Mise à l’essai de solutions mobiles pour les soins de la volaille au Laos

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SONIA FÈVRE

Mary O'Neill
Malgré les progrès réalisés à l’échelle nationale dans la lutte contre la pauvreté, la faim persiste au Laos. Quelque 44 % des enfants de moins de cinq ans souffrent de retards de croissance en raison de la malnutrition. Dans sa stratégie nationale pour la croissance et l’éradication de la pauvreté, le gouvernement laotien souligne le rôle important que jouent les animaux d’élevage et l’agriculture dans la réduction de la pauvreté. La stratégie vise notamment à diversifier et à moderniser l’agriculture et la sylviculture, à améliorer les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire en milieu rural, et à soutenir les agricultrices.

Depuis 2010, Vétérinaires sans frontières (VSF) collabore avec l’Université nationale du Laos au soutien d’agents de santé animale dans 11 villages du district de Xaythany, situé juste au nord de la capitale nationale, Vientiane. Agissant au palier des soins primaires, ces agents communautaires comblent une importante lacune dans les soins vétérinaires chez les petits exploitants agricoles, pour qui une petite basse-cour ou quelques têtes de bétail peuvent représenter une source appréciable de revenus, d’économies et de sécurité alimentaire. Étant donné le petit nombre de vétérinaires auxquels ils peuvent demander conseil, les agents de santé animale doivent pouvoir accéder rapidement à des sources d’information crédibles pour promouvoir la santé animale dans les villages.

animal health worker demonstrates app to local woman 
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Un agent de santé animale explique le fonctionnement de l’application à une agricultrice.

Exploiter la croissance rapide de la technologie mobile

Selon l’Union internationale des télécommunications, le nombre d’abonnements à la téléphonie mobile s’élève à près de 7 milliards à la fin de 2014, et un peu plus de la moitié des abonnés sont en Asie-Pacifique. Profitant de cette révolution des technologies de la communication, VSF s’est associé à l’Université de Calgary et à LifeLearn Inc. – éditeur d’outils pédagogiques et développeur de médias numériques canadien – en vue d’étudier des applications pour téléphones intelligents qui pourraient aider les agents de santé animale à mieux répondre aux besoins des petits agriculteurs.

Le Dr Mark Stephenson, directeur du développement à LifeLearn, estime que la technologie mobile recèle d’énormes possibilités pour l’enseignement dans les régions éloignées du monde grâce à son utilisation de plus en plus répandue.

Des consultations tenues dans trois villages ciblés en 2011 ont permis de déterminer que les soins de la volaille constituent une priorité. Ce sont surtout les femmes qui s’occupent de la volaille, en particulier chez les ménages à faible revenu, et les agriculteurs investissent généralement peu pour la nourrir, l’abriter et la soigner. La situation se prêtait à une augmentation de la production grâce à des conseils concrets et bien ciblés.

Selon Sonia Fèvre, directrice régionale, Asie, à VSF, « la plupart des villageois élèvent des poules, mais ils les laissent se nourrir à leur guise dans la basse-cour et ne font pas appel à des techniques améliorées pour accroître la production. L’élevage vise principalement à améliorer l’alimentation de la famille et, si la saison est bonne, les ménages vendent quelques poules pour compléter leurs revenus. »

Quoi qu’il en soit, on ne savait pas trop si une application mobile pourrait aider les agents de santé animale – qui travaillent à temps partiel – et les ménages à faible revenu, dont la littéracie laisse souvent à désirer. Comment la technologie s’insérerait-elle dans le contexte agricole ? Les agents de santé animale l’utiliseraient-ils pour apprendre et communiquer des informations ? Considéreraient-ils cet outil comme utile ? La recherche a donc tenté de déterminer si l’on pouvait adapter l’utilisation des téléphones intelligents aux fins du renforcement des capacités en matière de santé animale, dans un contexte de soins de santé animale primaire sur fond de manque de ressources.

 
Les poules ne pondent pas ? Il y a une application pour ça !

Dans l’élaboration du contenu, on a mis l’accent sur les abris, la reproduction et la sélection de la volaille, la nutrition et la couvaison; les informations ont été fournies sous forme de textes, d’enregistrements audio, de photos et de vidéos. En 2012 et 2013, on a déployé et testé diverses versions de l’application auprès des agents de santé animale. La version finale est sortie en juin 2013. On a alors installé l’application en version anglaise et lao sur des téléphones intelligents que l’on a remis à 22 agents travaillant dans 10 villages.

Une évaluation réalisée après une formation et deux mois d’utilisation sur le terrain a révélé que, malgré leur difficulté initiale à s’habituer aux appareils, les agents de santé animale considèrent l’application comme un outil d’apprentissage et de référence pratique et relativement convivial. Ils ont dit l’avoir utilisée pour répondre à des questions sur l’élevage de volailles et pour communiquer des informations aux agriculteurs. Dix-neuf d’entre eux se sont servis de l’application pour résoudre le dernier problème en date, généralement lié à la nourriture, aux abris ou à la production d’oeufs. La plupart utilisaient également leur appareil pour consulter des membres de l’équipe et leurs pairs.

« En dehors des téléphones, on n’a pas fourni de soutien matériel dans le cadre du projet, de préciser Margot Camoin, vétérinaire et épidémiologiste à VSF, mais c’était ce dont les agriculteurs avaient le plus besoin pour améliorer la durabilité de leur élevage de volaille. »
Mr. Kamphieng shows off his smartphone
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M. Kamphieng, un agriculteur local, a économisé l’argent dépensé en moulée commerciale après avoir appris à préparer ses propres mélanges naturels.

Étendre l’utilisation des outils d’information mobiles

Outre l’intérêt qu’ils ont manifesté à l’égard de cette technologie, les agents de santé animale ont signalé que les photos sont un précieux outil de diagnostic et de partage d’informations. Certains ont commencé à prendre des photos avec leur appareil pour faire diagnostiquer les maladies dont souffrent d’autres animaux qu’ils traitent, notamment les porcs et les chèvres. Ils envoient ces images aux personnes à qui ils demandent conseil. Les résultats du projet montrent que les agents sont prêts à se familiariser avec de nouvelles technologies, qu’ils font preuve de curiosité à l’égard de l’utilisation potentielle des téléphones intelligents, et qu’ils n’hésitent pas à se servir de l’application aux fins d’apprentissage. Ils aimeraient que l’application soit adaptée à d’autres sujets, notamment le soin, les maladies et l’élevage du bétail, et ils se sont dits prêts à participer de plus près à la recherche de solutions Web. Étant donné les résultats de ce projet, VSF utilisera les téléphones mobiles comme outil de collecte de données dans ses prochains travaux de recherche.

« Compte tenu de l’enthousiasme manifesté à l’égard de la communication des connaissances par des photos, explique Sonia Fèvre, nous envisageons d’inclure la surveillance de ce phénomène à notre tout dernier projet. Nous chercherons aussi à rendre la technologie mobile accessible à un plus grand nombre d’agents de santé animale et de fonctionnaires. »

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Sonia Fevre Researcher Portrait 
Sonia Fèvre : renforcer les liens avec les collectivités

Spécialiste du développement communautaire et du renforcement des capacités, Sonia Fèvre est directrice régionale, Asie, à Vétérinaires sans frontières (VSF). Depuis son entrée en fonction à VSF en 2009, elle a lancé des projets axés sur la santé animale et communautaire au Laos ainsi que dans d’autres pays d’Asie du Sud-Est. Elle a par ailleurs contribué à l’établissement des partenariats dans le cadre desquels ont été menées les récentes recherches sur les applications pour téléphones intelligents visant les soins de la volaille. 

« Je travaille dans le milieu du développement depuis des années et m’intéresse à un large éventail de questions, dont l’agriculture, le développement urbain, la mobilisation des collectivités et la promotion de la santé. Je me considère vraiment comme une spécialiste de l’intégration. J’adore la participation et la collaboration avec les collectivités. »

Sonia a renforcé ses compétences en mobilisation des collectivités acquises dans le cadre d’études en anthropologie sociale et en technologies environnementales. À l’heure actuelle, elle apprend le lao, sa cinquième langue, afin de communiquer plus facilement avec les collectivités auxquelles elle cherche à venir en aide.

Elle a constaté avec surprise et satisfaction l’intérêt avec lequel les agents de santé animale ont accueilli les téléphones intelligents et cherché à savoir comment ces derniers pourraient les aider à soutenir les aviculteurs.

« Une de leurs premières questions a été de savoir s’ils pouvaient aller sur Facebook. Ils voulaient vraiment se connecter à Internet et communiquer, notamment des photos. Ils voyaient tellement de possibilités de communication ! »

Mary O’Neill est rédactrice à Ottawa et fondatrice de Lost Art Media.