Northern Youth Abroad Trouver sa place à l’autre bout du monde

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Caroline Robert
Chez les jeunes Canadiens, partir à la recherche de soi est devenue en quelque sorte un rite de passage. Mais aux confins nordiques du pays, où rares sont les collectivités accessibles par la route, les perspectives des jeunes sont nettement plus restreintes.

La dure réalité

Bien qu’Internet ait offert des voies de communication interculturelle aux adolescents du monde entier, les distances entre les collectivités nordiques et les longs mois d’hiver peuvent encore créer beaucoup d’isolement. Les jeunes du Nord sont aux prises avec de nombreux problèmes, notamment le suicide, l’alcoolisme et la toxicomanie. Dans certaines collectivités, les taux d’abandon scolaire dépassent souvent les 75 %.
Karen Aglukark / NYA
Des bénévoles sont intervenus, entre autres, dans des réserves fauniques, un orphelinat et un centre d’apprentissage informatique.

La naissance d’un programme

En 1997, un projet de recherche financé par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) a mis en relief les problèmes auxquels sont confrontés les jeunes autochtones. Une enquête réalisée auprès de 100 jeunes du Nunavut a montré que les adolescents qui avaient l’occasion de voyager pouvaient tirer parti de ces expériences pour maintenir le cap et réussir leurs études. Ces constatations — ainsi que des fonds de démarrage versés par le CRDI et d’autres bailleurs de fonds — ont donné naissance au programme Northern Youth Abroad (NYA).

Lancé au Nunavut en 1998 avec seulement 10 participants, NYA a pris de l’ampleur en 2005 pour englober les Territoires du Nord-Ouest. À ce jour, plus de 200 jeunes ont participé au programme.

NYA a des répercussions durables sur la façon dont les jeunes du Nord se perçoivent et sur la façon dont ils perçoivent le monde et la place qu’ils y occupent, estime Donna Stephania, présidente du conseil d’administration de NYA et éducatrice au Nunavut depuis 18 ans. Lorsqu’elle j’ai demandé à l’une de ses élèves qui venait de terminer un séjour au Botswana ce qu’elle avait appris, cette dernière a répondu qu’elle ne dirait jamais plus qu’elle ne possédait rien : elle avait pu voir de ses propres yeux ce qu’être démuni voulait vraiment dire.

Une expérience précieuse

Le programme, qui dure 10 mois, comprend une expérience de travail préalable et postérieure au bénévolat, dans les collectivités mêmes où habitent les participants. Il comporte aussi deux volets : le premier, au Canada et le deuxième, en Afrique. Durant le volet canadien, les participants vivent pendant six semaines dans des familles d’accueil dans une autre région du Canada que la leur. Ils acquièrent une précieuse expérience du travail et de la tenue d’un budget, et sont sensibilisés à la vie dans une autre culture.

On ne ménage aucun effort pour trouver un placement professionnel correspondant aux intérêts de chacun, qu’il s’agisse d’accompagner un mécanicien d’automobiles, d’agir comme assistant d’un gardien de zoo ou de travailler comme machiniste de plateau dans un théâtre communautaire. 

Encore plus loin

Pour certains participants, le premier volet n’est que le début d’un long périple. Chaque année, de 6 à 12 participants ayant terminé le premier volet se rendent au Botswana ou au Swaziland pour y faire du bénévolat pendant sept semaines. Une fois sur place, ils peuvent par exemple faire du bénévolat dans des réserves fauniques, enseigner la musique ou transmettre des compétences informatiques de base. Certains suivent des cours de langue ou partagent leurs traditions inuites et dénées.

Durant leur séjour en Afrique australe, certains participants ont publié des billets sur le site Web de NYA. Ils y ont fait part de leurs réflexions et des leçons tirées de leur expérience. Tracy Evyagotailak, qui a participé au volet africain en 2008, a écrit que l’expérience lui a permis de découvrir toute la richesse des possibilités qui s’offraient à elle. 

 
Karen Aglukark / NYA
Le programme a aidé de nombreux anciens participants à réaliser leur rêve et à faire leur marque dans leurs collectivités d’origine et ailleurs dans le monde.

Une réussite pour les participants

Au Nunavut, NYA a connu un succès remarquable et la plupart de ceux qui ont participé au programme ont par la suite terminé leurs études secondaires. Plusieurs anciens participants ont poursuivi leurs études et amorcé des carrières fructueuses en soins infirmiers, en enseignement ou en mécanique automobile.

Avec l’appui de la Fondation Walter et Duncan Gordon, NYA a accueilli une ancienne participante parmi son personnel. Karen Aglukark travaille à temps partiel au sein de l’équipe tout en terminant un diplôme de sciences politiques à l’Université Carleton. Elle raconte qu’elle avait prévu s’orienter vers une carrière et s’était fixé des objectifs pour y arriver, mais que ce n’est qu’après avoir suivi le programme qu’elle a compris à quel point tout cela était possible.

L’avenir du Nunavut

Jusqu’à maintenant, on a jugé favorables les premières répercussions du programme. Fait à noter, la plupart des participants demeurent dans leur milieu, démentant les craintes que cette expérience pousse les jeunes à quitter leurs collectivités nordiques.

Bien au contraire, ceux qui ont participé au programme représentent peut-être l’avenir du Nord. Le gouvernement du Nunavut est tenu de constituer une fonction publique composée à 80 % d’Inuits. Le programme permet aux participants d’acquérir des compétences concrètes qui, selon NYA, sont cruciales si l’on espère que les jeunes jouent un plus grand rôle dans le processus décisionnel au Nunavut.

NYA s’emploie à aider les jeunes à apprendre ce qu’ils peuvent apporter non seulement à leurs collectivités, mais aussi au reste de la planète. À un moment où l’extraction des ressources, le tourisme et d’autres possibilités de développement industriel favorisent l’éclosion d’une économie autosuffisante dans le Nord, les anciens participants au programme NYA ont peut-être un rôle unique à jouer sur la scène mondiale.

Rédigé par Caroline Robert, rédactrice à Ottawa, à partir de dossiers constitués par Frances Philips.