Prévention des catastrophes naturelles à l’échelle des collectivités

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Stephen Dale
Des effets durables
Grâce à un outil de planification à l’échelle locale créé avec l’appui du CRDI, des collectivités de partout en Amérique centrale et en Amérique du Sud peuvent éviter les pires répercussions des catastrophes naturelles et ainsi sauver des vies.
 
Le système intégré de gestion environnementale municipale (connu sous le nom de SIGA, l’acronyme espagnol) est une démarche méthodologique simple consistant à cartographier la vulnérabilité des quartiers urbains au regard des ouragans, tremblements de terre et autres catastrophes naturelles. Il permet aussi aux administrations municipales d’aménager des collectivités résistantes aux catastrophes.
 
Cartographie des risques
 
Le SIGA prévoit la cueillette de données sur divers types de risque. D’abord, au moyen du système d’information géographique (SIG), on cartographie les facteurs qui posent des risques d’ordre physique pour les collectivités, comme la proximité possiblement dangereuse de berges, de flancs de montagne et de plaines inondables. À ces données se juxtaposent des réponses cruciales à des questions d’ordre social, économique et institutionnel comme la proximité des hôpitaux et l’accès à l’électricité et à l’eau potable.
 
La combinaison de toute cette information permet de créer de trois cartes sur lesquelles les niveaux de risque élevé, moyen et faible sont représentés par des couleurs distinctes. Cette démarche est novatrice, car elle est fondée sur une conception réaliste de la vulnérabilité qui englobe les aspects physique, socioéconomique et institutionnel de cette dernière. Grâce à des représentations visuelles, les responsables des politiques sont mieux à même de prendre des décisions éclairées à la perspective de catastrophes naturelles possibles.
 
Comme l’explique Walter Ubal Giordano, spécialiste des questions relatives aux changements climatiques et à l’eau affecté au bureau régional de Montevideo du CRDI, un maire ou un membre d’une collectivité est ainsi en mesure de comprendre la nature du problème et de déterminer les mesures à prendre pour réduire les risques au minimum.
 
Intégration de données sociales
 
M. Giordano a été témoin de l’évolution du SIGA. D’abord déployé dans quelques quartiers, cet outil novateur est devenu un véritable phénomène à l’échelle du continent. Tout a commencé lorsque le CRDI a accordé une subvention à deux professeurs de l’Uruguay qui souhaitait utiliser le SIG pour protéger des catastrophes naturelles une collectivité sise près de berges, à Montevideo. Ce projet a rapidement grandi et l’on y a intégré toute une variété de données sociales.
 
Dans sa forme étendue, le SIGA a été largement utilisé après que l’ouragan Mitch a frappé l’Amérique centrale en 1998, semant sur son passage la destruction et faisant 7 000 morts au Honduras uniquement. À la demande de la Fédération des municipalités de l’isthme centraméricain (FEMICA), le CRDI et la Banque interaméricaine de développement (BID) ont d’abord déployé le SIGA dans 12 collectivités de l’Amérique centrale.
 
Le SIGA est rapidement devenu le point d’ancrage de la planification en vue des catastrophes dans d’autres villes de la région, de même que dans le cône Sud. M. Giordano estime qu’à ce jour, cette démarche a été adoptée par 1 200 administrations municipales. Et puisqu’il est possible de télécharger gratuitement sur Internet le manuel qui s’y rattache, elle a même été adoptée par des collectivités d’Afrique.
 
M. Giordano ajoute que l’efficacité du SIGA est attribuable à deux principes fondamentaux qui sont intimement reliés :
  • la planification proactive effectuée avant que ne surviennent les catastrophes (et non la recherche de solutions après qu’elles sont survenues),
  • la mobilisation des ressources locales et des capacités de planification (et non l’attente des efforts des gouvernements nationaux, qui mettent habituellement plus de temps à se manifester).
En fait, le déploiement du SIGA repose largement sur le savoir des membres des collectivités. Selon M. Giordano, c’est grâce à l’apport de ces derniers qu’il a été possible de renforcer les capacités de planification et de réduire les coûts d’administration.
 
Il ajoute que, bien qu’il soit impossible de calculer le nombre de vies qui ont été sauvées grâce au SIGA, aucune des catastrophes qui sont survenues après l’ouragan Mitch – et dont certaines étaient pourtant tout aussi violentes – n’a causé autant de dommage. Des villes telles que Puerto Cortés, au Honduras, et Esteli, au Nicaragua, ont effectué d’importants efforts pour réaménager des collectivités vulnérables afin qu’elles soient hors de danger, et ce, au moyen des données générées grâce au SIGA. Ces efforts témoignent de l’engagement largement répandu parmi les collectivités d’Amérique latine à réduire les répercussions des catastrophes naturelles.

Stephen Dale est un rédacteur établi à Ottawa.

Le manuel du SIGA est disponible en anglais et en espagnol. 

Cet article récit s’inscrit dans les minisites Des effets durables, qui mettent en évidence des façons dont les travaux financés par le CRDI ont amélioré les conditions de vie dans les pays en développement.