Pour que l’exploitation minière marche : intégrer des petits mineurs pauvres dans le secteur officiel

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Marty Logan
Des milliers de mineurs chercheraient de l’or dans la mine de Las Cristinas, dans l’État de Bolivar (Venezuela). Mais peu travaillent vraiment pour le propriétaire de celle-ci, la société torontoise Crystallex. En fait, 87 % d’entre eux le font de manière artisanale ou à petite échelle. Ils en tirent une maigre subsistance, seuls ou avec leur femme et leurs enfants. Quelques familles ont même construit des maisons en bois ou en plastique en sous-sol.

Les mineurs sont arrivés en 1999. C’est l’année où l’ancien propriétaire de Las Cristinas, Placer Dome, autre société canadienne, a cessé d’exploiter la mine à cause de la faiblesse des cours de l’or. La multinationale n’a toujours pas pris position officiellement en ce qui concerne les incursions et l’installation de mineurs clandestins.

 
L’histoire de ces mineurs n’a rien d’exceptionnel. En fait, chercher des minéraux précieux dans des conditions précaires et souvent insalubres, sans protection ni outils convenables ou reconnaissance de l’État est le mode de vie d’environ 13 millions de personnes parmi les plus pauvres du monde en Amérique latine, en Afrique et en Asie.
 
La vérité sur l’exploitation minière
 
L’Initiative de recherche sur les politiques minières (IRPM) du Centre de recherches pour le développement international (CRDI) a pour but de transformer l’exploitation minière artisanale et à petite échelle en une activité en bonne et due forme qui aura sa place dans le secteur privé du monde en développement.
 
Il y a dix ans, les gouvernements et les institutions multilatérales agissaient dans l’espoir que l’exploitation minière artisanale et à petite échelle disparaisse. C’est ce qu’a déclaré Cristina Echavarría, directrice de IRPM, à une tribune internationale à la Conférence de Montréal : Le Forum économique international des Amériques, qui a eu lieu le 7 juin. « Une image négative de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle, qui serait un mode de vie non viable et inacceptable, a persisté et s’est propagé. La pauvreté extrême et les inégalités sont elles aussi insoutenables et inacceptables. Et ce sont surtout les plus pauvres, souvent les femmes et les enfants, qui finissent dans cette sorte d’exploitation minière qui est comme un gagne-pain de dernier recours, qu’ils espèrent provisoire. »
 
« À la fin des années 90, il était malheureusement devenu évident que l’exploitation minière artisanale et à petite échelle n’allait pas disparaître. C’est une réalité dont nous devons nous occuper et c’est même peut-être une des solutions pour réussir à faire reculer la pauvreté et réduire les inégalités », a expliqué Echavarría au Forum organisé par le CRDI et l’Agence canadienne de développement international (ACDI) sur le thème Mobiliser les meilleurs atouts du secteur privé au service du développement.
 
L’ampleur de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle
 
L’exploitation minière à petite échelle produit de 20 % à 25 % des minerais non combustibles extraits dans le monde, pour 2 milliards $US d’or et de gemmes en Afrique, et 15 % des diamants de la planète, ce qui représente 1,2 milliard $. Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), entre 11 et 13 millions de personnes dépendent directement de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle pour leur survie, et de 80 à 100 millions de personnes s’y livrent de façon saisonnière, c’est-à-dire plus que le nombre de personnes employées dans l’exploitation minière à grande échelle.
 
Les femmes jouent un rôle clé dans cette activité, affirme Echavarría. En tout, elles représentent environ 30 % des personnes qui travaillent dans l’exploitation minière artisanale et à petite échelle, dont 40 % en Bolivie (bien que les chiffres officiels donnent 12 %, fait remarquer Echavarría) ; 50 % à Madagascar, au Mali et au Zimbabwe ; et 75 % de la main-d’œuvre de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle en Guinée.
 
De plus, les enfants participent souvent à l’exploitation minière artisanale et à petite échelle. Au Pérou, on surnomme les plus petits les « enfants taupes », car on les envoie travailler avec un marteau et un burin dans les galeries les plus étroites. « Le travail des enfants est bien ancré dans les stratégies de subsistance des ménages qui travaillent dans l’exploitation minière artisanale et à petite échelle », poursuit Echavarría, avant d’ajouter que le fait que l’exploitation minière constitue l’une des pires formes de travail des enfants est un autre argument impérieux en faveur de la transformation du secteur.
 
Une vision de l’avenir
 
Il y a deux ans, IRPM s’est associée à l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) pour élaborer une vision afin de réorganiser l’exploitation minière artisanale et à petite échelle aux fins suivantes : « Dans 10 ans, l’exploitation minière artisanale et à petite échelle sera une activité officielle, organisée et rentable qui utilisera les techniques efficaces et qui sera responsable sur le plan social et environnemental. L’exploitation minière artisanale et à petite échelle se développera dans un cadre de gouvernance, de légalité et de participation et dans le respect de la diversité culturelle. »

Cette vision, approuvée par l’OIT, la Banque mondiale, le Programme ibéro-américain de science et technologie pour le développement (CYTED), des organisations non gouvernementales (ONG) locales, des gouvernements et des programmes bilatéraux, prévoit de meilleures conditions pour les femmes mineurs. « Il y a un potentiel énorme à travailler avec les femmes mineurs, car il est probable qu’elles font vivre leur famille avec ce qu’elles gagnent », a précisé Echavarría au Forum. « La recherche montre que les exploitations dirigées par des femmes sont généralement mieux gérées que celles dirigées par des hommes. »

« Cependant, la majorité des femmes mineurs subissent des discriminations et n’ont accès qu’aux parties les plus pauvres des gisements, comme les boues de minerai remaniées. De plus, elles ne peuvent pas faire des emprunts bancaires, car elles ont plus de mal que les hommes à fournir des nantissements. En outre, elles ne sont pas assez instruites pour mieux traiter avec les établissements de crédit officiels », ajoute-t-elle.

D’après Echavarria, il est important aussi de mieux comprendre la situation en ce qui concerne les droits des autochtones face à l’exploitation minière sur les terres ancestrales. Les affrontements sont fréquents entre les petits mineurs, qui travaillent souvent dans les endroits reculés, et les communautés autochtones. En avril, au moins 29 mineurs ont été tués au cours d’affrontements avec des membres d’un groupe autochtone du Nord-Ouest du Brésil qui les accusaient d’envahir et de contaminer leurs terres. La Fondation indigène nationale, à caractère public, évalue à 600 à 800 millions $ par an l’extraction illégale de diamants dans les réserves autochtones brésiliennes.

Pour réussir à transformer l’exploitation minière artisanale et à petite échelle qui, selon l’OIT, a augmenté de 20 % dans le monde entre 1993 et 2003, il faut que ses partisans recrutent des acteurs dans tous les secteurs : collectivités locales, y compris les membres des communautés autochtones ; ONG ; administrations municipales ; donateurs bilatéraux et multilatéraux ; le secteur privé, explique Echavarría.

L’expérience du Ghana

En 1989, le Ghana, pays d’Afrique de l’Ouest, a commencé à normaliser le secteur de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle, a expliqué la ministre des Mines, Cecilia Bannerman, au Forum.

Entre autres mesures, le gouvernement a exhorté les mineurs à demander des permis et à se regrouper en coopératives. Il a aussi créé des sociétés qui vendent les minéraux après les avoir achetés aux petits mineurs. Deux études ayant constaté que l’environnement autour des exploitations minières artisanales et à petite échelle est contaminé au mercure (souvent utilisé pour séparer l’or de la pierre), les pouvoirs publics expliquent maintenant aux mineurs comment utiliser ce produit sans danger.

« On ne peut pas mettre fin à l’exploitation minière à petite échelle en raison de son potentiel [...] dans la lutte contre la pauvreté », a précisé Bannerman.

D’après un rapport de 2002, le poids de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle dans la lutte contre la pauvreté « dépend de la nature de l’exploitation ». Les initiatives qui visent à soutenir le secteur doivent être considérées par rapport au contexte de la collectivité toute entière. Si l’exploitation est ponctuelle, des efforts particuliers devront être consentis pour stabiliser la collectivité locale. Dans le cas d’exploitations saisonnières dans les régions reculées, il faudra surtout trouver des solutions pour intégrer le secteur de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle dans la collectivité locale et pour encourager à investir les bénéfices dans d’autres types d’activités et de services », faisait observer le Global Report on Artisanal & Small-Scale Mining.

Ce rapport était le fruit du projet Mines, minéraux et développement durable (MMDD) de deux ans géré par l’Institut international pour l’environnement et le développement (IIED), sous contrat avec le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD).

« Toute aide à ce secteur devrait avoir pour but de développer la collectivité (les collectivités minières et locales, si elles sont différentes). Une démarche axée sur des partenariats, qui nécessite la participation complète des mineurs et des collectivités locales, entre les donateurs et la communauté est impérative pour que les projets d’aide soient pertinents sur le plan culturel et qu’ils aient une véritable incidence. Sinon, il y a peu de chance qu’ils s’installent dans la durée au niveau local, une fois le projet terminé », ajoute le rapport.

Marty Logan est rédacteur à Montréal pour Inter Press Service, affecté à l'Amérique du Nord et aux Caraïbes.