Préparer la prochaine génération de scientifiques africains

November 06, 2013

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AIMS group of grads

AIMS-GHANA / KOFI BINEY

Division des communications, CRDI
LA PAROLE EST À EUX

Le prochain Einstein sera-t-il africain ? L’Institut Africain des Sciences Mathématiques (AIMS) y compte bien.

AIMS, Next Einstein Initiative (AIMS-NEI) cherche à constituer une masse critique de spécialistes scientifiques et techniques en Afrique. À cette fin, les quatre centres AIMS établis à ce jour, en Afrique du Sud, au Sénégal, au Ghana et au Cameroun, offrent déjà un enseignement supérieur rigoureux en mathématiques à des étudiants venus de partout en Afrique. Le but ultime : la constitution, d’ici 2021, d’un réseau panafricain de 15 centres AIMS afin que l’Afrique dispose des brillants diplômés des cycles supérieurs en sciences mathématiques dont elle a besoin pour assurer sa croissance. (Le CRDI administre l’apport de 20 millions de dollars du Canada à l’élargissement du réseau de centres AIMS.)

À l’occasion du 10e anniversaire d’AIMS, le CRDI et AIMS ont demandé à quelques-unes des étoiles montantes que ce dernier a formées :

En quoi AIMS et la formation en mathématiques que vous y avez reçue vous ont-ils préparé à contribuer au développement de l’Afrique ?

Les différents points de vue exprimés ici au sujet de cette importante question sont ceux des personnes interrogées et ne sont pas nécessairement ceux du Centre de recherches pour le développement international.

 

Les mathématiques sont cruciales

PERIMETER INSTITUTE
Pourquoi investir dans les mathématiques ? Les mathématiques sont incontournables si l’on veut comprendre le passé et changer l’avenir. Sans les logarithmes, il n’y aurait pas de Facebook. Sans la trigonométrie, il n’y aurait pas de pyramides. Sans les équations, il n’y aurait pas de télescope. Sans calcul, il n’y aurait pas de ponts. De Shakespeare à Achebe, de Galilée à Zuckerberg, l’histoire nous a appris que les mathématiques sont cruciales.

L’impact que les diplômés des centres AIMS peuvent avoir sur le développement de leur continent commence à se faire sentir. Leur passion des mathématiques et leur désir de participer au changement sont exactement ce dont l’Afrique a désespérément besoin. Nous sommes extrêmement fiers d’eux et nous nous attendons à un brillant avenir ensemble.


Thierry Zomahoun
Bénin
  
 

En 2011, M. Zomahoun a été nommé directeur général du secrétariat mondial d’AIMS afin de faire passer le réseau à la vitesse grand V. Toute sa vie, il s’est consacré à la conception de programmes novateurs dans le domaine de l’enseignement : de l’éducation de la petite enfance à la formation professionnelle et aux études universitaires en passant par l’école élémentaire et l’école secondaire. Il a quitté les chemins poussiéreux du Bénin rural de son enfance pour les salles de classe d’universités prestigieuses, pour se retrouver maintenant dans les corridors du pouvoir sur la scène internationale où il est un agent du changement pour le compte de l’Afrique. Ce parcours lui confère une façon de voir particulière qui lui permet de fonder son action non pas sur ce que l’Afrique est aujourd’hui, mais sur ce qu’elle peut devenir demain. Il est un fier membre de la diaspora africaine au Canada. Titulaire de trois maîtrises, dont une en administration des affaires pour cadres de l’Université McGill, M. Zomahoun est actuellement doctorant en science politique à l’Université de Guelph, au Canada.
 

Croire en un avenir différent pour l’Afrique

FLICKR/MATT LUCHT
AIMS m’a fait voir les sciences mathématiques sous un autre angle, c’est-à-dire qu’il a changé ma perception selon laquelle, en Afrique, un mathématicien avait forcément peu d’avenir, ou du moins était voué à un avenir difficile. En fait, AIMS a attisé ma passion, confronté mes idées et m’a amené à penser à la manière dont les mathématiques pouvaient contribuer à édifier une meilleure Afrique.

Dans cet esprit, des collègues et moi avons formé un groupe qui se consacre à faire en sorte que les mathématiques prennent davantage d’importance dans le système d’éducation en Afrique. Car c’est là, à savoir à la base, que le manque d’espoir prend sa source, et si ce sentiment est tué dans l’oeuf, une meilleure Afrique nous attend tous.

 

Francis Feehi Torgbor
Ghana

M. Torgbor fait partie du groupe de diplômés de 2013 du centre AIMS du Ghana. Il est maintenant étudiant à la maîtrise à l’Université de Cape Coast, au Ghana, et analyse les données historiques sur le climat dans l’espoir que ses travaux contribueront à éclairer le processus décisionnel en Afrique.

 

De l’ombre à la lumière

AIMS

Dans mon cas, AIMS a été un pont entre deux mondes différents – il m’a permis de passer du monde de l’ombre, où mon talent et mon potentiel passaient inaperçus, peut-être en raison de mes origines modestes, à un monde de possibilités, où l’on m’a fourni la chance de donner ma pleine mesure. AIMS m’a ouvert tout un monde et m’a aidé à croire en moi.

Les études que j’ai entreprises par la suite, dont des études doctorales et postdoctorales à l’Université du Witwatersrand, en Afrique du Sud, ont ajouté à la fondation qu’AIMS avait mise en place, ce qui me permet de faire des rêves encore plus ambitieux.


Charles Lebon Mberi Kimpolo
Congo-Brazzaville

 
M. Mberi Kimpolo fait partie du groupe de diplômés de 2005 du centre AIMS de l’Afrique du Sud. Depuis, il connaît une belle carrière en conception de logiciels au sein de la firme de TI mondiale ThoughtWorks.

 

Contribuer à l’enrichissement des connaissances

LIGHT YEAR FOUNDATION

AIMS m’a donné la confiance et les connaissances voulues pour amorcer des études de doctorat dans une université prestigieuse et mettre mes compétences en recherche au service d’une société de logiciels de premier plan. En travaillant fort et de manière consciencieuse, et en produisant des recherches de grande qualité, j’espère avoir une influence et ouvrir la voie à d’autres étudiants africains.


Gaelle Andriamaro
Madagascar
 
Mme Andriamaro fait partie du groupe de diplômés de 2007 du centre AIMS de l’Afrique du Sud. Elle fait un stage de six mois à Cobham Technical Services tout en travaillant à l’obtention de son diplôme de doctorat à l’Université de Strathclyde, en Écosse.

 

La constitution d’un brain-trust africain

AIMS-GHANA/KOFI BINEY

J’ai toujours pensé qu’AIMS était un incubateur permettant de peaufiner en quelque sorte les cerveaux des étudiants en mathématiques les plus brillants d’Afrique. L’institut m’a permis d’apprécier la beauté des sciences et des mathématiques en tant que moteurs clés du développement de l’Afrique.

Grâce à AIMS, je suis aujourd’hui capable de choses formidables, comme de résoudre des problèmes scientifiques complexes simplement en manipulant des données au moyen de technologies – une compétence dont l’Afrique a bien besoin pour développer tous ses secteurs et ainsi être concurrentielle dans un monde technologique en constante évolution.

 
Michael Kateregga
Ouganda
 
M. Kateregga fait partie du groupe de diplômés de 2011 du centre AIMS de l’Afrique du Sud. Il est aujourd’hui coordonnateur des affaires étudiantes et responsable des diplômés au secrétariat d’AIMS-NEI au Cap, en Afrique du Sud.

 

La nécessité de garder le cap

FLICKR/ILRI
Si nous voulons résoudre les problèmes de l’Afrique, il est essentiel de ne jamais perdre de vue ce qui est important afin d’atteindre ce but. Les mathématiques nous gardent en contact avec les problèmes concrets qui font partie de notre réalité. Elles aident les médecins et les ingénieurs à trouver des solutions pertinentes et viables.

AIMS m’a aidée à affûter mes capacités d’analyse et m’a incitée à donner mon plein potentiel. Les diplômés forment un grand réseau et ensemble, nous serons en mesure de nous attaquer à certains des problèmes bien réels qui freinent le développement de l’Afrique.


Aminata Keita
Mali

Mme Keita fait partie du groupe de diplômés de 2012 du centre AIMS du Sénégal. Elle aspire à devenir une chercheure et chargée d’enseignement en sciences et à travailler à la standardisation de l’éducation en Afrique, qu’elle considère comme étant un moteur de la croissance économique. Elle fait des études de doctorat sur la théorie des nombres à l’Université d’Ottawa, au Canada.

 

Algorithmes et choix politiques

FLICKR/ON BEING
Une étudiante écoute le président Barack Obama qui livre son discours percutant sur la science dans le monde arabe, à l’Université du Caire, en Égypte.

Je me suis mise à songer à la manière dont les mathématiques peuvent servir à résoudre des problèmes en Afrique dès l’instant où j’ai commencé à étudier au centre AIMS. Si l’on prend l’exemple de l’économie nord-africaine, la Libye tire la majorité de ses revenus des exportations de pétrole et de gaz naturel; or, il existe aussi des gisements de taille ailleurs dans la région. Mes recherches consistent à réaliser des simulations pour la quantification des incertitudes. Mes résultats pourraient aider l’Égypte à choisir le meilleur modèle pour étudier la question et prendre la bonne décision – il s’agirait là d’une solution tout égyptienne.

Doaa Mostafa Ali Elsakout
Égypte

Mme Mostafa Ali Elsakout fait partie du groupe de diplômés de 2012 du centre AIMS de l’Afrique du Sud. Elle travaille à l’obtention d’un doctorat en génie pétrolier à l’Université Heriot-Watt, en Écosse.

 

Au-delà des mathématiques

AIMS
Lorsque les gens entendent « mathématiques », ils pensent tout de suite au calcul, aux théorèmes ou aux équations. Or, les mathématiques, c’est beaucoup plus que cela. La beauté des mathématiques tient au sentiment de parfait bonheur qui nous envahit lorsqu’on parvient à résoudre un problème mathématique ou lorsqu’on observe une structure mathématique.

La méthode d’enseignement interactive et tout à fait originale d’AIMS permet d’aller au-delà des mathématiques et de préparer de jeunes scientifiques d’un peu partout en Afrique à s’attaquer aux grands problèmes du continent en leur permettant d’acquérir les compétences mathématiques voulues.

Pour ma part, ce qu’AIMS m’a donné de plus précieux, exception faite des compétences mathématiques, c’est la conviction que je peux contribuer à un avenir meilleur pour mon pays et pour le continent africain tout entier, ainsi que la détermination nécessaire pour le faire. Mon rêve aujourd’hui ? Concourir au développement de l’Afrique en appliquant la modélisation mathématique à divers domaines, la biologie humaine ou le climat par exemple.

Eva Liliane Ujeneza
Rwanda

 
Mme Ujeneza fait partie du groupe de diplômés de 2011 du centre AIMS de l’Afrique du Sud. Aujourd’hui tutrice à ce centre, elle est sur le point d’obtenir un diplôme de maîtrise ès sciences en modélisation climatique de l’Université du Cap, en Afrique du Sud.

 

Façonner l’avenir de l’Afrique

AIMS
Des étudiants d’AIMS menant une expérience portant sur le soliton en compagnie de Neil Turok, directeur du Perimeter Institute.

C’est pour moi une joie incommensurable de voir AIMS prendre une envergure panafricaine et être porté par la motivation et les rêves de jeunes scientifiques africains. Grâce à leurs compétences, à leur intelligence, à leur assurance et à leur engagement, les diplômés d’AIMS deviennent des moteurs du développement de l’Afrique. Les dix premières années d’existence d’AIMS ont été spectaculaires; les dix années à venir auront un effet transformateur.

Neil Turok
Afrique du Sud

M. Turok est le fondateur d’AIMS. Il est né en Afrique du Sud et ses parents ont tous deux fait de la prison pour leurs activités antiapartheid. Après une enfance en Afrique de l’Est et une année passée à enseigner au Lesotho, M. Turok est devenu physicien théoricien et cosmologue et a obtenu des postes à Cambridge et à Princeton. Aujourd’hui directeur du Perimeter Institute for Theoretical Physics à Waterloo, en Ontario, où il est également titulaire de la chaire Mike and Ophelia Lazaridis Niels Bohr, il préside AIMS, Next Einstein Initiative. Il siège en outre au conseil de plusieurs centres AIMS.