L'exploitation des ressources communautaires en Chine

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Les résidants de certains villages des hautes terres de la province du Guizhou, en Chine, peuvent désormais jouir d'un approvisionnement en eau régulier.

Lisa Waldick

Dans les lointaines bourgades des hautes terres du Guizhou — une des provinces les plus pauvres de la Chine — les villageois ont résolu un problème qui existait depuis 200 ans. En collaboration avec des chercheurs de l'Académie des sciences agricoles du Guizhou (GAAS) et grâce à l'appui du Centre de recherches pour le développement international (CRDI), ils ont réussi à assurer un approvisionnement en eau régulier. Ils ont reboisé les terres, transformé une terre inculte en un verger de pêchers et entrepris d'autres initiatives productives en mettant à profit la gestion communautaire des ressources naturelles (GCRN).

L'approche privilégiée par la GCRN reconnaît que les collectivités locales sont, puisqu'elles utilisent les ressources naturelles, celles qui les comprennent le mieux et qui ont tout intérêt à les protéger. La GCRN, axée sur la protection et la gestion de ces ressources, associe les populations locales à la prise de décisions. En Chine, où les méthodes de gestion descendantes ont toujours eu cours, la GCRN est une approche non seulement novatrice, mais particulièrement efficace. De fait, le système d'approvisionnement en eau au robinet a capté l'attention du gouvernement chinois parce qu'il a réussi là où d'autres projets, qui disposaient d'un budget plus considérable, ont échoué. La clé du succès ? La participation des villageois.

L'origine du projet

Les chercheurs de GAAS ont commencé à travailler avec les villageois dans le comté de Changsuan en 1995. Dans cette région éloignée nichée au coeur des hautes terres de Chine, la vie est dure. Pendant la saison sèche, les gens doivent parcourir de deux à trois kilomètres pour aller chercher de l'eau et il faut presque une demi-journée pour recueillir assez d'eau pour les besoins d'une famille de quatre personnes. Même là, il n'y en pas suffisamment pour qu'on puisse en boire ou s'en servir pour faire la cuisine, se laver et nettoyer la maison. Rien d'étonnant à ce que les villageois aient répondu unanimement : l'approvisionnement en eau, lorsque les chercheurs leur ont demandé quel était le problème le plus urgent à régler.

L'équipe de recherche a donc entrepris de travailler en collaboration avec les villageois dans les collectivités de Dongkou et de Xiaozhai afin d'installer un système de canalisations pour acheminer l'eau au village. L'objectif étant de fournir un robinet que se partageraient, par cinquantaines, les familles de la collectivité. Les chercheurs ont établi des relations étroites avec les villageois et ont beaucoup appris sur les sources d'eau et la géographie. « Je crois que les agriculteurs ont acquis un savoir particulier parce qu'ils sont restés très longtemps dans leur village. Ils y ont survécu pendant de nombreuses années. Rien de la situation ne leur est inconnu », explique Yuan Juanwen, adjointe de recherche à GAAS.

L'eau du robinet

La construction d'un système d'approvisionnement au robinet a été entreprise par les villageois eux-mêmes, après qu'ils eurent reçu une formation. « Les villageois n'ont pas fait appel à des techniciens de l'extérieur », affirme Juanwen. « Ils ont les compétences voulues. Dans chaque village, il y a une ou deux personnes qui comprennent fort bien la technologie. »

Une fois la construction achevée (en 1998 dans le village de Dongkou et en 1996 à Xiaozhai), les chercheurs et les villageois ont voulu trouver un moyen d'entretenir le système. Ils ont tenu des réunions communautaires afin d'élaborer les règlements appropriés. Ainsi, les villageois ont décidé de mesurer l'eau au compteur et de percevoir des droits. L'argent recueilli est mis en commun pour aider aux réparations et à l'entretien du système, et un petit pourcentage sert à payer un gestionnaire, élu par la collectivité et chargé de surveiller l'activité journalière. La formule est la bonne : le système fonctionne à merveille.

Les avantages

Comme le dit Lu Quan, agriculteur de Dongkou : « Il n'y a pas d'interruption dans l'approvisionnement. La gestion communautaire permet aux femmes de moins travailler. Dans l'ensemble, nous avons épargné chaque année 540 heures de travail pendant la saison sèche. »

« Au début, le sous-gouverneur n'a pas prêté attention à notre projet, qui n'était pour lui qu'un parmi tant d'autres qui se déroulent dans le comté », rapporte Juanwen. De fait, des systèmes semblables avaient déjà été construits ailleurs dans les zones rurales de la Chine, mais il avait été difficile de le maintenir en bon état. « Les fonctionnaires du gouvernement ne connaissaient pas ce genre de règlements et de systèmes de gestion. C'est une forme de gestion à laquelle ils n'avaient pas pensé », ajoute-t-elle. « Et pourtant elle est essentielle au bon fonctionnement du système. » Les chercheurs de GAAS espèrent pouvoir adapter leur modèle à d'autres régions du pays. Au cours des dernières années, ils ont reproduit le système dans d'autres villages de la province du Guizhou, grâce à l'aide supplémentaire que leur a accordée le CRDI.

Le sens de la propriété

Le sens de la propriété qu'ont développé les villageois est un important facteur du succès du projet, fait valoir Juanwen. « Construire un système d'approvisionnement au robinet et simplement le mettre à la disposition des gens ne donne rien. Ils n'estiment pas que cela leur appartient. Si les gens participent, ils se disent : c'est nous qui sommes propriétaires. C'est à nous de nous en occuper. »

Le temps gagné depuis l'instauration du système a permis aux agriculteurs de planter un verger sur des terres incultes, par exemple sur le versant des collines qui ne peuvent servir à l'agriculture sans entraîner l'érosion du sol. Les villageois ont aussi proposé leur propre conception du reboisement et de la gestion des terrains forestiers menacés de disparition. De 1995 à 1997, les membres de la collectivité ont planté 45 000 arbres, soit en moyenne 1 000 arbres par ménage.

Les vergers

Pour les agriculteurs, les vergers représentent une source additionnelle de revenu. Les chercheurs ont soumis à des essais préliminaires plusieurs espèces d'arbres et étudié diverses méthodes permettant d'appliquer les connaissances ainsi acquises à la culture fruitière de même qu'à la lutte contre les ravageurs. Lorsqu'il s'est agi de décider quelles espèces d'arbres seraient plantées, toutefois, les chercheurs n'ont pas imposé leur choix.

« Au début, en notre qualité d'experts, nous avons suggéré aux paysans de planter des châtaigniers », indique Juanwen. Mais les agriculteurs avaient d'autres idées. Certes, les châtaignes auraient pu leur rapporter un bon prix, mais les arbres ne produiraient pas pendant de nombreuses années. Qui plus est, ce genre d'arbres exigerait beaucoup de soin au moment où les cultivateurs sont occupés dans les champs. Les agriculteurs ont préféré planter des pêchers qui poussent vite et donnent une récolte précoce. Ayant découvert des pêchers qui poussaient à l'état sauvage, les agriculteurs savaient que les conditions locales étaient favorables à leur culture. En 1990, 64 ménages du village ont planté environ 5,4 hectares de nouveaux vergers de pêchers et la collectivité a décidé du mode de gestion qui leur serait appliqué.

L'engagement des agriculteurs

Les agriculteurs se sont engagés à fond dans le projet. « Nous avons investi temps et argent dans les vergers. C'est maintenant le moment d'en apprendre davantage sur la culture fruitière, la gestion des vergers et la mise en marché des fruits. Nous voulons produire des récoltes plus abondantes et gagner plus d'argent », conclut Quan.

Lisa Waldick est rédactrice à la Direction des communications au CRDI.

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