L’information et la technologie au service de la sécurité alimentaire en Ouganda

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Plus de 100 000 agriculteurs ougandais ont participé à un projet pilote dans le cadre duquel on leur a fourni des données sur le climat et les marchés au moyen de diverses technologies de l’information et de la communication.

Jennifer Kingsley

Il est difficile de prendre de bonnes décisions lorsqu’on n’a pas l’information utile. Cela est particulièrement vrai pour les agriculteurs des régions du monde soumises à un stress hydrique. Les habitants du corridor du bétail en Ouganda avaient l’habitude de s’appuyer sur le savoir traditionnel pour prendre leurs décisions en matière de semailles, de récolte et de gestion du bétail, mais les tendances climatiques sont désormais moins prévisibles et les sécheresses sont plus graves. L’accès rapide à de l’information sûre est plus important que jamais : en fait, c’est devenu une condition de la sécurité alimentaire. Jusqu’à récemment, il était difficile d’obtenir de l’information de qualité, mais un projet pilote commencé en 2012 vise à changer la situation.

En Ouganda, ce qu’on appelle le corridor du bétail est une ceinture aride qui traverse le pays de part en part et couvre 40 % de sa superficie. C’est une zone agricole majeure, qui a une importance cruciale pour les éleveurs qui y font brouter leur bétail. Elle est aux prises avec des phénomènes météorologiques extrêmes, des conflits sociaux au sujet des terres et des pénuries d’eau croissantes. Le projet Climate Change Adaptation and ICT (CHAI) a choisi quatre districts situés dans le corridor du bétail afin de mettre à l’essai un système d’information qui est déjà en train de changer des vies.

La diffusion de l’information

L’Ouganda compte environ mille stations météorologiques, quoique seules soixante d’entre elles soient tout à fait fonctionnelles, et leur utilisation pour recueillir de l’information météorologique à diffuser en temps utile est un problème. Le projet CHAI permet de collecter des données sur les précipitations et sur les marchés dans les sous‑comtés des trois districts d’intervention, lesquelles sont ensuite transmises directement à un serveur du Service de météorologie  de la Direction des affaires environnementales du ministère de l’Eau et de l’Environnement aux fins d’analyse. De là, les données sont renvoyées aux districts, où elles sont traduites et contextualisées pour les besoins de la population locale. Grâce aux téléphones mobiles, à la station de radio FM locale et aux haut‑parleurs communautaires, l’information actualisée est diffusée à plus de 100 000 agriculteurs des districts de Nakasongola, Soroti et Sembabule; le quatrième district, celui de Rakai, sert de groupe témoin.

Over 100,000 farmers were reached through the project from FM radio broadcasts.Les données ainsi communiquées sont les suivantes : prévisions météorologiques sur dix jours, prévisions saisonnières sur trois mois, avertissements météorologiques et renseignements sur les mesures d’adaptation peu coûteuses comme les techniques permettant d’économiser l’eau. Sont également transmis des renseignements à jour sur les prix à la consommation, ce qui aide les agriculteurs à décider quand et où vendre leurs produits. Le projet CHAI relie également les agriculteurs à des ressources pour permettre leur passage à l’action, c’est‑à‑dire à des organismes qui peuvent leur fournir d’autres renseignements, une aide financière et un accès à des services qui les aideront à se servir de ce qu’ils ont appris.

Le soutien de la collectivité favorise la confiance

Pour que le projet porte ses fruits, il faut absolument obtenir la confiance des agriculteurs et des éleveurs, et c’est là où les dirigeants communautaires entrent en jeu. Les chefs, prêtres et autres figures d’autorité locales qui appuient le projet apportent leur aide en relayant l’information par leurs propres voies de communication. Cela renforce la crédibilité de l’information et incite les agriculteurs à l’utiliser.

En fait, l’information circule dans les deux sens : grâce à la messagerie texte (SMS) et aux tribunes radiophoniques, les habitants du coin peuvent donner leur avis et (ou) communiquer de l’information au sujet de la situation locale. Cette rétroaction positive renforce le système.

Une information de qualité permet de réduire les risques

Les résultats sont jusqu’ici très prometteurs. Il ressort d’une étude interne menée récemment que jusqu’à 93 % des agriculteurs des districts participants estiment que les mesures prises en fonction de l’information reçue ont effectivement permis de réduire les risques et d’accroître la productivité agricole. Par ailleurs, les dommages et les pertes de récolte attribuables à la sécheresse dans les districts en question ont été moindres que dans les districts voisins dans une proportion de 60 %.

Les activités quotidiennes du projet CHAI sont gérées conjointement par l’Uganda Chartered HealthNet et l’ONG FHI 360, qui offre également des services techniques. La coordination du projet et les prévisions sont assumées par le ministère de l’Eau et de l’Environnement, notamment par son Service de météorologie, tandis que des chercheurs de l’Université Makerere fournissent des analyses statistiques, des services de cartographie et une interface avec les responsables des politiques.

Le projet a été mis en oeuvre à partir des structures administratives nationales et locales existantes, et la participation active des organismes concernés a été essentielle pour obtenir l’adhésion aux solutions proposées. Par ailleurs, le ministère de l’Eau et de l’Environnement souhaite élargir le projet à l’ensemble du pays. Qui plus est, le projet a attiré l’attention des membres du Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA), organisation de développement économique et social regroupant 19 États, ce qui pourrait le porter à d’autres pays du continent africain.

À terme, ce réseau d’information – rendu possible grâce à la technologie numérique – pourrait fournir à encore beaucoup plus de gens l’information dont ils ont besoin pour gérer les risques et prendre des décisions éclairées susceptibles d’améliorer leurs revenus, et ce, tout en favorisant la sécurité alimentaire.

Jennifer Kingsley est rédactrice à Ottawa.

Photos : Uganda Chartered Healthnet

En savoir plus sur le projet

Diaporama avec son ayant trait à ce projet
Recours aux TIC pour résoudre les problèmes d'eau en Ouganda