L'évolution du développement durable

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Division des communications, CRDI

Profil du domaine de programme Environnement et gestion des ressources naturelles (EGRN) du CRDI

Le « développement durable » est un terme largement utilisé dont la signification diffère selon qui l’emploie. Notre avenir à tous, rapport de la Commission Brundtland paru en 1987, définit le développement durable comme « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ».

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Le concept renvoie à la nécessité de satisfaire aux besoins économiques et aux aspirations sociales de l’humanité tout en préservant l’environnement dont ces aspirations sont inévitablement tributaires.

Le CRDI a été désigné dépositaire des archives de la Commission Brundtland et, au cours des deux décennies qui se sont écoulées depuis, il a continué d’expérimenter de nouveaux moyens de réaliser la promesse du développement durable. Comme le fait remarquer Jean Lebel, directeur du domaine de programme Environnement et gestion des ressources naturelles (EGRN) du CRDI, il est devenu clair avec le temps que la définition du développement durable est en constante évolution.

« Les exemples abondent sur la définition généralement admise du développement durable, ce que c’est, comment le mettre en oeuvre, mais personne ne s’entend sur les moyens d’y parvenir, explique-t-il. Une solution qui convient dans un pays d’Afrique peut nous informer sur l’approche d’un problème en Amérique latine, mais même si le procédé peut être semblable, la solution sera sans doute fort différente. »

La lutte contre le paludisme, par exemple, exige « des médicaments adaptés au contexte plutôt qu’une panacée, un projectile d’argent comme on entend de plus en plus, parce que le paludisme est une maladie liée à un environnement donné et aux conditions sociales qui y prévalent », précise M. Lebel.

« L’action du domaine de programme EGRN est centrée sur les grands défis posés par les liens complexes entre, d’une part, le bien-être humain et, d’autre part, la mondialisation, le développement et la dégradation des ressources naturelles. »
— SG+CP 2005–2010 (CP, par. 36)

Une démarche multidisciplinaire

Toutefois, l’équipe d’EGRN sait parfaitement quelles méthodes devraient donner des résultats, quel que soit le contexte. D’abord, les projets de recherche financés par le CRDI sont multidisciplinaires, c’est-à-dire qu’ils réunissent des compétences diverses applicables à des enjeux environnementaux et sociaux qui ont invariablement de multiples dimensions. De plus, la recherche parrainée par le CRDI repose sur une démarche à intervenants multiples qui met à contribution toutes les parties prenantes dans l’exploration de solutions réalisables.

Les exemples ne manquent pas non plus quant aux impressionnants résultats, souvent inattendus, auxquels ce processus peut donner lieu. Ainsi la Bolivie en était à sa trente-deuxième tentative de réforme de la loi nationale sur l’eau en vue de répartir plus équitablement des ressources en eau limitées entre les municipalités, le secteur industriel, les collectivités autochtones et les agriculteurs pauvres du pays.

Des chercheurs boliviens, parrainés par le CRDI, ont mis au point un nouveau processus faisant appel à des outils de modélisation hydrologique et à une vaste consultation sociale pour en arriver finalement à un consensus qui a eu raison de l’impasse et a permis l’adoption d’une nouvelle loi sur l’irrigation. Poursuivant sur cette lancée, les chercheurs ont élaboré des règlements en vue de l’application de la loi et les ont mis à l’essai; ils se penchent aujourd’hui sur les questions de la qualité de l’eau et la gestion des eaux transfrontalières.

De même, en 2005, l’Organisation panaméricaine de la santé a remarqué comment un projet financé par le CRDI depuis la fin des années 1990 avait permis à des collectivités du Mexique de satisfaire à une disposition de l’accord parallèle sur l’environnement de l’ALENA exigeant l’élimination du DDT dans la lutte contre le paludisme. Les chercheurs ont conçu une solution multiple qui associe des techniques substitutives de la pulvérisation des maisons, l’utilisation de systèmes d’information géographique pour une surveillance centralisée et la participation massive des villageois afin de réduire le nombre de gîtes à moustiques.

Résultat : le programme de lutte contre le paludisme a connu un tel succès que l’utilisation du DDT était chose du passé avant même que le nouveau règlement entre en vigueur. Aujourd’hui, la formule mexicaine est le modèle qui inspire un nouveau programme de lutte antipaludique dans toute l’Amérique centrale.

EGRN intervient principalement par l’entremise de trois programmes. Écosystèmes et santé humaine s’intéresse aux recoupements entre la dégradation de l’environnement et le mauvais état de santé — question urgente puisque 21 % des maladies évitables, comme la diarrhée et les infections respiratoires aiguës, sont directement attribuables aux conditions du milieu. Pauvreté urbaine et environnement repose sur les 20 années d’expérience du CRDI en agriculture urbaine et se concentre sur des thèmes comme l’eau et l’assainissement, la gestion des déchets solides et la vulnérabilité aux catastrophes naturelles.

Ce programme se penche sur des problèmes exacerbés par l’explosion démographique urbaine, la population des villes étant passée de 33 % de la population mondiale à 47 % depuis 1972. Quant au programme Pauvreté rurale et environnement, il explore les questions liées à la dépendance des pauvres en milieu rural dans les pays en développement à l’égard du patrimoine naturel qui y est de plus en plus menacé.

Les succès enregistrés dans ces collectivités ont montré qu’une meilleure gestion de l’environnement peut améliorer la santé humaine. Ils font aussi en sorte qu’on se demande s’il est possible de « à l’échelle » ces progrès locaux pour en étendre le retentissement au reste du monde.

C’est à cette fin qu’EGRN a lancé le projet Recherche sur les villes ciblées, qui explorera et favorisera l’adoption de pratiques exemplaires afin d’alléger les pressions sur l’environnement dans les zones urbaines défavorisées. D’autres travaux en cours — dont un projet mené en Jordanie, axé sur la conservation de l’eau et l’augmentation du revenu des ménages par la réutilisation des «  grises » — ont suscité un vif intérêt sur la scène internationale.

Jean Lebel sait qu’il y aura d’autres défis à relever. « faut envisager la possibilité que les bailleurs de fonds se lassent de soutenir le développement durable », fait remarquer M. Lebel. Pourtant, l’application de démarches éprouvées à de nouveaux enjeux mondiaux — le rôle de facteurs environnementaux dans la propagation de la grippe aviaire et l’incidence des changements climatiques en Afrique sont deux de ces défis auxquels EGRN fait face — indique que le CRDI restera une voix prédominante dans les débats internationaux cruciaux sur les enjeux sociaux et environnementaux.

 
« Les changements ainsi occasionnés aux écosystèmes ont contribué à des gains nets substantiels sur le niveau du bien-être de l’Homme et le développement économique, mais ces gains ont été acquis de manière croissante au prix d’une dégradation de nombreux services d’origine écosystémique, de risques accrus d’apparition de changements nonlinéaires et de l’accentuation de la pauvreté pour certaines catégories de personnes. Ces problèmes, à moins d’y trouver une solution, auront pour effet de diminuer de manière substantielle les avantages que les générations futures pourraient tirer des écosystèmes. »

— Rapport de synthèse de l’Évaluation des écosystèmes pour le Millénaire, p. 16