Les voies d’eau de l’espoir

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WaDImena CRDI
Comment les habitants d’Abu Minqar, en Égypte, ont pris en mains la situation du village afin d’améliorer la gestion des ressources hydriques et leurs moyens de subsistance.
 
Les habitants du village oasien d’Abu Minqar, au centre du désert occidental, ont démontré que les populations peuvent prendre en mains leurs ressources et en assurer une gestion des plus efficaces et équitables. Grâce à l’Initiative régionale concernant la demande d’eau (WaDImena), les agriculteurs sont désormais en mesure de protéger leurs cultures, leurs récoltes et leur gagne-pain en dépit des pénuries d’eau chroniques.

Le projet de recherche, qui a débuté en avril 2006, vise à favoriser l’utilisation et la distribution judicieuses de l’eau, grâce à la participation des populations et aux pratiques autochtones. Donner à la collectivité les moyens de prendre en charge la gestion de leurs ressources hydriques a non seulement contribué à la protection des récoltes et à la conservation de ressources rares, mais aussi au respect de la dignité des villageois et à l’application de solutions durables.

Comme tous les habitants de l’oasis de Farafra, les agriculteurs d’Abu Minqar font face à nombreux défis : canaux non renforcés (sans revêtement intérieur), vannes de barrage défectueuses ou inexistantes, utilisation systématique de volumes inadéquats ou imprévisibles d’eau d’irrigation, sans compter le piètre accès aux semences, aux engrais et à l’information agricole.

Une association formée par la collectivité pour la collectivité

 
Avec l’aide d’une équipe de WaDImena issue du Centre de développement du désert (CDD), organe de recherche dirigé par l'Université américaine du Caire, les agriculteurs ont fondé leur première association en vue d’améliorer la gestion de la demande des eaux agricoles à Abu Minqar.
 
Le succès de ce projet montre bien qu’une rigoureuse recherche sociale, des travaux participatifs et l’engagement des populations locales peuvent contribuer à améliorer la gestion de l’eau.
Les membres du groupe ont assisté à un atelier de trois jours au centre de formation du CDD, au Caire, où ils se sont familiarisés avec diverses pratiques agricoles, nouvelles et axées sur les besoins de la collectivité. Ils ont aussi rendu visite aux membres d’une association qui connaît un grand succès dans le village voisin de Farafra. Avant de repartir pour Abu Minqar, ils ont convenu d’un échéancier pour l’accomplissement de tâches visant à résoudre les problèmes agricoles les plus pressants de leur collectivité. En priorité, ils comptaient améliorer l’infrastructure d’irrigation et la gestion de l’eau de l’oasis.
 
Préparer le terrain

Peu après l’inauguration, l’association des agriculteurs a nettoyé 6 km de canaux secondaires dans la région. Le prochain objectif consistait à procéder au revêtement d’un canal secondaire dans la zone d’irrigation. Comme c’est le cas de tous les canaux secondaires non renforcés d’Abu Minqar, les plantes adventices avaient considérablement ralenti le débit d’eau, si bien que jusqu’à 50 % de l’eau ne pouvait plus atteindre l’extrémité du canal.

Lors de plusieurs réunions de leur association, les agriculteurs ont discuté du lieu, de la conception et d’un calendrier pour effectuer le revêtement du canal. Le professeur Hassan Shams-el-Din de l’Institut de recherche sur les sols, l’eau et l’environnement (Soils, Water and Environment Research Institute – SWERI) a accompagné les chercheurs à Abu Minqar afin d’évaluer l’infrastructure d’irrigation et de recommander des stratégies d’amélioration du canal.

Les coûts du revêtement intérieur étaient estimés à 62 000 EGP (livres égyptiennes, équivalent à 1 100 USD). Au total, les membres de l’association ont recueilli 11 000 EGP auprès de 22 des 24 agriculteurs qui utilisent les terres longeant le canal de 800 mètres. Pour sa part, l’équipe de recherche a versé 51 000 EGP provenant du budget du projet.

Le projet d’amélioration du canal a débuté dans un climat d’urgence. Puisqu’il fallait assécher le canal, les cultures à proximité allaient être privées d’eau d’irrigation pendant les travaux. Durant les mois d’hiver, les cultures de plein champ peuvent survivre jusqu’à huit semaines sans eau. L’association et l’équipe du projet devaient donc terminer la construction le plus rapidement possible, car il n’était pas question de perdre la récolte de toute une saison.

À la fin de janvier, les membres de l’association, assistés de Hassan Husseiny, ingénieur en irrigation du CDD, ont mis le canal à niveau et déterminé la pente requise, une tâche qui s’échelonne sur plusieurs jours. Chemin faisant, ils ont installé des tiges de fer indiquant le niveau que les fondations du canal devaient atteindre. Mais lors de la livraison du sable devant servir au nivellement du canal, une nouvelle question s’est posée : de quel équipement disposait-on pour construire une base de sable égale, longue de 800 mètres ? Dans cette collectivité agricole de 4 000 habitants, des outils agricoles et de construction, comme des binettes et des pelles, étaient plus difficiles à trouver qu’on ne l’avait prévu. Pour la mise à niveau, plusieurs membres de la collectivité et quatre jeunes ouvriers engagés provenant de l’oasis ont donc utilisé des outils qu’ils ont fabriqués eux-mêmes à partir de rebuts de fer. Puis, une entreprise de construction de Farafra a été embauchée pour couler les fondations de béton. Les parois de briques ont ensuite été édifiées par un entrepreneur local.

Moins de six semaines après la fin des travaux, les vannes de la nouvelle zarayeb s’ouvraient – un événement qui a rassemblé dans les champs des douzaines de personnes de Bir Wahid.

Le succès de ce projet montre bien qu’une rigoureuse recherche sociale, des travaux participatifs et l’engagement des populations locales peuvent contribuer à améliorer la gestion de l’eau.

« Auparavant, il fallait près de quatre heures pour que l’eau se rende du puits jusqu’à mon champ. Maintenant, il ne faut plus que 20 minutes ! » Magdy Mubarrez Ibrahim, président de l’association des agriculteurs de Bir Wahid

Adel, un agriculteur participant au projet, s’est exclamé : « L’eau circule si bien ! Tout le monde est très heureux ! » Quant à Magdy Ibrahim, le président de l’association des agriculteurs, il affirme : « Auparavant, il fallait près de quatre heures pour que l’eau se rende du puits jusqu’à mon champ. Maintenant, il ne faut plus que 20 minutes ! » Le nouveau canal a convaincu même les plus sceptiques parmi les agriculteurs, y compris ceux qui n’avaient vu dans le plan d’action de l’association que des « paroles creuses ». Mohammad, naguère incrédule, félicite l’association de sa réussite. « Le canal n’est qu’un premier pas. À vrai dire, bien plus que le canal lui-même, c’est l’association qui est la réalisation la plus importante, commente-t-il. Nous possédons maintenant à Abu Minqar une association qui peut vraiment améliorer les choses ! »


Une lueur d’espoir

Le nouveau canal promet de réduire grandement les pertes d’eau en minimisant les infiltrations et l’évaporation. Il a aussi amélioré l’accès à la ressource en permettant aux agriculteurs dont les cultures se trouvent à l’extrémité du canal de recevoir de l’eau. Aujourd’hui, nombre d’agriculteurs des environs d’Abu Minqar aimeraient que leur canal soit renforcé, lui aussi. « Alors, à quand le prochain revêtement ? ». Voilà l’une des premières questions posées par le président de l’association des agriculteurs en regardant l’eau s’écouler dans le nouveau canal. Les perspectives sont prometteuses. Le projet a déjà permis d’obtenir 70 000 EGP de l’ambassade d’Allemagne en vue de la construction d’un second canal à Abu Minqar. La nouvelle association des agriculteurs pourra sans douter terminer son deuxième canal renforcé en l’espace de quelques mois.

Renseignements Nesrine Khaled, adjointe – Communications nkhaled@idrc.org.eg

Doaa Arafa, adjointe – Recherche darafa@idrc.org.eg

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