Prévention de la maladie de Chagas en Amérique centrale grâce à des améliorations simples apportées aux habitations

July 22, 2014

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apporter des améliorations aux maisons

On apporte des améliorations à une maison du Honduras. Puisqu’on utilise des matériaux locaux peu coûteux, les ménages pauvres sont en mesure d’entretenir les améliorations.

Un projet de recherche effectué au Salvador, au Guatemala et au Honduras confirme que des améliorations peu coûteuses apportées aux habitations, et viables à l’échelle locale, constituent un moyen durable de freiner la propagation de la maladie de Chagas.

Les symptômes précurseurs de la maladie de Chagas sont bénins : douleurs, fièvre, oedème localisé. Ce n’est que lorsque s’amorce la phase chronique, parfois plusieurs années plus tard, que la majorité des personnes infectées se rendent compte qu’elles ont contracté une maladie grave pouvant même mettre leur vie en danger.

On estime que la maladie de Chagas frappe de sept à huit millions de personnes dans le monde, principalement en Amérique latine, où elle est endémique. Elle est causée par le protozoaire Trypanosoma cruzi qui, en Amérique centrale, est transmis aux humains par les excréments du Triatoma dimidiata (triatome), un insecte hématophage indigène.

Chez près du tiers des personnes infectées, les parasites se logent dans le coeur et le muscle digestif et peuvent provoquer une insuffisance cardiaque et une mort subite. Maladie chronique touchant principalement les pauvres, la maladie de Chagas pèse lourdement sur l’économie et les systèmes de santé des régions où elle sévit.

À défaut de vaccin contre la maladie, les interventions préventives en matière de santé publique ont principalement consisté à pulvériser des insecticides dans les habitations. Mais, le Triatoma dimidiata est très résistant et il revient infester les maisons en quelques mois à peine.

La recherche rendre les habitations moins hospitalières pour les triatome

Des recherches antérieures menées en Amérique latine et appuyées par le CRDI ont démontré qu’il est possible de rendre les habitations beaucoup moins attrayantes pour les insectes vecteurs de la maladie de Chagas en y apportant des améliorations simples. Ainsi, au Guatemala, des chercheurs ont mis au point une démarche conjuguant l’amélioration des habitations, la gestion des animaux domestiques, la sensibilisation de la population et l’application par le gouvernement et la collectivité de mesures de prévention sanitaire, démarche qui a contribué de manière importante, et abordable, à réduire les taux d’infestation des habitations. 

En 2011, faisant fond sur cette réussite, un projet a été lancé pour reprendre ces mesures tout en les faisant passer à grande échelle afin de réduire l’incidence de la maladie de Chagas dans les régions frontalières du Salvador, du Guatemala et du Honduras. Le projet a été mis en oeuvre dans cinq collectivités du Guatemala, quatre collectivités du Honduras et deux cantons du Salvador. 

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CENSALUD/GLADYS QUINTANILLA
Grâce aux améliorations apportées, notamment le plâtrage des murs et la pose d’un plancher dur, on a éliminé le vecteur de la maladie de Chagas de cette maison du Salvador, que l’on voit avant et après les travaux. Le plancher dur protège également les enfants des vers intestinaux transmis par le contact avec le sol.

La stratégie permet de réduire les contacts entre les personnes et les insectes vecteurs en rendant les habitations et leur milieu ambiant hostiles aux insectes. On recourt à cette fin à des mesures peu coûteuses que les populations locales peuvent facilement continuer d’appliquer. Ainsi, on retire les déchets des maisons et des cours et on désencombre ces espaces pour supprimer les endroits où les insectes pourraient se cacher, et améliorer en même temps l’hygiène en général. On bouche les fissures où les insectes pourraient se loger en scellant les murs et les planchers au moyen de matériaux locaux. On construit des abris extérieurs pour sortir des maisons les animaux domestiques, tels que la volaille et les chiens, auxquels s’attaque aussi le Triatoma dimidiata.

Dans chaque pays, les instituts nationaux de recherche en santé ont réalisé des progrès importants, en collaboration avec les intervenants locaux. Ils ont renforcé les capacités locales et nationales de mettre en oeuvre cette démarche et en ont consigné et diffusé les constatations et les enseignements tirés. Dans le cadre de partenariats établis avec les ministères de la Santé et des programmes de lutte antivectorielle, le personnel et les membres de la collectivité ont reçu une formation sur les démarches écosystémiques de lutte antivectorielle.

Le résultat : une démarche durable pour la prévention de la maladie de Chagas

L’amélioration des habitations a donné lieu à une baisse considérable des taux d’infestation au Triatoma dimidiata.Au Guatemala, l’infestation des maisons était quatre fois plus faible dans les collectivités participant au projet et, dans les sites à l’étude du Honduras, le vecteur a été totalement éliminé des foyers. Ainsi, grâce à ces améliorations, ces ménages surtout démunis jouissent maintenant d’une meilleure qualité de vie. Contrairement à la pulvérisation, ces interventions sont durables. Par exemple, l’enduit utilisé pour les murs intérieurs, qui ressemble à du ciment, dure cinq ans. De plus, les améliorations procurent d’autres avantages sur le plan de la santé. En effet, un plancher dur réduit les risques que les enfants ne contractent des parasites intestinaux, ce que favorisent les planchers de terre battue.  

Les résultats obtenus confirment la faisabilité et l’efficacité du passage à grande échelle d’interventions en écosanté dans ces trois pays d’Amérique centrale. En moins de 18 mois, on a apporté des améliorations à près de 70 % des maisons présentant des risques moyens ou élevés, et les travaux se poursuivent au Salvador. 

La démarche a reçu l’aval de l’initiative des pays d’Amérique centrale pour la lutte contre les vecteurs de la maladie de Chagas (IPCA) et les programmes de lutte antivectorielle des trois pays l’ont adoptée. De plus, les ministères de la Santé du Guatemala, du Salvador, du Honduras et du Nicaragua ont décrété que la stratégie était une pratique exemplaire en matière de prévention de la maladie de Chagas.

Surtout, d’autres organismes appliquent désormais la stratégie dans la région. En effet, en plus de ce projet qui a permis d’améliorer 1 597 maisons, les municipalités, les ministères de la Santé, les ONG et la FAO ont aidé à l’amélioration de plus de 3 000 autres habitations. En tout, dans les trois pays, près de 26 000 personnes (5 000 familles) ont profité de ces améliorations réalisées grâce à des recherches appuyées par le CRDI et d’autres bailleurs de fonds.

Résultats obtenus grâce à l’amélioration des habitations

On a apporté des améliorations à 1 597 maisons présentant des risques moyens ou élevés dans trois pays afin de prévenir l’infestation par le Triatoma dimidiata. Dans les collectivités participantes, les taux d’infestation sont maintenant :

  • de zéro au Honduras;
  • 4 fois plus faibles au Guatemala.

Au Salvador, les interventions se poursuivent; en février 2014, 31 % des maisons ciblées avaient bénéficié des améliorations.

Le Centre de recherches pour le développement international (CRDI), organisme canadien, a financé le projetInterventions en écosanté pour la prévention de la maladie de Chagas en Amérique centrale par le truchement de son programme Écosystèmes et santé humaine. Depuis 1996, le CRDI soutient des recherches pluridisciplinaires qui examinent les interactions entre les écosystèmes, les dynamiques sociales et la santé humaine.

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