Porter le domaine de la microbiologie plus loin

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Stephen Dale
Ana Sanchez a fait ses études en Suède; elle vit et travaille maintenant au Canada, mais elle n'a jamais oublié son pays d'origine, le Honduras.

Aujourd'hui professeure de santé communautaire à l'Université Brock, elle travaille avec Lourdes Enriquez de Madrid, de l'Université nationale autonome du Honduras, dans le cadre d'un projet de recherche visant à faire du département de microbiologie de cet établissement un intervenant plus efficace dans la lutte que mène le Honduras contre les maladies infectieuses.

La mise sur pied d'un programme de maîtrise qui formera de nouveaux spécialistes et permettra au département d'effectuer des recherches plus approfondies constitue un volet essentiel du projet.

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Les professeures Ana Sanchez (s’exprimant en anglais) et Lourdes Enriquez (s’exprimant en espagnol) expliquent pourquoi les zoonoses (maladies ou infections qui se transmettent des animaux à l’humain) exigent des solutions intégrées mettant à contribution plusieurs disciplines.

Selon Mme Sanchez, dans un pays en développement, même si on possède un doctorat, il faut disposer de ressources et d'étudiants des cycles supérieurs si on désire pousser ses recherches plus loin. Les chercheures responsables espèrent créer un milieu favorable dans lequel la recherche pourra s'épanouir et devenir l'une des activités primordiales du milieu universitaire. À leur avis, la recherche devrait alimenter l'enseignement et l'enseignement devrait alimenter la recherche - et les deux devraient éclairer les pratiques et les politiques.

Sortir du laboratoire

Outre ses contributions matérielles, le projet vise à donner au département une nouvelle perspective et une nouvelle approche selon lesquelles les microbiologistes font partie intégrante d'une lutte plus dynamique contre la maladie.

Mme Sanchez croit que le projet fait évoluer l'idée de ce que peuvent faire les microbiologistes pour le pays. À son avis, dans le cas des trois grandes maladies que sont la tuberculose, le paludisme et le sida, qui sont endémiques au Honduras, l'apport des microbiologistes a permis de poser des diagnostics, et de déterminer la fréquence et le nombre de cas. Toutefois, elle pense qu'étant donné l'ampleur de leurs connaissances, les microbiologistes devraient pouvoir renseigner et influencer les responsables des politiques et les praticiens.

Selon elle, il leur faut sortir du laboratoire et c'est ce qui les anime : amener le laboratoire sur le terrain et le terrain dans le laboratoire. Derrière tous ces échantillons se cachent des personnes qui souffrent. Dans le cas de la tuberculose, au lieu de se contenter d'étudier la résistance aux médicaments ou l'assiduité au traitement, les microbiologistes pourraient se rendre dans les collectivités les plus touchées afin de déterminer ce qui les rend si vulnérables, dit-elle.

Élargir la portée du projet

Mme Sanchez croit que la nouvelle importance accordée aux facteurs interdépendants qui contribuent à la maladie est la pierre angulaire d'un virage qui touche non seulement le travail des chercheurs universitaires mais l'ensemble de l'appareil d'élaboration des politiques.

Les chercheures espèrent que les nouveaux diplômés trouvent leur place au sein des organismes et des gouvernements nationaux et qu'une fois en poste, ils deviennent des agents de changement et mettent en pratique la nouvelle philosophie. Et cette nouvelle philosophie est très simple : il s'agit tout simplement d'une intégration, d'une collaboration et d'une concertation permettant d'aborder le problème sous plusieurs angles. Il ne faut pas s'attaquer à une maladie à partir d'un seul point de vue; cela n'a pas fonctionné depuis qu'on a éliminé la variole.

Mme de Madrid ajoute que des discussions sont en cours (par exemple avec une université du Nicaragua, un pays voisin) pour faire passer la collaboration à l'échelle régionale. En effet, les chercheures cherchent à former des alliances avec des universités d'autres pays, pour renforcer le programme et développer leurs activités. Elles estiment que cela est important parce qu'elles pourraient ainsi élargir la portée de leurs recherches et renforcer l'équipe.

On pourra juger de la réussite de l'initiative à l'amélioration de l'état de santé de vraies personnes, dans de vraies collectivités. Les chercheures ont pour prémisse que le renforcement des capacités de recherche en santé contribue à l'amélioration de la santé des populations.