Les télécentres, centres de communications polyvalents

Kevin Conway

Demandez à quiconque à Manhiça où se trouve le télécentre et on vous indiquera le chemin sans problème. Vous remontez la grand-rue, passez le magasin général et allez tout au fond de l’allée, à côté de l’église évangélique. Le télécentre est aussi un point de repère bien connu des paysans qui représentent la majorité des 130 000 habitants du district de Manhiça. Certains parcourent jusqu’à 30 kilomètres pour l’utiliser. S’il est populaire, explique Samo Soares, son gestionnaire de 22 ans, c’est notamment à cause des frais d’utilisation de deux de ses services les plus demandés, à savoir les photocopies et les téléphones publics. Les gens peuvent faire des photocopies à la banque de Manhiça, mais cela leur coûte cinq fois plus cher. Il en va de même des téléphones publics au centre téléphonique local.

Soares et son personnel assurent aussi une formation à l’informatique. « Les gens y voient [dans la formation] une chance d’acquérir des compétences et peut-être de trouver un travail », explique-t-il.

De fait, c’est grâce à son niveau d’instruction et à ses compétences que Soares a décroché le poste de gestionnaire du télécentre. Il a été choisi par le comité consultatif local (CCL) mis en place pour en superviser la gestion communautaire. Contrairement à la plupart des jeunes de son âge qui ont fréquenté l’école secondaire locale et dont la scolarité s’est s’arrêtée à la 10e année, il a pu poursuivre ses études secondaires à Maputo, à 78 kilomètres de là.

Stélio Daniel, enseignant dans le primaire, a lui aussi su utiliser son niveau d’instruction et ses compétences en informatique, mais dans son cas pour occuper un poste de bénévole. Le télécentre lui a demandé de coordonner la production locale d’un CD-ROM sur la malaria. L’UNESCO finance le projet, qui vise principalement les femmes et les jeunes, afin d’encourager l’apprentissage au niveau communautaire. La malaria était le thème retenu pour un atelier auquel ont participé 50 personnes, dont des étudiants, des enseignants, des membres du CCL et des représentants d’associations locales, comme celle des vendeuses du marché.

Daniel peut utiliser ce qu’il a appris en dehors de sa classe au profit de ses élèves. « Il est courant que des enfants soient absents [de l’école] pendant une semaine. Quand ils reviennent, je leur demander d’expliquer la raison de leur absence et beaucoup répondent qu’ils ont eu une attaque de malaria. Maintenant, je peux expliquer à toute la classe ce qu’est la malaria et comment l’éviter. »

Connexions interrompues

La gestion d’un télécentre ne va pas sans problèmes. Soares est confronté à des pannes de courant et à des pertes de connexion régulières avec le fournisseur de service Internet du télécentre, qui se trouve à Maputo. Si la connexion lâche, les clients, qui paient 1,50 $US la demi-heure pour naviguer sur Internet, ne sont pas facturés pour le temps passé en ligne. Mais ces ruptures de connexion expliquent en partie pourquoi le service reste sous-utilisé, malgré tout l’intérêt qu’il suscite pendant les séances de formation, affirme Soares.

Malgré des problèmes techniques, le courrier électronique s’avère populaire dans un groupe de clients du télécentre, celui des réfugiés ougandais. « Ils communiquent avec leur famille et leurs amis. Envoyer un courriel reste beaucoup moins cher qu’un appel téléphonique », commente Soares.

Un avenir autonome?

Le télécentre s’est révélé être un fournisseur de services utile et recherché par les habitants de Manhiça. Le principal obstacle qu’il devra surmonter, sera de trouver la solution pour transformer au mieux ce soutien en un avenir stable et durable. Des projets sont en cours ici et à Namaacha pour que les communautés locales s’occupent entièrement de l’exploitation des télécentres.

Il s’agit d’une étape nécessaire dans l’évolution du modèle de télécentre mis au point au Mozambique, mais elle inquiète Polly Gaster, du Centre informatique de l’Université Eduardo Mondlane (CIUEM), qui a soutenu les deux télécentres quand il ne s’agissait que de projets pilotes.

« Si un concurrent qui applique un barème de péage vient s’installer ici et installe l’ordinateur d’occasion de son oncle dans sa cour, il va réduire les recettes des télécentres, surtout s’il n’a pas à se soucier de taxes ou de salaires, ou s’il ne paie pas la sécurité sociale ou toute autre chose. Là est le problème », affirme-t-elle.

Kevin Conway est rédacteur principal à la Division des communications du CRDI, à Ottawa.

2003-11-17