Participation des femmes à la vie politique en Tunisie

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Bulletin du BREMO
Depuis le début de 2011, Maryam Ben Salem et Giorgia Depaoli, du Centre de recherche et de formation pour les femmes arabes (CAWTAR), documentent l’engagement des jeunes Tunisiennes dans la vie politique de leur pays. Ces travaux, qui s’inscrivent dans un ensemble de 14 initiatives menées en Afrique, en Asie du Sud et en Amérique latine, examinent la nature de la participation des femmes et l’égalité hommes-femmes dans les espaces politiques. Fait à noter, cette équipe de recherche collabore avec des équipes semblables en Égypte et au Soudan.

Le CAWTAR veut définir les obstacles et les possibilités qui influent sur la participation des femmes à la vie politique. En fournissant des données probantes sur la situation, Mmes Depaoli et Ben Salem remettent en question une idée fausse très répandue selon laquelle les jeunes femmes ne s’engagent pas à fond parce qu’elles ne souhaitent pas le faire ou ne peuvent pas le faire. Les participants et les parties intéressées à la recherche – des jeunes femmes, des politiciennes chevronnées et des militantes ainsi que des hommes – en retirent de l’information pouvant servir dans le cadre du débat public sur la place des femmes en politique.

La montée du cybermilitantisme

Au cours des 12 derniers mois, Mme Ben Salem a publié des constatations préliminaires sur les modes d’action politique des jeunes femmes et sur les motifs de cette action, ainsi que sur la transformation de l’arène politique dans laquelle évoluent les Tunisiennes. Elle insiste sur l’importance que revêt une nouvelle forme de participation à la vie politique : le cybermilitantisme.

Avant la révolution, la participation des femmes se résumait à des activités au sein du parti politique dominant, le Rassemblement constitutionnel démocratique; leur accès à des postes de direction et à des rôles de chef de file en politique était extrêmement limité. Sous le régime de Ben Ali, toute expression de dissidence politique était dangereuse. Selon Mme Ben Salem, le cybermilitantisme était considéré comme une forme de participation clandestine. Tout a changé en 2011.

Pendant la révolution, les femmes ont participé de façon incroyable au mouvement de contestation, fait observer pour sa part Mme Depaoli; elles ont critiqué ouvertement, au coude à coude avec les hommes, les rapports entre les citoyens et l’État. Parallèlement aux changements dans la rue, le cybermilitantisme est devenu une forme aussi importante que légitime de participation à la vie politique. Il est symptomatique d’une crise de confiance et permet aux gens de transcender le cadre rigide et hiérarchique des partis politiques. La révolution tunisienne a mis en relief l’importance du cybermilitantisme dans les efforts visant à encourager la mobilisation et la participation à la vie politique, d’ajouter Mme Ben Salem, et c’est pourquoi il est devenu un volet important de la recherche.

L’accès limité entrave la participation des femmes

Des constatations préliminaires portent à croire que les jeunes femmes peuvent et veulent participer à la vie politique. Ce sont le manque d’occasions d’acquérir de l’expérience et l’absence d’un véritable dialogue au sein des plateformes existantes qui empêchent de nombreuses femmes de participer plus activement à la vie politique. Et si une femme s’engage effectivement dans le monde de la politique, elle doit relever le défi de concilier sa vie professionnelle et sa vie personnelle.

Le cybermilitantisme, estime Mme Depaoli, offre vraiment aux femmes une nouvelle plateforme pour s’engager dans le dialogue politique et exprimer librement leurs opinions politiques; elles peuvent gérer un blogue ou un site Web à partir de la maison et aux heures qui leur conviennent. Toutefois, ce type de participation à la vie politique a encore tendance à reproduire les formes traditionnelles de discrimination.

Aujourd’hui encore, en Tunisie, on réprime la participation des femmes dans les sphères politiques officielles, dont l’assemblée constitutionnelle. Les femmes n’ont toujours pas accès aux postes de décision et ne sont pas très visibles dans les médias. Pour surmonter ces obstacles, il faudra opérer des changements structurels et culturels considérables afin de régler les problèmes auxquels se heurtent les femmes.

Les voies à emprunter

Dans un rapport que publiera sous peu le CAWTAR, on trouvera des recommandations au sujet des mesures que peuvent prendre les gouvernements et la société civile pour faciliter la participation des jeunes femmes à la vie politique. Mme Ben Salem est d’avis que ces mesures pourraient comprendre ce qui suit :

  • une formation en communication, en négociation et en leadership pour les jeunes femmes qui nourrissent des aspirations politiques;
  • des critères d’admissibilité, pour les postes de décision et pour toutes les nominations relatives à la liste électorale, qui ne font preuve d’aucune discrimination à l’endroit des femmes;
  • des structures favorisant la participation des jeunes, comme les groupes scouts et les clubs scolaires, qui encouragent une citoyenneté active;
  • l’intégration des jeunes au processus de prise de décisions politiques;
  • une structure moins hiérarchique des partis politiques.

Participez aux échanges du CAWTAR sur Facebook.

Pour en savoir plus sur ce projet et sur les autres projets ayant trait à la participation des femmes à la vie politique, on peut s’adresser à Kristin Farr, du programme Gouvernance, sécurité et justice du CRDI, à gsj@crdi.ca.