L'utilité de la télémédecine au Mali

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Le Dr Sow pratique une échonographie sur une femme enceinte à l'hopital du district sanitaire de Kolokani, dans le Mali rural.

Esmé Lanktree
Au cours de leurs études à la Faculté de médecine de l’Université de Bamako, au Mali, Cheick Oumar Bagayoko et ses camarades ont souvent redouté d’être affectés, une fois diplômés, dans la zone intérieure peu peuplée du Mali. On savait alors qu’un médecin établi en milieu rural finirait par perdre une part des connaissances qu’il a acquises pendant ses études en raison du manque d’accès à la formation continue et de l’isolement général.
 
L’inquiétude que ressentait le Dr Bagayoko alors qu’il était étudiant en médecine témoigne d’un problème plus vaste qui touche le système de santé du Mali. La grave pénurie de personnel de la santé est l’une des causes des inégalités en santé qui existent entre zones rurales et zones urbaines au Mali. Les habitants des zones rurales ont moins accès aux soins de santé que ceux des zones urbaines, et leur accès à de l’équipement permettant d’établir des diagnostics plus complexes est limité, voire inexistant. Par exemple, on trouve peu de cardiologues à l’extérieur de Bamako, la capitale du pays.
 
L’idée du Dr Bagayoko consistant à créer un réseau virtuel de membres du personnel médical pourrait permettre de mettre en relation les médecins de Bamako et ceux travaillant en milieu rural. Grâce à une subvention de l’Initiative de recherche en santé mondiale, un partenariat du CRDI, de l’Agence canadienne de développement international et des Instituts de recherche en santé du Canada, des chercheurs évaluent le potentiel de cette technologie et ses retombées sur le système de santé du Mali.
 
Télémédecine et accessibilité

L’isolement et un manque d’incitatifs minent les efforts déployés pour recruter et retenir les travailleurs de la santé dans les zones rurales. De plus, les patients des zones rurales doivent supporter un lourd fardeau financier et se rendre dans les centres urbains pour obtenir des traitements.
 
Constatant à Bamako un accès croissant à Internet, le Dr Bagayoko a commencé à s’intéresser à la possibilité d’utiliser Internet comme moyen relativement peu coûteux d’améliorer l’accès aux soins de santé à l’échelle du Mali.
 
Quand le Dr Bagayoko a choisi la télémédecine pour sujet de thèse de doctorat, il savait que c’était un choix risqué. Les projets de télémédecine dans les pays à faible revenu et dans les pays à revenu intermédiaire étaient alors assez rares. Dans un pays où la vitesse de connexion à Internet est basse et l’accès, sporadique, ce choix pouvait sembler illogique. Malgré cela, Abdel Kader Traoré a encouragé le Dr Bagayoko à poursuivre son projet et a accepté de devenir son directeur de thèse.
 
Kassim Diabaté conducting an abdominal ultrasound during a training sessionDes Alpes Suisse au lointain Mali

C’est à l’extérieur du Mali que le Dr Bagayoko a trouvé une personne possédant une expérience de la télémédecine. Il a donc invité le Dr Antoine Geissbuhler, professeur à l’Université de Genève, à siéger à son comité de thèse. Ce dernier, qui partageait l’intérêt du Dr Bagayoko pour l’imagerie médicale, la cybersanté et les nouvelles applications médicales des technologies de l’information et de la communication, a accepté l’offre.
 
Pendant son séjour en Suisse, le Dr Bagayoko a pris connaissance de la technologie mobile utilisée pour le sauvetage de skieurs dans les Alpes. Celle-ci permet aux premiers répondants de réaliser des tests diagnostiques sur les pentes de ski, loin de l’hôpital. Il pensait que cette technologie pourrait servir à la réalisation de tests diagnostiques dans le Mali rural, particulièrement des électrocardiogrammes et des échographies. L’idée était qu’un spécialiste en poste dans la capitale aide des médecins en milieu rural à établir des diagnostics. Le Dr Bagayoko est convaincu que ces outils permettront aux médecins de demeurer sur place dans les zones rurales.
 
Le projet a évolué et est devenu un réseau permettant aux médecins désireux de suivre une formation particulière d’accéder, sur Internet, à un cours pertinent donné en ligne par un spécialiste. Les médecins exerçant dans des collectivités éloignées disposent donc maintenant de possibilités de formation et ont accès à des collègues pouvant les assister pour les cas plus complexes, et ce, à des centaines de kilomètres de distance.
 
Cette mise en relation avec des pairs en milieu urbain a énormément atténué le sentiment d’isolement qu’éprouvaient les médecins exerçant dans le Mali rural.
 
Un réseau international

Par son succès et sa croissance, le réseau a commencé à attirer l’attention de pays voisins. Avec l’aide des Hôpitaux universitaires de Genève et du fonds de solidarité internationale de Genève, les docteurs Bagayoko et Geissbuhler ont créé en 2001 le Réseau en Afrique francophone pour la télémédecine (RAFT). Le RAFT a grandi et est aujourd’hui présent dans 28 pays, dont plusieurs où l’on parle anglais. Grâce à l’appui de l’OMS, il offre maintenant en ligne des dizaines de cours en anglais.
 
Les docteurs Bagayoko et Kader poursuivent leur collaboration en tant que cochercheurs principaux de ce projet financé par l’IRSM.
 
L’équipe de recherche vérifie l’efficacité de services de télémédecine et de formation médicale à distance, dont la transmission d’images médicales en cardiologie et en obstétrique et le soutien aux travailleurs de la santé exerçant en milieu rural pour ce qui est des diagnostics et des traitements.
 
Ce projet vise à déterminer si cette technologie permet d’améliorer le recrutement et la rétention du personnel de la santé ainsi que l’accès à des soins de qualité dans le Mali rural. Les docteurs Bagayoko et Kader ainsi que leur équipe aident à l’élaboration d’un modèle organisationnel de prestation de services de télémédecine efficace et adapté aux contextes locaux dans lesquels les services seront déployés.
 
Cet article a été rédigé par Esmé Lanktree, agente de gestion de programme à l’IRSM, et révisé par Gyde Shepherd et Marie-Danielle Smith.
 
 
 

Photo de droite : Équipe du Mali
Le Dr Kassim Diabaté, en poste à l’hôpital du district sanitaire de Dioila, dans le Mali rural, procède à une échographie de l’abdomen pendant une séance de formation, à Bamako