Mieux nourrir les animaux pour une meilleure alimentation humaine

08 novembre 2013
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Stephen Dale
Des chercheurs travaillant dans les districts de Morogoro et de Dodoma, en Tanzanie, ont fait une importante découverte : en enrichissant le foin avec des fanes de manioc et des feuilles de patate douce, ils ont fourni aux chèvres laitières un aliment peu coûteux, à teneur élevée en protéines, qui les a rendues capables de produire plus de lait.
 
Ce résultat est appréciable dans les deux zones sujettes à la sécheresse où ont été menés les essais sur le terrain. Les chercheurs espèrent que la mise en application d’un ensemble intégré de pratiques améliorées de gestion du bétail permettra à deux races de chèvres à forte production de lait de bien se développer, pour la première fois, dans ce milieu où l’eau est rare. Outre l’alimentation enrichie, les pratiques bonifiées comprennent de nouvelles mesures de lutte contre les maladies.
 
L’expérience, si elle est fructueuse, pourrait servir de modèle pour la création d’entreprises laitières dans d’autres zones arides ou semi-arides. Elle a suscité un espoir nouveau dans les collectivités participantes de la Tanzanie, qui connaissent une faible productivité agricole et un taux élevé de malnutrition, surtout chez les enfants.
 
Selon Faustin Lekule, spécialiste des sciences animales de la Sokoine University of Agriculture, en Tanzanie, ces agriculteurs voient la chèvre comme un atout inestimable pour leur famille en raison des différents produits qu’ils peuvent en tirer pour la consommation du ménage, et aussi parce qu’ils peuvent en vendre le lait; ultérieurement, ils pourraient même vendre quelques-unes des chèvres qu’ils élèvent.
 
Répondre aux besoins nutritionnels
 
La mise en évidence des avantages que présente l’ajout de résidus de plantes racines aux aliments pour animaux, c’est l’un des résultats émanant d’une initiative comportant plusieurs volets à laquelle prennent part des spécialistes de la Sokoine University of Agriculture, de l’Université de l’Alberta, au Canada, et de l’Institut international de recherche sur l’élevage (ILRI).
 
L’équipe est soutenue par le Fonds canadien de recherche sur la sécurité alimentaire internationale (FCRSAI), initiative concertée du CRDI et d’Affaires étrangères, Commerce et Développement Canada. Le FCRSAI supervise 21 projets mettant à contribution des chercheurs tant du Canada que de pays en développement qui s’attaquent aux problèmes interreliés que sont la dégradation de l’environnement, l’agriculture peu productive et la faim dans des zones d’Afrique, d’Asie et et d’Amérique latine qui sont exposées à l’insécurité alimentaire.
 
En Tanzanie, la recherche de nouveaux moyens de répondre aux besoins nutritionnels de la population, en dépit d’énormes contraintes environnementales, mise sur deux éléments fondamentaux qui s’appuient mutuellement, soit les chèvres laitières et les plantes racines.

Des nutriments essentiels

 
Des spécialistes des plantes, travaillant en étroite collaboration avec des agriculteurs, font des essais afin de déterminer quelles variétés de patate douce et de manioc vont pousser le mieux dans les conditions locales.
 
Ces plantes fournissent des nutriments essentiels comme la vitamine A, qui prévient l’arrêt de croissance et l’immunodéficience et réduit la vulnérabilité au paludisme, à la cécité et aux maladies diarrhéiques. Leurs résidus, donnés aux chèvres laitières, augmentent la production de lait.
 
John Parkins, expert en sociologie rurale de l’Université de l’Alberta, affirme que l’équipe du projet espère montrer la voie vers une meilleure santé en s’efforçant de créer un système de sécurité alimentaire s’inscrivant dans une démarche globale et pouvant devenir viable à l’échelon du village.
 
Des solutions appropriées
 
Afin d’assurer cette viabilité, les spécialistes s’emploient à surmonter les difficultés qui risquent de fragiliser l’agriculture, en prenant des moyens adaptés à ce milieu pauvre en ressources.
 
Pour préserver la santé des chèvres, par exemple, les spécialistes des sciences animales ont établi à quelle fréquence elles doivent être vermifugées et ont adopté une démarche axée sur la prévention. En gardant les animaux dans une chèvrerie, on les empêche d’entrer en contact avec des maladies, et on évite des traitements coûteux.
 
Pendant ce temps, des spécialistes des plantes forment les agriculteurs participants afin qu’ils puissent produire des semences et en fournir à d’autres, alors que des économistes aident à déterminer les meilleures façons dont les producteurs pourraient s’y prendre par la suite pour mettre en marché leur excédent. On suit aussi de près l’état nutritionnel des enfants pour mesurer l’efficacité avec laquelle le système permet d’améliorer la santé.
 
Potentiel de création d’entreprises
 
On encourage la participation des femmes, dont on a vu ailleurs qu’elle contribue à ce que les gains économiques se traduisent par une meilleure santé des ménages. Et un comité environnemental se penche sur des moyens de réduire les incidences de l’élevage des chèvres sur l’environnement et de tirer pleinement parti des rares ressources en eau.
 
Selon M. Lekule, les travaux pourraient susciter la création d’entreprises, par exemple de fabrication de fromage et de yaourt. Pour l’instant, toutefois, on s’attache plutôt à faire connaître les enseignements et les méthodes qui ressortent du projet aux responsables gouvernementaux, aux ONG et aux agents de vulgarisation agricole, ainsi qu’à davantage d’agriculteurs.
 
En favorisant les partenariats locaux, on aidera à faire en sorte que le système demeure viable une fois le projet terminé, estime M. Parkins. Les chercheurs espèrent retourner sur place, dans dix ans, et constater que les chèvres laitières sont devenues un élément important de la vie dans ces villages.
 
Stephen Dale est rédacteur et vit à Ottawa.

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