Mettre en application les leçons des évaluations

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Keane J. Shore

Le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) a financé la participation de 11 membres d’organisations de la Palestine, de la Jamaïque, du Sénégal, de l’Équateur et de l’Uruguay au troisième Programme international de formation en évaluation de projets de développement (IPDET) offert chaque année à Ottawa. Les chercheurs mettent à profit les habiletés acquises en travaillant sur le terrain.

« Nous leur offrons ainsi la chance d’apprendre à évaluer leurs projets et à améliorer leurs méthodes de travail », explique Sarah Earl de la Section de l’évaluation au CRDI. « Tout en les aidant à satisfaire aux exigences du Centre, le programme apprend surtout aux participants à faire leurs propres évaluations. »

Organisé par le Département de l’évaluation des opérations de la Banque mondiale et la Faculté des affaires publiques et de la gestion de l’université Carleton, l’IPDET réunissait 187 participants de 57 pays développés et en développement, une augmentation de 15 % en un an.

Les participants, des spécialistes de leur champ de recherche, apprennent à faire des évaluations avec des experts internationaux et, surtout, entre eux. Une fois le cours terminé, ils restent en contact grâce à un réseau Internet, qui leur permet de discuter de leurs problèmes d’évaluation.

« Ils rencontrent le même genre de problèmes et souhaitent tous satisfaire aux mêmes critères d’excellence », mentionne Karen Ginsberg, gestionnaire de l’IPDET. « Avec de bonnes évaluations, les gouvernements et organisations sont à même de prendre de bonnes décisions concernant leurs programmes et projets. On peut alors parler de bonne gouvernance. Pour savoir où l’on en est, il faut savoir s’arrêter pour faire une évaluation. »

Dernièrement, quand l’IPDET a fait évaluer son propre programme d’été, il a obtenu de très bonnes notes. Plus de 80 % des participants de 2002 et 2003 se sont dits convaincus que le programme les avait aidés à acquérir des connaissances et des compétences qui leur sont utiles. Parmi ces clients satisfaits se trouvaient trois participants financés par le CRDI, Alberto Narváez, Arturo Campaña et Clara Píriz, tous repartis mieux équipés qu’à leur arrivée.

Un terrain miné

Dans une région isolée de l’Équateur près de la frontière du Pérou, des mines ont contaminé une rivière qui traverse deux localités. Alberto Narváez, qui travaille à Quito pour la Fundación Salud Ambiente y Desarrollo (FUNSAD), une fondation pour le développement sanitaire et environnemental, essaie de savoir quelles répercussions des décennies d’exploitation minière ont eues sur le milieu naturel et les habitants de la région.

Narváez souhaite qu’après une demi-douzaine de tentatives plus ou moins fructueuses, les parties concernées sachent trouver une solution malgré leurs intérêts divergents. Avec ce qu’il a appris à l’IPDET, il aide la FUNSAD à perfectionner ses méthodes d’évaluation des échecs passés.

« Nous nous employons depuis six mois à constituer un partenariat », explique Narváez. « À nos yeux, ce qui importe, c’est d’axer les stratégies sur des résultats. »

Le dangereux parfum des fleurs

Dans la région équatorienne de Cayambe, on produit des fleurs destinées à l’exportation dans de vastes plantations où les ouvriers agricoles sont exposés aux effets nocifs de produits chimiques.

Arturo Campaña, du Centro de Estudios y Asesoría en Salud (CEAS ou Centre d’étude et d’évaluation de la santé), une organisation non gouvernementale, essaie de persuader ces ouvriers de surveiller l’usage qu’ils font des produits chimiques afin de réduire la pollution. Le CEAS a besoin d’évaluer ses interventions dans le contexte de la vaste campagne menée pour améliorer la santé des habitants de la région.

Récemment, des chercheurs qui avaient interrogé des ouvriers travaillant à la production de fleurs sur leur utilisation de produits chimiques ignoraient comment analyser leurs réponses. Campaña a appris comment procéder à Ottawa.

« Je suis vraiment heureux de rapporter un tel bagage chez moi », de dire Campaña.

Trouver un équilibre

En Uruguay, l’agriculture intensive, l’industrie, le transport de marchandises, le tourisme et la pêche sont les principales activités économiques de la région côtière du Río de la Plata. Des chercheurs élaborent des stratégies de gestion intégrée des zones côtières propres à garantir la viabilité des activités actuelles et un certain équilibre entre elles.

Alors que géographes et biologistes essaient d’améliorer le milieu côtier en regroupant les interventions de ministères et de groupes aux intérêts parfois contradictoires, Clara Píriz s’efforce d’analyser les rapports entre les protagonistes. L’IPDET lui a montré comment évaluer la façon dont ils collaborent et communiquent entre eux. L’évaluation peut l’aider à se concentrer sur les résultats dans une situation complexe en évolution constante.

« Il ne sert à rien de vouloir tout comprendre dans ce genre de situation qui n’a rien de simple », fait remarquer Clara Píriz. « Il faut penser constamment à la prochaine étape, à ce qu’il faudra faire ensuite. Il faut surtout s’attacher à améliorer notre méthodologie et notre façon de travailler. »

Savoir assimiler les leçons

Narváez, Campaña et Píriz s’entendent pour dire que leurs nouvelles compétences leur seront profitables, ainsi qu’à leurs groupes, à leur retour en Amérique latine. Ils savent qu’ils pourront aussi s’en servir ailleurs. Píriz, par exemple, estime qu’elle en fera bon usage dans ses nouvelles fonctions de superviseure des étudiants extérieurs à l’université.

D’après Earl, faire des évaluations n’est pas facile. Tout ce qui peut aider les partenaires du CRDI a mieux faire leur travail est bien accueilli. « Les projets dont ils s’occupent avec nous et d’autres ne peuvent que profiter du fait que l’évaluation va les aider à réfléchir à ce qu’ils font et à s’améliorer, à parler de leur travail et de ce dont ils sont satisfaits ou non », explique-t-elle. « Les personnes qui participent à nos projets de recherche sont extrêmement passionnés par leur travail, ils s’y consacrent entièrement. Quand on leur dit que l’évaluation va les aider à s’améliorer, ils n’ont aucune hésitation. »

Keane J. Shore est un rédacteur pigiste d’Ottawa.