L'instauration d'un dialogue ouvert — le CRDI joue un rôle clé en Amérique latine et dans les Caraïbes

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IDRC Communications

Les défis auxquels font face aujourd'hui l’Amérique latine et les Caraïbes découlent en grande partie des erreurs commises lors des réformes des économies de la région dans les années 1990, selon Federico Burone, directeur du Bureau régional de l’Amérique latine et des Caraïbes du CRDI.

« Les réformes ont porté sur la structure économique de ces pays, sans qu’on se soit demandé sérieusement si la population possédait les compétences nécessaires pour s’adapter à ces changements », dit-il.

Ainsi, bien que la plupart des pays de l’Amérique latine et des Caraïbes (région ALC) soient mieux placés pour soutenir la concurrence sur le marché mondial, bon nombre de leurs citoyens ne sont pas suffisamment qualifiés ou n’habitent pas assez près des industries viables pour être en mesure de jouer un rôle. Conjuguée aux effets des chocs financiers propres à chaque pays, cette situation a aggravé la pauvreté et creusé le fossé entre les riches et les pauvres dans de nombreux pays de la région.

L’incertitude économique a eu des répercussions à l’échelle régionale. Les grandes vagues de migration qui ont déferlé des zones rurales sur les zones urbaines ont causé des dommages à l’environnement et mis à rude épreuve les réseaux de services sociaux et de santé. Les inégalités croissantes ont aussi suscité un nouveau sentiment de polarisation sociale. Dans ce contexte, le travail du CRDI continue de porter à la fois sur la recherche de nouvelles solutions techniques aux défis que doit surmonter la région et sur la création de mécanismes pour permettre à de multiples acteurs de contribuer à résoudre les problèmes de façon novatrice.

CRDI : Yves Beauleu

On peut prendre l’exemple de la municipalité de Moreno, une banlieue de Buenos Aires, en Argentine, où plus de 50 % de la population vit dans la pauvreté. Le nombre d’habitants de Moreno a crû de façon spectaculaire durant l’année qui a suivi la crise financière de 2001 en Argentine, lorsque les citoyens ont abandonné les collectivités rurales pour trouver des emplois dans la métropole. Le torrent de migrants a exercé des pressions sur l’infrastructure en place et sur les services de base, ce qui, par ricochet, a attisé les tensions sociales.

« La situation représentait un risque considérable non seulement pour Moreno mais aussi pour toute l’agglomération de Buenos Aires », se souvient M. Burone. Divers ordres de gouvernement ont essayé de mettre en oeuvre des plans d’aide, mais il est rapidement devenu évident que les parties éprouvaient de la difficulté à coordonner leurs efforts.

Les chercheurs, « intermédiaires impartiaux »

C’est à ce moment que des chercheurs financés par le CRDI sont entrés en jeu, faisant de Moreno une « ville ciblée » par le CRDI et essayant de traiter de façon systématique les multiples demandes en matière d’aménagement du territoire et de logement, de systèmes de santé fonctionnels et d’opérations de dépollution.

M. Burone explique : « Cela a donné l’occasion aux chercheurs d’assumer un rôle d’”intermédiaires impartiaux”. Ils ont été en mesure de faciliter le dialogue entre les citoyens et les fonctionnaires et de créer un contexte où les décisions étaient fondées sur des données probantes plutôt que sur des considérations d’ordre politique. »

La nature participative du processus a été primordiale : « Souvent, on ne tient pas compte des personnes qui vivent dans la pauvreté, et les gouvernements se sentent très peu responsables à leur égard. Ici, les chercheurs ont aidé à établir une relation plus transparente entre les institutions et les gens et à organiser les citoyens en petits groupes, au sein desquels ils pouvaient mieux saisir les possibilités. » D’autres chercheurs reprennent maintenant la même démarche, reproduisant le programme du CRDI visant des « villes ciblées » dans d’autres pays de la région ALC.

La participation et un dialogue ouvert sont au coeur d’un processus semblable dans les régions rurales de la Bolivie, où des chercheurs soutenus par le CRDI explorent des manières de défendre les droits traditionnels des populations autochtones à la terre et aux autres ressources. Plus récemment, ils se sont attaqués à la question de la propriété foncière, source de dangereuses divisions. Collaborant aux discussions entre les propriétaires terriens et la population autochtone majoritaire, qui cherche à obtenir la maîtrise des terres pour y instaurer l’agriculture communale, les chercheurs analysent la situation et proposent un compromis grâce auquel une partie des terres demeureraient privées, mais qui permettrait à la population autochtone d’y avoir accès et de les utiliser davantage.

 



CRDI : Peter Bennett

Défis nombreux, approches variées

Il faut adopter une variété d’approches dans la région ALC en raison de sa grande diversité. Dans les pays en bordure du Pacifique, par exemple, les chercheurs soutenus par le CRDI doivent se pencher sur des questions complexes concernant les relations commerciales avec les nouveaux géants asiatiques. Les problèmes sociaux et de santé prennent aussi de plus en plus de place.

Au Pérou, on a recruté des jeunes pour la lutte contre le VIH/sida. Un portail Web leur permet de communiquer avec leurs pairs au sujet de la prévention de la maladie et de collaborer avec les professionnels de la santé à des efforts de dépistage et de suivi. On est à adapter ce projet afin de pouvoir le reproduire dans les Caraïbes.

 
Le CRDI réunit aussi des spécialistes de quatre pays de l’Amérique latine ayant une expérience de la coopération au développement ou encore du maintien de la paix, afin d’évaluer ce qu’il faudrait faire pour favoriser une paix durable et rétablir des institutions fonctionnelles en Haïti. Portant sur plusieurs aspects, dont l’économie, la gouvernance et l’amélioration de l’environnement, le projet pourrait servir de modèle afin d’étudier comment les États fragiles et défaillants peuvent se reconstruire et de cerner des moyens de faciliter une collaboration plus poussée entre les pays d’Amérique latine.
 
« Malheureusement, dit M. Burone, il ne manque pas de pays où l’on puisse mettre à profit ces connaissances. »