Les TIC, loin d'être une solution miracle pour l'autonomisation des femmes

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Nadine Robitaille
Les technologies de l’information et de la communication (TIC), dont les téléphones mobiles et Internet, ont le pouvoir de transformer la vie des femmes dans les pays en développement; cependant, elles ne peuvent pas, à elles seules, apporter un changement durable, révèle un livre que le CRDI vient de coéditer et qui est intitulé African Women & ICTs: Investigating Technology, Gender and Empowerment.
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Site Web de GRACE (en anglais)
 
 

À l’occasion du lancement de l’ouvrage, le 21 mai à Ottawa, l’une des codirectrices de la publication, Anne Webb, a expliqué que les TIC ne sont pas nécessairement la réponse au problème parce qu’elles s’inscrivent dans un contexte donné.

Ce livre est le fruit d’une longue recherche menée par le projet Recherche sur le genre en Afrique : les TIC au service de l’autonomisation (ou GRACE), avec le soutien financier du CRDI. Mme Webb est coordonnatrice de la recherche au projet GRACE.

Pendant trois ans, 14 équipes de recherche dans 12 pays africains ont examiné comment les Africaines utilisent les TIC et si ces outils améliorent leur vie.

Des groupes de discussion, des entrevues en profondeur et l’observation des participantes ont permis aux chercheurs de dresser un portrait global de l’utilisation que les Africaines font des TIC. Celles-ci n’ayant pas l’habitude d’exprimer à voix haute leurs pensées et leurs idées, les chercheurs ont recouru également à des illustrations et à une technique de visualisation par laquelle les participantes sont invitées à décrire un avenir où tout le monde aurait les mêmes chances de réussir.

Mme Webb a précisé qu’on cherchait par là à savoir comment les femmes conçoivent leur situation actuelle et ce à quoi le monde devrait ressembler, selon elles, si elles disposaient des moyens voulus, ainsi qu’à déterminer ce qui devrait être fait pour qu’elles puissent concrétiser leurs visions.

Les inégalités entre les sexes persistent

La recherche a permis de constater que les femmes profitent moins que les hommes des bienfaits des TIC. Ces outils ne règlent en rien les inégalités fondées sur le sexe; ils peuvent même les perpétuer. Il est par ailleurs ressorti que les obligations qui nous incombent selon que l’on est homme ou femme, les préjugés sociaux et même la force physique peuvent empêcher les femmes d’en apprendre davantage sur les nouvelles technologies ou de les utiliser.

Voici quelques exemples à cet égard.

  • Étant responsables du foyer, les femmes sont moins mobiles et ont moins de temps libre que les hommes. Elles peuvent donc plus difficilement profiter de formations et d’autres ressources.
  • Des étudiants d’université de sexe masculin découragent leurs consoeurs d’accéder aux ordinateurs en poussant littéralement celles qui attendent leur tour.
  • Les femmes se sentent parfois mal à l’aise et de trop lorsqu’elles vont dans des cafés Internet toutes seules. 
  •  L’utilisation des TIC peut bouleverser la dynamique et les rapports de force au sein de la famille, entraînant ainsi des conflits qui peuvent aboutir à des disputes, à des gestes violents, au divorce et même à des décès.
Malgré tout, lorsqu’elles sont bien gérées, les TIC peuvent améliorer la vie des Africaines. Cette amélioration s’est déjà vérifiée. C’est ce qu’a déclaré une autre codirectrice de la publication, Ineke Buskens, qui dirige GRACE. Elle ajoute que le pouvoir unique qu’ont les TIC de relier les gens entre eux et de les mobiliser peut contribuer à l’autonomisation des femmes.
 
Voici quelques exemples cités dans le livre.
  • L’équipe de recherche du Maroc a découvert que les TIC contribuent à accroître la sensibilisation de la population à la violence conjugale. 
  • Les Ougandaises tirent un revenu du commerce de services de téléphonie mobile. 
  • Au Sénégal, les poissonniers et les travailleurs transformant le poisson se servent de téléphones mobiles pour gagner du temps, pour établir et cultiver les relations avec leurs clients et pour communiquer avec leur famille.
L’utilisation des TIC peut être porteuse de changements
 
Selon Heloise Emdon, gestionnaire du programme ACACIA du CRDI, la recherche démontre qu’en Afrique, l’utilisation des TIC peut être porteuse de changements. Toutefois, les TIC ne sont qu’un outil et non une solution miracle.
 
Le livre présente des recommandations en matière de politiques qui permettraient de maximiser le potentiel d’autonomisation des TIC.
 
D’après Mme Buskens, le livre contient des conseils clairs pour les responsables des politiques, les représentants du gouvernement et les conseils des universités. La prochaine étape consiste à rendre ces orientations explicites.
 
Le livre a été lancé d’abord à Dar es-Salaam le 24 avril, puis à Toronto le 20 mai, et enfin à Ottawa le 21 mai.