Pour une meilleure diffusion de l'information scientifique en Afrique et au Moyen-Orient

Jessica White
CRDI
Les mentors, parmi lesquels les journalistes scientifiques les plus expérimentés d’Afrique et du Moyen-Orient, se sont réunis cet été à Munich pour se préparer au rôle qu’ils se sont engagés à tenir pendant les deux années à venir.

Un nouveau programme de mentorat novateur vise à consolider le journalisme scientifique dans les pays en développement

Savoir comment les maladies sont transmises peut aider à prévenir les infections. Les technologies agricoles peuvent améliorer la résistance des cultures, accroître les rendements et améliorer le revenu des agriculteurs. Les retombées de la recherche scientifique sont nombreuses, mais si les gens n’en entendent pas parler, ils ne peuvent pas en profiter.

C’est dans les pays en développement, en particulier en Afrique, que cette lacune sur le plan des communications est la plus flagrante. La recherche en biotechnologie, sur le VIH/sida et sur les changements climatiques, par exemple, y est florissante, mais il manque aux journalistes la formation spécialisée dont ils ont besoin pour en rendre compte.

Soutien aux journalistes scientifiques des pays en développement

Un nouveau programme de mentorat international novateur, qui vise à consolider le journalisme scientifique en Afrique et au Moyen-Orient, a été lancé en septembre. Le projet de jumelage, que cofinancent le Centre de recherches pour le développement international (du Canada) – dans le cadre de son programme Innovation, politique et science (IPS) – et le Department for International Development (du Royaume-Uni), mettra à contribution 22 journalistes scientifiques expérimentés d’Afrique, d’Europe et d’Amérique du Nord pour renforcer les connaissances et la confiance de 60 journalistes de pays en développement.

En outre, le projet, annoncé plus tôt cette année par la World Federation of Science Journalists (WFSJ), jumelera de nouvelles associations de journalistes scientifiques avec d’autres bien établies. En fournissant un cadre de communication de l’information et des idées, de dialogue et de débat, le réseau international de jumelage améliorera la capacité analytique et technique des journalistes scientifiques et, en bout de ligne, la qualité de la couverture scientifique.

Les mentors, parmi lesquels les journalistes scientifiques les plus expérimentés d’Afrique et du Moyen-Orient, se sont réunis cet été à Munich pour se préparer au rôle qu’ils se sont engagés à tenir pendant les deux années à venir. Au cours de l’atelier de cinq jours, ils ont jeté les bases de ce projet sans précédent.

Le mentorat par des pairs

Les participants seront divisés en trois groupes, à savoir Afrique anglophone, Afrique francophone, et Afrique du Nord et Moyen-Orient. Quatre journalistes en activité du monde de la presse écrite, électronique ou Internet seront jumelés avec le mentor correspondant à leur média et à leur langue.

« Nous avons cherché à bien comprendre ce qu’est le mentorat et ce qu’il suppose », explique Kathryn O’Hara, qui a animé l’atelier de Munich et qui est titulaire de la chaire CTV de radiotéléjournalisme scientifique de l’Université Carleton, au Canada. La première obligation des mentors, ajoute-t-elle, est « de proposer aux participants une expertise à laquelle ils n’auraient pas accès autrement. »

Dans le milieu du journalisme, le mentorat est une méthode de formation répandue. Les mentors en tirent eux aussi des enseignements, sur la nature et l’ampleur de la couverture scientifique.

Zouhour Himmich, journaliste scientifique au Maroc, sera mentor dans le groupe Afrique du Nord et Moyen-Orient. « Je veux découvrir qui sont ces journalistes, dit-elle. Je veux qu’ils m’apprennent des choses. Je ne suis pas prophète, mais journaliste comme eux. »

La relation de mentorat commencera à se dessiner quand les participants se retrouveront pour la première fois, en novembre, à Nairobi. Pour leur donner une occasion de couvrir une conférence scientifique internationale, cette rencontre coïncidera avec la Réunion des Parties au Protocole de Kyoto tenue conjointement avec la 12e session de la Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CdP12-RdP2).

Amorce du projet

« Il s’agit d’un projet difficile en ceci que nous ne savons pas encore comment tout marchera », poursuit Kathryn O’Hara.

De nombreuses questions sont à résoudre, de détails de logistique à des questions plus vastes. La narration est-elle universelle ? Comment des normes internationales en journalisme scientifique peuvent-elles s’appliquer quand la situation varie tellement d’un pays à l’autre ? Tout comme la science elle-même doit répondre aux besoins particuliers de différents pays, la façon dont les connaissances scientifiques sont communiquées doit également y correspondre.

Nadia El-Awady, rédactrice en chef de la section sciences et santé pour le site Web IslamOnline, en Égypte, et coordonnatrice du groupe Afrique du Nord et Moyen-Orient, fait observer : « De manière générale, nous parlons plus, et nous donnons plus d’exemples et nous en racontons plus quand nous parlons…. Nous avons parfois une autre « culture » journalistique… parce que notre culture sociale influe sur notre façon de communiquer. »

L’union fait la force

Non seulement le projet de jumelage profitera à des journalistes individuels, mais il consolidera aussi des réseaux régionaux de journalistes scientifiques.

« Le projet de jumelage est important pour toute la région arabe, assure Nadia El-Awady. Pour le moment, nous avons environ 55 candidats et la plupart d’entre eux ne savent même pas que des collègues à eux, ailleurs dans le monde arabe, s’intéressent aussi aux questions scientifiques ! Quelle fabuleuse occasion pour eux de se connaître ! »

« Les journalistes scientifiques de beaucoup de pays en développement n’ont guère de contacts entre eux », confirme Jean-Marc Fleury, directeur général de la WFSJ. « Ce projet fera mieux connaître le journalisme scientifique. Il aidera à le faire reconnaître et à relever les normes de la profession. »

Passage à l’échelle mondiale

Jusqu’ici, le projet suscite l’enthousiasme. Plus de 175 journalistes de 37 pays d’Afrique et du Moyen-Orient ont demandé à y participer.

Plusieurs médias se sont engagés à apporter un soutien Internet ou à publier des articles issus du projet, et il est question de partenariats avec des écoles de journalisme, des établissements de recherche et des associations professionnelles de chercheurs en médecine.

Wolfgang Goede, mentor et directeur de l’information scientifique au grand magazine scientifique allemand P.M., explique comme suit la réaction positive : « Ce projet de jumelage innove et il très apprécié parce que cela tombe sous le sens. »

Le Département de Coopération pour la recherche (SAREC) de l’Agence suédoise de coopération internationale pour le développement a confirmé un octroi d’environ 500 000 CAD pour le projet de jumelage en octobre 2006.

La prochaine priorité pour le projet sera d’élargir le jumelage à l’Amérique latine, à l’Asie et à l’Europe de l’Est. La WFSJ compte annoncer quelle sera la prochaine région ciblée à la 5e Conférence mondiale des journalistes scientifiques qui se tiendra à Melbourne, en Australie, en avril 2007.

Jessica White, ancienne stagiaire au programme ÉCOSANTÉ du CRDI, est chercheure et rédactrice indépendante au Royaume-Uni et au Canada.