Les vaccins pour animaux : un facteur clé de la santé et de la prospérité des familles pauvres d’Afrique

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Stephen Dale
Des avancées technologiques permettent de mettre au point des vaccins pour animaux plus efficaces qui promettent de réduire les pertes de bétail dévastatrices que subissent les petits exploitants agricoles des pays en développement. Cela pourrait accroître considérablement la stabilité financière de millions de personnes. 

Voilà la bonne nouvelle que Lorne Babiuk a communiquée à l’occasion d’une conférence publique au CRDI, à Ottawa.  

Vice-président, Recherche, à l’Université de l’Alberta, M. Babiuk dirige une équipe de chercheurs du Canada et de l’Afrique du Sud financée par le truchement du Fonds canadien de recherche sur la sécurité alimentaire internationale (FCRSAI). Cette équipe est à mettre au point un vaccin à dose unique peu coûteux et ne nécessitant aucune réfrigération contre cinq maladies animales courantes en Afrique.

Le FCRSAI est un partenariat pluriannuel d’une valeur de 125 millions de dollars conclu entre le CRDI et le ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement du Canada, qui conjugue l’expertise canadienne et celle de pays en développement afin de lutter contre la faim et d’améliorer la sécurité alimentaire.

La santé stimule la productivité

M. Babiuk estime qu’en fin de compte, si l’on a des animaux en santé, on aura des aliments sains et des personnes en bonne santé et productives.

Face à la perte continue de terres attribuable à l’étalement urbain et aux changements climatiques, la triste réalité est qu’aujourd’hui, souligne M. Babiuk, environ un milliard de personnes ne mangent pas à leur faim, et ce, chaque jour. Comme on estime que la population mondiale comptera deux milliards de personnes de plus d’ici 2050, la santé du bétail constitue une question cruciale. 

Pour les petits exploitants agricoles d’Afrique, dont les deux tiers sont des femmes dans de nombreux pays, le fait de posséder quelques animaux constitue un gage de sécurité financière. Pourtant, cet avantage peut être complètement anéanti si les animaux en question tombent malades. 

Comme l’explique Lorne Babiuk, une famille qui compte trois chèvres et dont l’une meurt perd un tiers de son investissement. Il ajoute que cette famille ne vivra pas cette perte uniquement comme une diminution abstraite de sa valeur nette, mais comme une faim immédiate et prolongée.

De grandes avancées technologiques

Des percées dans la technologie vaccinale promettent de faire en sorte que plus d’animaux demeureront en meilleure santé, et ce, plus longtemps.
L’une de ces percées est la découverte de molécules qui, lorsqu’on les ajoute à un vaccin, peuvent stimuler la réaction immunitaire des animaux et des personnes vaccinés. Le polymère de type polyphosphazène ajouté au vaccin contre la grippe, par exemple, suscite une réaction de longue durée et élimine la nécessité de recourir à des stimulants.

M. Babiuk et son équipe utilisent cette méthode et d’autres technologies améliorées en vue de mettre au point un vaccin à dose unique contre cinq grandes maladies : la dermatose nodulaire contagieuse, la variole ovine, la variole caprine, la peste des petits ruminants et la fièvre de la vallée du Rift.

Ciseaux sophistiqués et supercolle

Les chercheurs se sont d’abord employés à créer un vaccin contre la dermatose nodulaire contagieuse. Ensuite, au moyen « de ciseaux sophistiqués et de supercolle », comme l’explique avec humour M. Babiuk, ils ont retranché des
gènes du vaccin et en ont inséré d’autres pour le rendre efficace dans la lutte contre d’autres maladies. À ce jour, le vaccin s’est avéré efficace contre la dermatose nodulaire contagieuse, la variole ovine et la variole caprine; d’autres essais sont en cours. En plus d’offrir une protection potentielle contre plusieurs maladies, le nouveau vaccin est thermostable, ce qui fait qu’il peut être transporté sans réfrigération.
Lauréat du prestigieux prix Killam en sciences de la santé et du prix Canada Gairdner Wightman, Lorne Babiuk est un chef de file du milieu de la recherche sur la vaccination et jouit à ce titre d’une renommée internationale. Parmi ses réalisations, notons ses travaux visant à mettre au point un vaccin contre le rotavirus, vaccin qui a permis de réduire les pertes massives subies dans le secteur de l’élevage bovin au Canada et qui a ensuite été adapté pour protéger les enfants de la maladie.

Comme le rappelle M. Babiuk, on a dit de la vaccination qu’elle avait sauvé plus de vies que toutes les formes de traitement et de prophylaxie combinées. Il a consacré sa carrière à la recherche sur les vaccins, car, à son avis, la vaccination est l’une des méthodes de gestion des maladies infectieuses les plus économiques qui soient.

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Stephen Dale est rédacteur et vit à Ottawa.