Mettre un terme à la violence faite aux femmes

Image
Division des communications, CRDI
La parole est à eux
À la veille de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes (le 25 novembre) et de la Journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes (le 6 décembre) au Canada, le CRDI a posé à des membres de son personnel et à des chercheurs qu’il soutient ou a soutenus la question suivante :

Comment mettre un terme à la violence faite aux femmes ?
 
Les opinions exprimées sont celles de la conférencière et ne sont pas nécessairement celles du Centre de recherches pour le développement international.


En brisant le silence
Pour mettre un terme à la violence, il faut d’abord la nommer, la connaître et établir que les différentes formes qu’elle peut prendre constituent une atteinte inacceptable à la dignité des femmes et de tous. Il est essentiel que la violence faite aux femmes et aux filles sorte au grand jour, qu’on cesse de la justifier au nom de la “culture” ou de la “tradition” et que, collectivement, nous refusions d’excuser les gestes de domination et d’oppression ou de les passer sous silence.
Rebecca Smith
Girl Hub
Éthiopie


Rebecca Smith a déjà été agente de gestion de programme au CRDI; aujourd’hui, elle travaille à l’organisme Girl Hub, en Éthiopie.

En décortiquant Ie pouvoir d’un sexe sur l’autre

Il serait faux de croire que la violence faite aux femmes est un phénomène répandu uniquement là où la pauvreté sévit et où les conflits font rage. La violence sexuelle est présente dans nos foyers, dans nos institutions. Il est essentiel d’analyser et de comprendre comment se construit le pouvoir d’un sexe sur l’autre si l’on veut lutter contre la violence faite aux femmes. Il est tout aussi crucial d’arrêter de fermer les yeux sur cette violence et de commencer à s’entraider.
Eileen Alma
CRDI
Canada

Eileen Alma est administratrice de programme au CRDI. Elle s’intéresse aux moyens d’assurer la participation pleine et entière des femmes pauvres et marginalisées à la vie politique et à la prise de décision.

Photo : Toban Black

En rompant le cycle de l’impunité
Une victime d’esclavage sexuel venue témoigner devant la Commission vérité était très amère quant à la manière dont elle a été reconnue, puis abandonnée par le système. Au sujet des sévices sexuels dont sa fille handicapée a été victime de la part d’un professeur, elle a dit : “ce qui m’était arrivé est maintenant arrivé à ma fille”. Dans la frénésie de la reconstruction et la quête de pouvoir qui suivent un conflit, les femmes victimes deviennent invisibles. Remédier à cela peut permettre de rompre le cycle de l’impunité et leur redonner l’espoir dont elles ont besoin pour commencer à imaginer une société sans violence. Pour les victimes, cela peut être une question de vie ou de mort.
Galuh Wandita
Asia Justice and Rights (AJAR)

Indonésie

La chercheure Galuh Wandita, qui est subventionnée par le CRDI, s’emploie à comprendre comment les membres des collectivités d’Indonésie et du Timor-Leste, en particulier les femmes, composent avec les souvenirs traumatisants que leur ont laissés les conflits.

Photo : Ronny Fauzy da Silva, AJAR

En voyant les femmes comme des porteuses de savoir

Voir les femmes comme des actrices porteuses de savoir, plutôt que comme des victimes, transforme les perspectives d’action sur la violence faite aux
femmes.

Seynabou Badiane et
Marie-Hélène Mottin-Sylla

Association Afriques Créatives 
 
Sénégal

Seynabou Badiane et Marie-Hélène Mottin-Sylla, qui bénéficient du soutien du CRDI, examinent la participation des jeunes femmes à la vie politique en Afrique de l’Ouest francophone. Mme Mottin-Sylla est en outre l’une des deux auteures dExcision : les jeunes changent l’Afrique par les TIC, ouvrage publié conjointement par le CRDI, ENDA et Langaa.

Photo : Africa Renewal

En allant au-delà de la dichotomie agresseur-victime

La violence contre les femmes ne se résume pas aux gestes posés. Elle s’inscrit dans une culture où elle est sournoisement admise. De nombreux agresseurs sont eux-mêmes d’anciennes victimes. Dans une culture admettant la violence à l’endroit des femmes, ce fait est important; le reconnaître constitue peut-être une première étape dans la réduction de cette violence.

Neil Andersson
Centro de Investigación de Enfermedades Tropicales (CIET)
Mexique

Par le passé, le CRDI a appuyé des travaux que Neil Andersson a effectués sur la violence sexuelle, le VIH et l’héritage laissé par l’apartheid. À l’heure actuelle, M. Andersson s’intéresse aux liens entre la violence faite aux femmes et le VIH au Botswana, en Namibie et au Swaziland.

Photo : CRDI/Peter Bennett


En décrétant la tolérance zéro


Pour mettre un terme à la violence faite aux femmes, il faut par-dessus tout décréter haut et fort que ce sera “tolérance zéro”. Et s’il est nécessaire que tous les segments de la société, et surtout ceux qui façonnent l’opinion publique, contribuent à cette prise de position ferme, il est essentiel que l’État fasse preuve du leadership voulu pour que cela se concrétise.

Naila KabeerNaila Kabeer
School of Oriental and African Studies, University of London
Bangladesh

Naila Kabeer est une chercheure soutenue par le CRDI dont les travaux portant sur la préférence pour les garçons au Bangladesh offrent un nouvel angle à partir duquel examiner le « déficit de filles » en Inde.

Photo : CRDI/Jason Taylor

En contrant le sentiment d’inévitabilité

Dans de nombreux pays, la violence faite aux femmes est toujours considérée comme étant tout à fait naturelle et légitime. Cette acceptation représente un grand danger pour les femmes, car elle attribue la situation à la culture ou à la volonté divine ou elle relègue les femmes au rôle de victimes sans
défense.
 
Francisco Cos-Montiel
CRDI

Canada


Francisco Cos-Montiel est spécialiste de programme principal au CRDI. Il s’intéresse aux conditions de vie des femmes pauvres et marginalisées et aux façons d’assurer leur participation pleine et entière aux processus gouvernementaux et décisionnels en Amérique latine et dans les Caraïbes.
 

  

En déconstruisant les rapports de domination

La mondialisation numérique nous confronte à de nouveaux rapports de domination, dont des rapports de domination exacerbés entre hommes et femmes. Nous avons vu l’impact des usages des TIC sur l’éradication des mutilations génitales féminines en Afrique de l’Ouest. Mettre fin aux violences faites aux femmes, c’est s’engager à déconstruire tous les rapports de domination.

Joëlle PalmieriJoëlle Palmieri
Laboratoire « Les Afriques dans le monde » (LAM) / Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA)
Sénégal

Joëlle Palmieri est l’une des deux auteures dExcision : les jeunes changent l’Afrique par les TIC, ouvrage publié conjointement par le CRDI, ENDA et Langaa.

Photo : Tostan International

En sensibilisant la population aux droits des femmes
Si elles parviennent à s’enfuir, les Ougandaises qui avaient été enlevées par l’Armée de résistance du Seigneur doivent affronter une foule de difficultés une fois de retour chez elles – dont la stigmatisation et le fait qu’elles n’ont pas pu aller à l’école. Mais le refus de reconnaître leur droit de propriété constitue l’un des aspects les plus inquiétants.

Une femme m’a dit : “il y a trois jours, un voisin m’a attaquée; il m’a clouée au sol et a brandi sa machette sous mon nez. J’avais simplement planté des pommes de terre sur une parcelle qui m’appartient, et il menaçait de me couper en morceaux pour cela”.

Cette violence structurelle, enracinée dans le droit coutumier en Ouganda, représente un obstacle majeur à la réinsertion des femmes. Il faut intervenir à la base, à savoir : sensibiliser les membres des collectivités aux droits que les lois ougandaises modernes confèrent aux femmes et offrir une aide juridique gratuite aux femmes démunies afin qu’elles puissent avoir recours aux tribunaux pour faire valoir leurs droits.

Marc Ellison
journaliste pigiste

Canada

Alors qu’il était titulaire d’une bourse en journalisme du CRDI, Marc Ellison s’est entretenu avec 40 ex-filles soldates en Ouganda qui ont témoigné des difficultés qu’elles doivent surmonter pour réintégrer leur communauté. Le Toronto Star a publié les portraits qu’il a faits de ces femmes dans une section spéciale intitulée Childhood Interrupted.

Photo
: Marc Ellison

En analysant les racines de la violence

Avant de chercher des solutions toutes faites pour réduire la violence fondée sur le sexe, il est fondamental d’investir dans la recherche, car c’est seulement en analysant les racines de la violence faite aux femmes que le changement devient possible.

Maryam Ben Salem
Centre de recherche et de formation pour les femmes arabes (CAWTAR)
Tunisie

La chercheure Maryam Ben Salem reçoit des fonds du CRDI pour examiner la participation des jeunes femmes à la vie politique en Tunisie.

Photo : Antoine Walter

En mobilisant les femmes
La violence faite aux femmes est constamment “banalisée” par les pratiques traditionnelles et dans les médias modernes, et les choses ne changent que si les femmes s’élèvent contre cela. Cependant, l’État a lui aussi un rôle considérable à jouer : il doit soutenir la mobilisation des femmes et faire preuve de leadership si l’on veut que la société dans son ensemble renonce à la violence.

Gita Sen
Indian Institute of Management
Inde

Avec le soutien du CRDI, Gita Sen s’intéresse aux questions qui sont à la croisée de la condition de la femme et de la santé maternelle, dans le but de trouver des solutions pour mettre un terme à la violence familiale en Inde.
Photo : CRDI/Jason Taylor

 

En transformant les rapports de pouvoir


Il a été prouvé par la recherche qu’en dehors de celles liées aux conflits, les violences contre les femmes sont perpétrées en majorité dans l’environnement immédiat et privé des victimes. Alors, les luttes contre ces violences devraient mettre l’accent sur les transformations nécessaires des rapports de pouvoir dans la sphère privée.

Ramata ThiouneRamata Molo Aw Thioune
CRDI
Kenya


Ramata Thioune est administratrice de programme principale au CRDI. Les projets qu’elle pilote portent notamment sur la promotion des droits sociaux, politiques et économiques des femmes, la protection des droits des migrantes, l’accès à la justice et la participation des pauvres, notamment des femmes pauvres, à la gouvernance démocratique.

Photo : David Mowbrey

 
En permettant aux victimes de conserver leur dignité

Les femmes sont conditionnées à intérioriser et à banaliser la violence dès leur plus jeune âge. Il faut élever les filles de manière à ce qu’elles soient fortes et indépendantes, et donc capables de s’élever contre toute forme de violence qu’on pourrait leur faire subir. En outre, face aux femmes qui cherchent à obtenir justice, il faut que l’appareil judiciaire repose sur des protocoles établis plutôt que sur des préjugés misogynes. Les services d’enquête devraient mettre l’accent sur la protection de la dignité des victimes et l’obtention de la preuve; ainsi, les femmes seraient plus nombreuses à ne pas craindre de faire appel à l’appareil judiciaire.

Flavia Agnes
avocate, juriste et directrice de Majlis, un organisme qui représente les femmes victimes de violence
Inde

Le CRDI subventionne les travaux de Majlis portant sur le rôle des organismes de l’État pour ce qui est de réagir à la violence sexuelle et familiale.

Photo : CRDI/Jason Taylor
 

En faisant de la violence une question publique
La voie royale pour mettre fin aux violences fondées sur le sexe aura la prévention comme avenue principale, mettant en synergie tous les segments de la société, pour qu’enfin les violences cessent d’être une question privée et deviennent un problème public que tous les acteurs vont contribuer à résoudre.

Fatou Diop Sall
Université Gaston Berger

Sénégal


Avec le soutien du CRDI, Fatou Diop Sall dirige des travaux qui alimenteront le débat public et aideront à dégager des solutions en vue de mettre un terme à la violence faite aux femmes au Sénégal.

Photo : Mike Blyth


En passant à l’action


Les gens comme vous et moi PEUVENT faire quelque chose contre le harcèlement sexuel et les autres formes de violence sexuelle que subissent les femmes ! Surtout dans un contexte où les lois sont inefficaces ou ne sont pas appliquées, faire en sorte que le harcèlement et les autres gestes violents deviennent inacceptables peut changer les choses. Cela peut transformer une société dans laquelle on ferme les yeux sur la violence sexuelle ou on blâme les victimes en une société où tous se sentent de nouveau en sécurité et dont tous peuvent être fiers.

Rebecca ChiaoRebecca Chiao
fondatrice, HarassMap

Égypte

Avec le soutien du CRDI, HarassMap s’emploie à faire en sorte que les citoyens signalent les cas de harcèlement au moyen des médias sociaux, ce qui permet de mieux comprendre comment les femmes sont traquées, sont harcelées ou sont victimes d’agressions sexuelles et de mieux les aider.

Photo : Chris Hondros/Ghetty

En faisant des enfants des agents de changement positif

Pour éliminer la violence faite aux femmes, il faut tout d’abord agir au sein de la cellule familiale et dans la sphère privée. Il est crucial de comprendre ce que l’on transmet aux enfants quant à la valeur des femmes et des hommes, et de bien saisir comment cela se traduit par des rapports de pouvoir. En agissant sur cette dynamique à un stade où il est possible d’exercer une influence sur les enfants, on contribuera à ce que ces derniers, une fois grands, fassent changer les
choses.
Carley Robb-JacksonCarley Robb-Jackson
Plan International

Canada

Alors qu’elle était boursière de recherche au CRDI, Carley Robb-Jackson s’est intéressée aux droits des femmes en Sierra Leone depuis la fin du conflit. Elle a reçu l’un des prix Global Changemaker de 2012 décernés par le Conseil ontarien pour la coopération internationale.
Photo : Panos