L’innovation sème l’espoir dans les régions arides

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Un champ expérimental de lentilles de l’ICARDA

Stephen Dale
Des effets durables
Un centre de recherche international, devenu une force à l’échelle mondiale, s’emploie à améliorer la qualité de vie des plus de 1,7 milliard de personnes qui vivent dans les régions arides couvrant deux cinquièmes de la superficie terrestre.
 
Le Centre international de recherches agricoles dans les régions sèches (ICARDA) a été fondé en 1977 avec l’appui du CRDI et de la Fondation Ford. Initialement établi près d’Alep, en Syrie, l’ICARDA s’est réinstallé au Liban vers la fin de 2012 en raison de l’intensification des troubles civils en Syrie. L’ICARDA est l’un des 15 centres chapeautés par le Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (CGIAR), que le CRDI soutient depuis plus de 40 ans.
 
À partir de son siège au Moyen-Orient, l’ICARDA élabore de nouvelles stratégies de sécurité alimentaire, des technologies hydriques et des semences de variétés végétales améliorées qui ont nourri l’espoir des populations africaines et des habitants de certaines régions d’Amérique latine et d’Asie.
 
Plus avec moins
 
Ce travail est devenu particulièrement essentiel puisque les changements climatiques intensifient la sécheresse dans des régions où les terres sont déjà peu productives. À ces endroits, les difficultés que le manque d’eau pose aux agriculteurs peuvent provoquer une véritable crise sociale, la dégradation de l’environnement aggravant la pauvreté et alimentant les conflits.
 
Souvent, les pauvres sont pris dans une spirale descendante : la baisse des rendements les pousse à surexploiter la terre, ce qui aggrave la dégradation de l’environnement et la pauvreté.
 
Le défi consiste à briser ce cycle, explique Mahmoud Solh, directeur général de l’ICARDA; pour ce faire, il faut trouver des moyens de produire plus avec moins.
 
Une augmentation spectaculaire des rendements agricoles
 
Les résultats obtenus par l’ICARDA montrent qu’il a bien réussi à « produire plus avec moins ». Depuis 1977, plus de 900 variétés améliorées de cultures vivrières et fourragères obtenues à partir du matériel génétique du centre ont été introduites à l’échelle mondiale.
 
Il s’agit notamment de variétés de céréales et de légumineuses à haut rendement qui résistent à des températures extrêmes ou la salinité des sols, aux maladies et aux ravageurs. Ces variétés ont permis à de nombreux pays arides d’augmenter les récoltes, de réduire des importations coûteuses de denrées alimentaires et d’améliorer la santé des pauvres.
 
Ainsi, en Éthiopie, la production de légumineuses a augmenté de façon spectaculaire : la récolte de lentilles a notamment triplé de 2001 à 2010. En Syrie, la production de blé a plus que triplé de 1991 à 2004, permettant au pays de passer du statut d’importateur à celui d’exportateur de blé.
 
L’objectif ultime est d’améliorer l’état nutritionnel des pauvres et leurs moyens de subsistance. C’est pourquoi l’ICARDA a aussi bien misé sur les céréales (blé et orge) que sur les légumineuses (pois chiche, féverole, lentille et gesse à graines sphériques). Lorsqu’ils sont combinés, ces aliments bon marché forment une protéine complète très bénéfique pour la santé.
 
Une démarche intégrée
 
Ces progrès tangibles ne proviennent pas uniquement de l’introduction de nouvelles variétés de semences. La démarche intégrée de l’ICARDA tient également compte d’autres considérations techniques et humaines.
 
Selon M. Solh, il n’y a pas de solution magique aux problèmes complexes que l’on rencontre dans les régions arides. Il faut combiner la résistance à la sécheresse avec la gestion de l’eau et de meilleures semences. Par ailleurs, cela prend un contexte de politiques propice et, ce qui est encore plus important, une approche communautaire, précise-t-il.
 
De nos jours, l’ICARDA applique les leçons apprises à un éventail de problèmes. En Afghanistan et au Pakistan, par exemple, il aide les agriculteurs à passer de la culture du pavot à opium à celle de plantes à fort rapport économique comme le safran.
 
De plus, dans les collectivités qui cherchent à s’adapter aux changements climatiques, des projets de l’ICARDA aident les habitants à fabriquer des produits à valeur ajoutée comme le yogourt et le fromage de lait de brebis ou de chèvre. Ces produits devraient rapporter davantage et donc réduire le besoin de surexploiter la terre. Les innovations en matière de collecte de l’eau et de création de plantes comme les cactus sans épines aident aussi les collectivités pauvres à s’adapter à l’intensification de la sécheresse.
 
Stephen Dale est rédacteur à Ottawa.
 
Cet article fait partie des récits Des effets durables, qui mettent en évidence des façons dont les travaux financés par le CRDI ont amélioré les conditions de vie dans les pays en développement.
 
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