Perception des risques liés aux changements climatiques dans les collectivités de la côte atlantique d’Amérique du Sud

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CONTRERA ORGAMBIDE/CARLOS MARIA Vue aérienne de la lagune de Rocha, sur la côte atlantique de l’Uruguay

José Alberto Gonçalves Pereira
Entretien avec
Daniel Conde est directeur du Centro Interdisciplinario para el Manejo Costero Integrado del Cono Sur (MCI-Sur) de l’Université de la République, en Uruguay.

Le rédacteur José Alberto Gonçalves Pereira s’est entretenu avec M. Conde au sujet de l’importance de tenir compte de différentes approches du risque lorsqu’il s’agit d’éclairer les décideurs et de formuler des stratégies d’adaptation pour les collectivités de la côte atlantique d’Amérique du Sud.

Pour les spécialistes des changements climatiques travaillant sur le terrain, la communication de travaux de recherche techniques et complexes pose de sérieux problèmes. C’est justement l’obstacle auquel fait face une équipe de chercheurs financée par le CRDI qui dirige un projet d’étude régionale sur les liens entre la biodiversité, les services environnementaux et les risques liés aux changements climatiques dans les milieux humides le long de la côte sud du Brésil et de la côte est de l’Uruguay.

L’équipe du projet Perception du risque et vulnérabilité des milieux humides sur la côte atlantique de l’Amérique du Sud, qui a commencé en 2012, privilégie une démarche de gestion intégrée des zones côtières et s’appuie sur les perceptions que les parties prenantes ont des risques liés aux changements climatiques pour éclairer la gestion des milieux humides.

José Alberto Gonçalves Pereira. Quels sont les objectifs à court et à long terme de ce projet ?

Daniel Conde. L’objectif à long terme est d’accroître la résilience des collectivités côtières à l’égard des changements climatiques. L’objectif à court terme est de mieux comprendre comment ces collectivités perçoivent les risques. Ce faisant, le projet participe, avec les autorités locales et d’autres parties prenantes, à la prévention et à la planification de l’adaptation. Ces plans seront accompagnés de propositions de mesures visant la protection des collectivités et la consolidation/réhabilitation des écosystèmes qui fournissent des services essentiels à la région.

J.A.G.P. Quel rôle les collectivités traditionnelles jouent-elles dans la perception des risques ? Les résultats de la recherche peuvent-ils orienter les recherches universitaires et stratégiques futures ?

D.C. En raison d’une gouvernance déficiente et du manque de recherches, les responsables des politiques sous-estiment parfois les niveaux de risque. Toutefois, les collectivités, souvent composées de peuples autochtones, connaissant très bien l’écosystème local et cernent généralement bien les risques. Les chercheurs et les responsables des politiques doivent donc interagir avec les collectivités pour accéder à ce savoir, qui est très utile pour définir des politiques judicieuses et les recherches futures. L’un de nos objectifs étant de contribuer à l’acquisition d’une compréhension générale de ces processus, nous devons tenir compte des perceptions des populations, tant dans le cadre de la recherche que dans la gouvernance. Dans les deux cas, cela se fait très rarement.

J.A.G.P. Selon vous, la stratégie adoptée par les chercheurs pour communiquer avec les collectivités constitue un enjeu clé. Pouvez-vous préciser votre pensée ?

D.C. Il est difficile d’établir des modes de communication efficaces entre scientifiques, politiciens, autorités locales et populations. Ces groupes devraient former une stratégie de bonne gouvernance en quatre volets. En science de l’environnement et du littoral, les universitaires ont du mal à vulgariser certaines questions techniques pour les rendre accessibles aux politiciens et au public. Le contraire peut également se produire : les politiciens et le public peuvent avoir du mal à transmettre leurs idées aux spécialistes. Il existe de nombreuses façons d’expliquer différentes notions: certaines sont culturelles, d’autres, techniques, certaines visent la réalisation de programmes ou de priorités donnés, etc. Quand on rend la recherche scientifique plus pertinente en y intégrant des perceptions générales, on contribue à réduire un peu le degré de complexité.

J.A.G.P. Pouvez-vous brièvement parler de certaines des principales préoccupations concernant chacun des trois sites de recherche ?

D.C. À Itajaí, au Brésil, ce sont les inondations qui posent problème actuellement. Ces inondations menacent de plusieurs façons les collectivités vulnérables des basses terres du littoral. La perte des milieux humides, qui faisaient obstacle aux inondations, est la principale raison de ce phénomène.

À Rio Grande, au Brésil, le problème que sont la croissance industrielle et la perte d’écosystèmes (principalement des milieux humides côtiers) a été aggravé par des phénomènes extrêmes liés aux changements climatiques. La pollution industrielle constitue une menace en raison des risques d’accident dans les activités des industries.

Dans la lagune de Rocha, en Uruguay, les principales préoccupations ont trait aux phénomènes extrêmes liés aux changements climatiques, comme des vents violents et erratiques ainsi que des inondations. Ces phénomènes peuvent toucher des zones urbaines, le littoral ayant connu une forte urbanisation. Les services écosystémiques, comme la pêche et les ressources hydriques, ont tous été touchés.

J.A.G.P. Le projet a permis de réunir cinq universités de différents pays, soit la Faculté des sciences de l’Université de la République, en Uruguay, l’Université fédérale du Rio Grande do Sul (UFRGS), l’Université de la vallée de l’Itajaí (UNIVALI), l’Université Dalhousie, au Canada, et l’Université d’Aveiro, au Portugal. Quel a été le rôle du CRDI dans cette collaboration ?

D.C. Le projet a été rendu possible grâce à une subvention du CRDI. Trois des universités partenaires collaborent cependant depuis au moins huit ans à l’élaboration d’un programme régional de maîtrise offert en Uruguay (maîtrise en gestion intégrée du littoral du cône Sud), auquel participent des partenaires du Canada, de l’Argentine, du Chili, du Mexique et du Portugal.

José Alberto Gonçalves Pereira est rédacteur au Brésil.

Pour obtenir des précisions sur le projet, consulter le site Web du projet (en espagnol).

Cette entrevue fait partie du cycle Entretien avec. Le projet Perception du risque et vulnérabilité des milieux humides sur la côte atlantique de l’Amérique du Sud est financé par le programme Changements climatiques et eau du CRDI et dirigé par l’Université fédérale du Rio Grande, l’Université de la vallée de l’Itajaí et l’Université de la République, en Uruguay.

Entrevue vidéo avec le chercheur Daniel Conde

Entrevue vidéo avec le chercheur Daniel Conde