Lutte contre la maladie de Chagas en Amérique centrale

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ÉCOSANTÉ

Un nouveau projet de recherche en Amérique centrale vise à contrer la maladie de Chagas, l’un des problèmes de santé publique les plus sérieux en Amérique latine et dans les Caraïbes. Plus de 10 millions de personnes sont infectées par la maladie, laquelle est endémique dans beaucoup de régions pauvres et rurales. Environ un tiers des personnes infectées souffriront un jour ou l’autre d’une forme chronique de cette maladie et plus de 10 000 personnes en meurent chaque année.

Ce nouveau projet de recherche subventionné par le CRDI utilise une démarche écosanté afin de contrer la maladie au Salvador, au Guatemala et au Honduras. Des chercheurs tentent de limiter la propagation de la maladie en contrôlant les espèces d’insectes qui infestent les habitations mal construites et transportent le parasite vecteur de la maladie.

Fissures murales d’une maison où vivent des insectes porteurs du parasite (Guatemala, 2007)Le projet fait fond sur des travaux de recherche menés antérieurement au Guatemala (de 2003 à 2010) au cours desquels des chercheurs sont parvenus à enrayer la maladie en informant les membres de la collectivité et en améliorant les conditions des habitations. En plus de mettre un terme à l’infestation des demeures, ces mesures ont eu pour effet d’amener les insectes à modifier leurs habitudes et à se nourrir de sang de poulet plutôt que de sang humain. Puisqu’ils ne sont pas parasités par le triatome, les poulets ne sont pas vecteurs de la maladie de Chagas; le cycle de la maladie a donc été interrompu.

En Amérique centrale, les insectes qui transmettent la maladie de Chagas sont nombreux. Les équipes de chercheurs mettent la démarche écosanté à l’épreuve dans 15 emplacements différents se trouvant dans les départements d’Intibucá (au Honduras), de Chiquimula (au Guatemala) et de Santa Ana (au Salvador). Au moins 2 500 familles des collectivités participantes pourront profiter d’un foyer mieux adapté, d’un meilleur milieu ambiant et d’une meilleure qualité de vie en général. Le projet vise également à orienter les activités de prévention de la maladie de Chagas dans la région.

Un atelier de formation sur le colmatage des murs est donné par des travailleurs de terrain du ministère de la Santé (Guatemala)La propagation de la maladie de Chagas 

En Amérique centrale, la maladie de Chagas se transmet par l’intermédiaire du Rhodnius prolixus et du Triatoma dimidiata, deux espèces d’insectes piqueurs. Les programmes d’épandage d’insecticides ont débarrassé les collectivités du Rhodnius prolixus, mais ils n’ont pas chassé le Triatoma dimidiata, qui risque de réinfester les habitations quelques mois après l’épandage.
 
La déforestation est en partie responsable de la présence des insectes vecteurs de la maladie, car elle cause la destruction de leur habitat et entraîne leur migration vers les établissements humains. Ils se sont bien adaptés  aux maisons paysannes construites en briques séchées et recouvertes de toits de chaume. Cachés dans les fissures durant le jour, ils sortent la nuit pour se nourrir de sang. La méthode conventionnelle de lutte contre la maladie consiste à  pulvériser t de l’insecticide sur les murs intérieurs,  mais les insectes reviennent. 
 

Puisque les symptômes précurseurs de la maladie de Chagas sont plutôt bénins (fièvre, douleurs, œdème localisé), beaucoup de personnes ne sont pas immédiatement conscientes qu’elles ont contracté une maladie grave. Des années plus tard, la maladie peut se traduire par des problèmes cardiaques et gastro-intestinaux chroniques, voire fatals.

Des fissures murales colmatées grâce à un enduit qui permet de chasser les triatomes (Guatemala)Des mesures peu coûteuses

Les enseignements tirés d’un projet antérieur au Guatemala, où la propagation de la maladie dans les collectivités participantes a été considérablement réduite, profiteront au présent projet, qui est de plus grande envergure. Une équipe pluridisciplinaire, laquelle réunissait des ingénieurs, des architectes ainsi que des représentants du ministère de la Santé du Guatemala et du programme national de lutte contre les vecteurs, a aidé les collectivités à comprendre comment la maladie de Chagas se propage. Avant que les chercheurs ne leur montrent des diagrammes du cycle de vie des insectes et ne leur expliquent comment ceux-ci infestent leurs habitations, beaucoup de gens n’étaient pas conscients du fait que ce sont les insectes qui transmettent la maladie. 

Le déploiement de mesures peu coûteuses a permis l’amélioration des murs intérieurs et extérieurs, des planchers de terre battue et des bâtiments adjacents aux habitations comme les poulaillers. Par exemple, des ingénieurs et des architectes ont travaillé avec les collectivités à l’élaboration d’un revêtement pour les murs intérieurs fait de matières premières locales et de sable fin. Le revêtement, qui s’apparente au ciment, a une durée de vie de cinq ans et permet de colmater les fissures où se cachent les insectes. De plus, il est non-toxique et peut facilement être appliqué avec les mains. Le fait d’amener les collectivités à participer, de respecter la culture locale et d’utiliser des matières premières locales a conduit à une solution durable plus efficace et moins coûteuse que l’épandage d’insecticides.

Photos : LENAP-USAC

En savoir plus

Lancement du projet

Détails du dernier atelier

 
En apprendre davantage des constatations de l’équipe dans Monroy et coll. (2012) An Ecosystem Approach for the Prevention of Chagas Disease in Rural Guatemala (en anglais)

Document de deux pages portant sur l’écosanté en Amérique latine (en anglais et en espagnol)

Vidéo trilingue qui interpelle et porte sur le présent projet ainsi que sur d’autres projets qui se sont penchés sur la prévention du paludisme, de la dengue et de la maladie de Chagas ainsi que sur la lutte contre ces maladies en Amérique latine et dans les Caraïbes

Deux articles d’Anna Petherick parus dans Nature (2010) : Chagas disease in the Chaco, qui présente des résultats de travaux de recherche appuyés par le CRDI ayant été menés en Argentine, en Bolivie et au Paraguay, et Country by country, qui examine les différences, à l’échelle de l’Amérique latine, dans la façon d’enrayer la propagation de la maladie de Chagas

Projet du Programme spécial de recherche et de formation concernant les maladies tropicales (TDR) de l’Organisation mondiale de la santé, qui comprend des activités de recherche ayant trait à la maladie de Chagas

Fichier balado de Green Planet Monitor permettant l’écoute d’une discussion se tenant entre des membres du personnel et des bénéficiaires du CRDI au sujet de la maladie de Chagas

Article de The Economist paru en 2009 intitulé Kiss and Kill. A deadly and neglected plague

 
Article de Cadernos de Saúde Pública paru en 2009 intitulé Ecosystem approaches to controlling vector-borne diseases: dengue and Chagas disease