Nourrir neuf milliards de personnes d’ici 2050 ? Le Canada peut aider

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MINUSMA/MARCO DORMINO Une femme sarclant une parcelle de terre près de Tombouctou, au Mali, l’an dernier. Les petits agriculteurs nourrissent 70 % de la population de la planète.

Dominique Charron et Jacquelyn Wright
Commentaire
De nombreux petits agriculteurs peinent à se nourrir tout en approvisionnant les marchés locaux. C’est là une bien triste réalité.
 
De la nourriture en quantité suffisante pour mener une vie saine et productive. Voilà un besoin essentiel dont la satisfaction est tenue pour acquise par beaucoup de Canadiens (quoique pas par tous). La Journée mondiale de l’alimentation, le 16 octobre, vient nous rappeler que la réalité est tout autre dans les pays en développement. En dépit des progrès appréciables réalisés au chapitre de l’agriculture et de la sécurité alimentaire au cours des 20 dernières années, 805 millions de personnes souffrent toujours de dénutrition chronique.

Les petites exploitations agricoles familiales sont au coeur de la solution. Il y en aurait 500 millions dans le monde, la plupart d’entre elles pas plus grandes que trois terrains de soccer. Or, on leur doit 50 % de la production agricole mondiale, et elles nourrissent 70 % de la population de la planète. C’est pourquoi elles sont aussi au coeur du thème de la Journée mondiale de l’alimentation de cette année, Agriculture familiale : Nourrir le monde, préserver la planète.

Les petites exploitations agricoles familiales des pays en développement concourent en outre aux efforts déployés par le Canada en vue d’assurer une sécurité alimentaire mondiale, efforts qui ont d’ailleurs des résultats prometteurs. Mais il s’agit là d’une entreprise complexe, qui exige bien davantage que la seule hausse de la production agricole dans ces pays. En amenant un plus grand nombre d’acteurs à agir de manière concertée, on augmentera les chances d’entraîner plus de retombées.

Des agriculteurs dénutris

Dans les pays pauvres, de nombreux petits agriculteurs peinent à se nourrir tout en approvisionnant les marchés locaux. Leur régime est déficient et, à certains moments de l’année, ils souffrent de la faim.

Comment expliquer cette triste réalité ? Les terres qu’ils cultivent ne sont pas fertiles, ils doivent composer avec un dur climat et ils ont peu accès aux intrants et à l’information agricoles de base. Par conséquent, leurs rendements sont très faibles, qu’il s’agisse de culture ou d’élevage. Qui plus est, les inégalités sont aussi source de faim. En effet, si environ la moitié des agriculteurs de la planète sont des femmes, la discrimination entrave considérablement leur accès à la terre, à l’eau, aux semences, au crédit et au savoir-faire.

Habituellement, les agriculteurs des pays en développement ne profitent ni des programmes de recherche ni des programmes de soutien nationaux. Après le dust-bowl des années 1930, ce furent la recherche, les investissements et l’innovation qui aidèrent les agriculteurs des Prairies canadiennes à cultiver des terres qui, pourtant, étaient considérées comme impropres à l’agriculture. Le Canada a mis au point le canola ainsi que des variétés de blé et de légumineuses (haricots, fèves, lentilles) adaptées au sol des Prairies. Les agriculteurs et agricultrices des pays en développement ont besoin d’un soutien semblable, de même que d’un accès aux marchés.

L’action du Canada

En 2008, en réaction à la flambée des prix des aliments, le gouvernement du Canada a fait de l’accroissement de la sécurité alimentaire l’un des trois thèmes prioritaires qui orientent son action en matière d’aide au développement. De nombreux organismes canadiens ont décidé de lui emboîter le pas, dont le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) et CARE Canada.

En 2009, Affaires étrangères, Commerce et Développement Canada et le CRDI ont créé le Fonds canadien de recherche sur la sécurité alimentaire internationale dans le but de soutenir la recherche sur l’agriculture et l’alimentation. Ce Fonds met à contribution les meilleurs éléments du Canada et de pays en développement afin de trouver et de mettre à l’essai des technologies qui répondent aux besoins des agriculteurs. En cinq ans, 97 000 agriculteurs de 20 pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine ont bénéficié des retombées : production et revenus accrus, régime alimentaire amélioré, nouveaux débouchés économiques pour les femmes. Les équipes de recherche s’emploient maintenant à faire passer à grande échelle les innovations les plus prometteuses – des nouveaux vaccins pour le bétail à des semences et des pratiques agricoles améliorées en passant par des programmes de nutrition – afin qu’un nombre beaucoup plus grand de petits d’agriculteurs en profite.

En 2013, CARE Canada a désigné la sécurité alimentaire et nutritionnelle comme l’un de ses deux secteurs d’intervention privilégiés, l’autre étant les secours humanitaires. Aujourd’hui, plus de 85 % de sa programmation comporte des stratégies et des mesures visant à s’attaquer aux causes profondes de la malnutrition et de l’insécurité alimentaire chronique. En concevant et en mettant en place des programmes agricoles productifs et équitables marqués du sceau de la durabilité et de la résilience, de même que des initiatives de développement économique inclusif, CARE Canada a un impact qui se fait sentir dans 27 pays en développement.

Nourrir neuf milliards de personnes d’ici 2050

Les Canadiens sont en droit d’être fiers de tels résultats, mais on peut faire plus. Il faut s’efforcer encore davantage de travailler ensemble et continuer de fournir des solutions.

L’urgence des besoins n’ira pas en diminuant : si l’on peut produire suffisamment de nourriture pour combler les besoins caloriques de sept milliards de personnes aujourd’hui, la demande ne fera qu’augmenter, en particulier la demande d’aliments nutritifs et riches en protéines. La population mondiale se chiffrera à neuf milliards de personnes d’ici 2050, et comme il est prévu que les revenus croîtront, la consommation par habitant croîtra elle aussi. Le Canada peut être un chef de file dans une action coordonnée et efficace en réponse à cette crise en puissance.

Dominique Charron est directrice par intérim du domaine de programme Agriculture et environnement au CRDI. Jacquelyn Wright est vice-présidente, Programmes internationaux, à CARE Canada. Le 16 octobre, Journée mondiale de l’alimentation, CARE Canada et le CRDI organisent une conférence à Ottawa pour permettre à des acteurs canadiens en matière d’alimentation et de nutrition d’échanger.
 
La version originale anglaise de cet éditorial est parue sur embassynews.ca le 15 octobre 2014.