Lutter contre l’obésité en Afrique du Sud à l’aide des politiques fiscales

17 novembre 2016

En 2008, le fardeau total des maladies non transmissibles en Afrique du Sud était estimé à 40 %, et ne cessait de croître. L’obésité est un facteur de risque de plusieurs maladies non transmissibles, dont les cardiopathies, l’hypertension, le diabète et le cancer.

Une étude de recherche de trois ans financée par le CRDI, intitulée « Impact, en ce qui a trait à l’économie et à la santé, des politiques fiscales visant à améliorer la nutrition en Afrique du Sud », révèle que l’imposition d’une taxe de 20 % sur les boissons sucrées est à même de réduire l’obésité de 3,8 % chez les hommes et de 2,4 % chez les femmes. Cette réduction représenterait 25 % (l’équivalent de 220 000 adultes) de l’objectif établi dans le plan stratégique sur la prévention et le contrôle des maladies non transmissibles du ministère national de la Santé (2013-2017). La même taxe réduirait de 4 % la prévalence du diabète chez les adultes, et ferait diminuer de 160 000 le nombre de nouveaux cas de la maladie sur une période de 20 ans. De même, avec cette taxe, le nombre de nouveaux cas d’accidents vasculaires cérébraux (AVC) diminuerait de 85 000 sur une période de 20 ans. On estime que, au cours de la même période, le gouvernement ferait des économies de 860 millions USD sur les soins de santé liés au diabète, et des économies pouvant atteindre 576 millions USD sur les soins liés aux AVC.

Cela montre que les politiques fiscales et les politiques de réglementation peuvent avoir une incidence significative sur la santé de la population sud-africaine. Toutefois, ces politiques ne constituent qu’un élément d’une stratégie à plusieurs volets pour lutter contre l’obésité. Elles doivent être accompagnées d’autres mesures, comme la réduction de la disponibilité des produits mauvais pour la santé jumelée à l’augmentation de l’accessibilité des aliments frais et peu transformés, ainsi que la réglementation de l’étiquetage des produits alimentaires, la publicité et le marketing visant à réduire la consommation de produits mauvais pour la santé.

Le projet a produit plus de 10 articles examinés par les pairs, apportant d’importantes contributions à la documentation scientifique existante sur l’imposition d’une taxe sur les boissons sucrées et l’incidence potentielle de celle-ci sur la santé de la population. Les publications sur le sujet sont rares tant dans les pays à revenus élevés que dans les pays à revenus moyens et faibles, car les politiques sur les boissons sucrées sont relativement récentes.

Cette recherche fournit aux décideurs des données probantes sur l’incidence positive que la taxe sur les boissons sucrées pourrait avoir sur la santé des Sud-Africains, ainsi que sur le coût de l’inaction. L’équipe de recherche a été régulièrement en contact avec le directeur principal des maladies non transmissibles, au ministère national de la Santé, et a été invitée à faire une présentation au gouvernement sur la question. L’équipe a également rencontré des responsables du ministère du Revenu pour discuter des taxes d’accise. En outre, la professeure Karen Hofman, chercheuse principale du projet, a été nommée membre du groupe de travail national sur l’obésité.

En mars 2016, le ministère des Finances de l’Afrique du Sud a annoncé une taxe sur les boissons sucrées dans le discours du budget, qui entrera en vigueur en avril 2017. Même si le ministère de la Santé avait déjà envisagé d’introduire une taxe sur les aliments et les boissons sucrés au pays, les preuves scientifiques et les discussions générées par le projet sur l’imposition d’une taxe sur les boissons sucrées ont accéléré le processus, et les retombées de la politique se sont fait sentir quelques mois seulement après la conclusion du projet.

Pour en savoir plus sur les résultats du projet :