la santé publique.

Selon le vétérinaire Craig Stephen, de l’Université de Calgary, la recherche sur les façons dont l’activité humaine peut contribuer à propager ou à endiguer les zoonoses révèle que le public estime aujourd’hui que des animaux en bonne santé et résilients constituent un facteur déterminant de la santé publique.

S’il est convaincu que tous les pays devraient tenir compte de ce constat, M. Stephen pense que c’est particulièrement le cas du Sri Lanka, où travaille justement une équipe de spécialistes canadiens et sri-lankais. Cette équipe, qui a pour établissement hôte l’Université de Peradeniya, est dirigée par M. Stephen et son collègue chercheur Sam Daniel, ancien secrétaire supplémentaire au ministère de l’Infrastructure et du Développement de l’élevage du Sri Lanka.

Grâce à l’appui du Programme de partenariat Teasdale-Corti de recherche en santé mondiale, ces chercheurs étudient la façon dont on pourrait surveiller de plus près l’incidence des maladies chez les animaux et favoriser l’adoption de pratiques agricoles bénéfiques pour la santé animale.
Le Programme de partenariat Teasdale-Corti est financé par l’Initiative de recherche en santé mondiale (IRSM) du Canada, un partenariat qui regroupe le CRDI, l’Agence canadienne de développement international et les Instituts de recherche en santé du Canada.

Une percée importante

Le travail des chercheurs a mené à une percée importante. Le gouvernement du Sri Lanka a récemment approuvé la création d’un nouveau programme de santé publique vétérinaire, une initiative que M. Stephen qualifie de « grand changement ». Au total, 14 nouveaux travailleurs de la santé publique vétérinaire ont été engagés, et cette nouvelle section assurera la communication entre les vétérinaires, les responsables de l’environnement et de l’agriculture et le milieu médical.

Plus important encore, la création de ce nouveau programme étend le champ d’activité des vétérinaires du gouvernement au-delà des problèmes courants que posent l’élevage et la productivité agricole, à des questions telles que la résistance aux antibiotiques et les pratiques agricoles pouvant réduire l’impact des maladies, qui influent directement sur la santé humaine.

La conclusion d’un accord entre le gouvernement et les chercheurs universitaires en vue de la création d’un centre sri lankais de santé de la faune constitue un autre pas en avant. Ironiquement, le fait que le Sri Lanka jouisse d’une biodiversité plus grande que celle de la plupart des autres pays en développement lui vaut une situation enviable, mais fait aussi en sorte que le risque de propagation des maladies y est plus élevé, celles-ci pouvant être transmises par des animaux sauvages. Le nouveau centre de santé faunique aura pour mission d’effectuer un suivi de la santé des espèces sauvages.

Risques réduits de pandémie

Ces avancées signifient-elles qu’il y a moins de risques de pandémies de zoonoses au Sri Lanka ?
Si M. Stephen croit qu’il est trop tôt pour se prononcer aussi clairement, il affirme cependant que le pays se trouve dans une bien meilleure situation qu’il y a quatre ans.

Selon lui, le Sri Lanka est sans aucun doute mieux préparé qu’auparavant, et sera en mesure de réagir plus rapidement si une nouvelle maladie d’origine animale fait son apparition. Il ajoute qu’en cas de problème, on s’en apercevrait tôt.
Le vétérinaire estime en outre que le programme de santé publique vétérinaire, combiné au fait que le public est désormais sensibilisé à l’importance de la santé animale (et ce, notamment grâce à son équipe de recherche), aidera à façonner le développement futur du pays.

Il explique que la fin de la guerre civile au Sri Lanka engendre de nouvelles pressions au regard du développement de l’aquaculture et de l’agriculture dans les régions nord et est du pays, où le gouvernement était auparavant absent. Cela risque d’engendrer une sorte de « ruée vers l’or » et de mener à des pratiques qui pourraient compromettre la santé animale et la sécurité alimentaire. Pour Craig Stephen, ce risque n’en est pas un, puisque l’on a prévu d’informer les agriculteurs de sorte qu’ils contribuent à assurer une croissance saine et durable des entreprises.

M. Stephen attribue les récentes avancées à la structure et à l’approche de son équipe de recherche. Par exemple, le fait que le cochercheur principal sri lankais Sam Daniel ait occupé un poste important au sein du gouvernement leur a permis d’étudier des questions et des problèmes qu’ils jugeaient pertinent de prendre en compte dans l’élaboration des politiques publiques.

Diffusion des enseignements tirés de la recherche à l’échelle internationale

De plus, l’utilisation du projet en vue de former des étudiants en sciences vétérinaires du Canada et du Sri Lanka a entraîné un « effet de rayonnement ». À la suite de leur formation, des diplômés ont obtenu des postes au sein de gouvernements et d’organismes multilatéraux; des enseignements tirés au Sri Lanka ont ainsi pu être transmis à d’autres pays comme la Chine ou le Népal.

Selon M. Stephen, les Canadiens et les Canadiennes pourraient aussi tirer des enseignements du projet. Il serait notamment possible d’améliorer les plans du Canada visant à assurer une action mieux coordonnée dans des situations d’urgence en matière de santé publique en s’inspirant de la façon dont le Sri Lanka a établi un consensus entre différents ministères et paliers du gouvernement.

Le vétérinaire et chercheur souligne que l’engagement grandissant du Sri Lanka à assurer un suivi de la santé de la faune met aussi en relief le principe plus général selon lequel, pour garantir notre propre bien-être, nous devons porter attention aux animaux du milieu environnant. Pour le Canada, cela signifie qu’il faudrait non seulement observer la propagation de maladies comme la rage et le virus du Nil, mais aussi étudier les effets des changements climatiques.

M. Stephen affirme que nous sommes d’une part liés directement aux animaux parce que nous les mangeons, et d’autre part liés indirectement à eux, car ils sont un indicateur de ce qui se passe autour de nous. Il ajoute qu’étudier les animaux est essentiel pour comprendre que, sans un milieu sain sur lequel nous appuyer, nos efforts sont vains.

Stephen Dale est rédacteur à Ottawa.
 
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