Lier les prévisions météorologiques traditionnelles et modernes dans l'ouest du Kenya

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Adaptation aux changements climatiques en Afrique

Dans plusieurs régions rurales d’Afrique, on trouve des aînés qui semblent détenir des pouvoirs mystiques pour prévoir le temps qu’il fera. Dans certaines collectivités, on les appelle les « faiseurs de pluie », parce qu’en plus de prédire quand il va pleuvoir, ils seraient capables de faire tomber la pluie.
 
Dans l’ouest du Kenya, le clan Nganyi est reconnu pour posséder ces pouvoirs. Toute cette mystique repose en fait sur un ensemble de connaissances transmises de génération en génération et fondées sur une observation attentive et une maîtrise des régimes météorologiques ainsi que de la flore et de la faune locales. Des changements d’humidité et de température peuvent être révélés par la floraison et la feuillaison des arbustes et des arbres, le cri de certains oiseaux, le comportement des fourmis et même le coassement des grenouilles et des crapauds. Les familles de faiseurs de pluie conservent précieusement ce savoir, qui est pour elles à la fois une responsabilité sacrée et un moyen de subsistance.
 
Les changements climatiques mettent les détenteurs de savoirs traditionnels à l’épreuve, alors que les conditions climatiques extrêmes se multiplient et que les régimes de pluies et les saisons deviennent de plus en plus imprévisibles. Parallèlement, les progrès de la climatologie moderne ont amélioré l’exactitude des prévisions sur des horizons allant d’une seule saison à une année entière. Les connaissances de ce type sont extrêmement utiles pour les alertes rapides et pour la gestion des risques liés au climat. Pourtant, ces prévisions modernes ont eu des répercussions minimes dans les régions rurales. Les collectivités qui ont compté pendant des générations sur les savoirs autochtones se méfient des étrangers qui prétendent tout savoir et qui s’expriment dans une langue technique déconnectée de celle des populations rurales.
 
Le Centre de prédictions climatiques et d’action (ICPAC) de l’IGAD (Autorité intergouvernementale pour le développement), un fournisseur régional d’information sur le climat, dirige un projet qui vise à rapprocher les savoirs scientifiques et traditionnels. Cette équipe travaille en collaboration avec les faiseurs de pluie Nganyi afin d’établir des prévisions consensuelles. On espère qu’en cours de route les savoirs traditionnels seront mieux compris et appréciés, les connaissances scientifiques seront renforcées et les collectivités vulnérables aux changements climatiques auront accès à de l’information fiable dans les langues locales qui leur permettra de préserver leur santé et d’assurer leur subsistance.
 
Après qu’un forum sur les perspectives climatiques animé par l’ICPAC eut établi des prévisions saisonnières pour la période de septembre à décembre 2008, ramenées à une plus petite échelle pour que le service de météorologie du Kenya puisse les utiliser, des climatologues et des prévisionnistes Nganyi se sont réunis afin de mettre au point des prévisions consensuelles pour la région. Avec l’aide des représentants gouvernementaux locaux et des agences de développement, les prévisions harmonisées ont été converties en avis météorologiques liés à la santé communautaire et à l’agriculture pour la saison à venir.
 
Les prévisions et les avis ainsi intégrés ont été traduits en langues locales et communiqués à l’ensemble de la collectivité à l’occasion d’une assemblée tenue dans l’enceinte d’une église. Ils ont été diffusés par le service en langue Luhya de la Kenya Broadcasting Corporation et par la radio Mulembe FM, en même temps que des entrevues avec un dirigeant communautaire.
 
L’établissement d’un climat de confiance entre les scientifiques et les faiseurs de pluie a sans doute été la partie la plus délicate du processus de recherche. L’équipe de recherche s’est assuré la collaboration du Kenya Intellectual Property Institute et des musées nationaux afin de protéger les spécimens de la flore et de la faune locales et de veiller à ce que la propriété communautaire de ces savoirs soit respectée. Le député local et d’autres dirigeants civils participent et ils se sont engagés à collaborer pour protéger et réhabiliter les « sanctuaires » de la flore et de la faune locales utilisés par les faiseurs de pluie. Une gamme d’activités de mentorat et de microcrédit destinées aux femmes et aux jeunes s’ajoute aux avantages pour la collectivité locale.
 
En misant sur les leçons tirées de ce projet pilote, l’ICPAC et d’autres partenaires de recherche souhaitent que ces prévisions harmonisées puissent être utilisées à une plus grande échelle.
 
À l'affiche: Gilbert Ouma
Centre de prédictions climatiques et d’action (ICPAC) de l’IGAD   

Gilbert Ouma, Agent de projet, Centre de prédictionsEn tant qu’agent de projet de l’ICPAC, Gilbert Ouma connaît bien les obstacles auxquels font face les agriculteurs et d’autres pour accéder à de l’information sur le climat qui peut leur être utile. L’ICPAC a reçu de 10 gouvernements de la région de la Corne de l’Afrique le mandat de fournir en temps opportun de l’information à des fins d’alerte rapide pour aider la région à faire face aux risques que posent la variabilité et les changements climatiques extrêmes.
 
Après avoir constaté que les populations étaient de plus en plus vulnérables aux changements climatiques – malgré l’essor des connaissances et de technologies appropriées – Ouma a décidé d’oeuvrer dans le domaine de l’adaptation. 
 
« J’ai réalisé que, pour réduire la vulnérabilité, il fallait agir à l’échelle des collectivités. »
Selon lui, l’adaptation est essentiellement un processus lié au développement, qui exige un financement soutenu. Grâce à ses recherches, l’ICPAC entend relier les groupes vulnérables autant aux responsables des politiques qu’aux partenaires du développement.
 
Ouma fait observer que le programme ACCA a permis à l’ICPAC de mettre à l’essai de nouvelles approches pour travailler de plus près avec les utilisateurs de l’information.

« Puisque le programme est orienté sur la recherche-action participative, de nouvelles avenues se sont ouvertes pour traiter directement avec les collectivités, afin de mieux comprendre leurs problèmes et de mener des recherches utiles qui aideront ceux qui en ont le plus besoin. »