Plus vieux, plus pauvres ? Comment le partage intergénérationnel pourrait améliorer le bien-être

Marion Sandilands
« En une page » de MCP

Partout dans le monde, la structure par âge de la population se transforme. Les effets de la croissance et de l’équité toucheront toutes les générations. Dans 190 pays, le groupe d’âge qui connaît la plus forte croissance est celui des adultes d’âge actif, les 25 à 59 ans. Ces pays connaissent ce qu’on qualifie souvent de « dividende démographique » : la proportion des enfants diminue en raison du faible taux de fécondité tandis que celle des personnes âgées est encore faible. C’est là une occasion unique d’améliorer les niveaux de vie et d’abaisser les taux de pauvreté. Avec moins de bouches à nourrir, chaque adulte d’âge actif a plus de chances d’investir de l’argent, d’économiser, et d’investir dans l’éducation des enfants, pour asseoir solidement une croissance économique durable. Ce processus s’amorce à peine en Afrique, où il atténuera les pressions exercées par de très jeunes populations. Dans de nombreux pays d’Amérique latine et d’Asie, et dans la plupart du monde industrialisé, la structure par âge demeurera favorable durant quelques décennies encore mais, à l’avenir, la proportion des personnes âgées ne cessera de croître.

Les faits

Les comptes de transferts nationaux sont un nouvel ensemble d’outils qui révèlent les rapports entre l’âge et l’économie, en montrant comment chaque groupe d’âge produit, consomme, économise et partage les ressources. Dans tous les pays, les enfants et les personnes âgées consomment plus qu’ils ne produisent. Ces comptes montrent qu’au Nigeria, par exemple, la consommation par les enfants est l’une des plus fortes au monde, soit 90 % de la valeur totale de la production de la population d’âge actif, tandis que la consommation par les personnes âgées est négligeable[i]. Dans les pays africains, les adultes d’âge actif consacrent tellement d’argent aux besoins essentiels de leurs nombreux enfants qu’il en reste trop peu pour investir dans leur éducation ou pour économiser et investir pour leur propre avenir. Par contre, dans les économies hautement développées telles que le Japon, il s’agit de plus en plus de soutenir la consommation de vastes groupes de personnes âgées.

Le Chili illustre bien la façon dont les changements de la structure par âge et des politiques efficaces peuvent produire de meilleurs résultats économiques, maintenant et à l’avenir[ii]. En 1996, les Chiliens ne consacraient que 40 % de leur revenu du travail au soutien de leurs enfants. Les dépenses au titre de la santé et de l’éducation sont relativement élevées, et on a réformé les régimes de retraite pour privilégier l’épargne personnelle plutôt que les systèmes de transfert qui imposeraient un fardeau aux travailleurs des générations futures. Les politiques varient toutefois en Amérique latine. Certains pays tels que le Brésil ont abondamment recours à d’importants régimes de retraite publics qui, on le sait, découragent l’épargne et ne peuvent être maintenus lorsque la population vieillit.

Choix décisifs

Les emplois sont cruciaux à toutes les étapes de cette transition démographique. Pour s’assurer que les revenus suffisent à appuyer la consommation actuelle et l’investissement pour l’avenir, les politiques doivent permettre d’intégrer un vaste éventail de personnes à la population active — y compris les jeunes adultes, les femmes et les personnes âgées en mesure de travailler. On pourrait entre autres hausser l’âge de la retraite obligatoire, varier les prestations de retraite de façon à ne pas encourager ou décourager la retraite anticipée, et donner plus de souplesse aux employeurs souhaitant embaucher des travailleurs à temps partiel. L’emploi flexible et à temps partiel pourrait intéresser tout particulièrement les femmes et les personnes âgées.

Les gouvernements devraient instaurer un climat économique qui encourage un taux élevé d’épargne personnelle. En plus d’assurer aux particuliers un revenu de retraite, un coefficient d’épargne élevé chez la génération la plus âgée appuie des investissements qui débouchent sur des salaires plus élevés et une main-d’œuvre plus productive. Il faut s’assurer avant tout que les institutions financières offrent des possibilités d’investissement à long terme attrayantes et sûres dans un contexte de faible inflation pour que l’argent économisé conserve sa valeur.

À mesure que le ratio des inactifs jeunes aux actifs diminuera, les familles et les gouvernements pourront accroître leur investissement dans chaque enfant sans accroître l’ensemble de leurs dépenses. L’amélioration de la santé et de la scolarisation des enfants entraînera une hausse des revenus; les économies nationales pourront continuer de croître et d’importants programmes sociaux pourront être conservés.

[i] Adedoyin Soyibo, Olanrewaju Olaniyan et Akanni O. Lawanson, à paraître, « The structure of generational public transfer flows in Nigeria » dans Ronald Lee et Andrew Mason (dir.), Population Aging and the Generational Economy (Edward Elgar, à paraître). Projets connexes du CRDI nos 104231, 105399 et 105654. Pour de plus amples renseignements au sujet des comptes de transfert nationaux, consulter www.ntaccounts.org.

[ii] Commission économique des Nations Unies pour l’Amérique latine et les Caraïbes, The generational economy in Latin America, ONU, CEPALC, 2010.

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